LES VAMPIRES DU DOCTEUR DRACULA
Titre: La marca del Hombre-lobo
Réalisateur: Enrique López Eguiluz
Interprètes: Paul Naschy

 

Dyanik Zurakowska
Manuel Manzaneque
Aurora de Alba
Julián Ugarte
José Nieto
Carlos Casaravilla
Année: 1968
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur Artus
Critique:

Ce premier long-métrage consacré au loup-garou Waldemar Daninsky (alias El Hombre Lobo) met déjà en place tous les éléments qui, par la suite, seront érigés en véritable mythologie de la saga : un aristocrate vivant en reclus, des gitans mal intentionnés, une malédiction séculaire, une course désespérée pour trouver un remède à la lycanthropie dont souffre le héros, une fiancée amenée à tuer son amant à l’aide de balles en argent, le crucifix comme seule protection contre le mal et une confrontation entre l’Homme Loup et d’autres monstres classiques du bestiaire, ici un couple de vampires. Paul Naschy ne cherche donc aucunement à innover mais simplement à reprendre à son compte tous les clichés de l’épouvante en vigueur depuis l’âge d’or de la Universal.

Un couple de gitans à la recherche de bijoux profane le tombeau de la famille Wolfstein. Ils ouvrent le cercueil d’Imre Wolfstein, jadis maudit, et dont le corps est transpercé d’une croix en argent. Bien sûr, nos pilleurs de tombe retirent le crucifix du cadavre et celui-ci revient aussitôt à la vie, transformé en un redoutable loup-garou qui sème la terreur dans la région. Un aristocrate, Waldemar Daninsky, soupçonne rapidement la vérité, ce que confirme la découverte des corps mutilés des gitans. Une battue est par conséquent organisée pour traquer la bête et Daninsky parvient à lui planter à nouveau le crucifix d’argent dans le corps.

Malheureusement, l’aristocrate a été mordu au cours de la bagarre et il est, à son tour, affligé de la malédiction de la pleine lune. Un de ses amis, Rudolph, tente de l’aider et découvre dans les vieux grimoires du château une piste, celle d’un médecin nommé Mikhelov ayant, jadis, longuement étudié la lycanthropie. Rudolph et la belle Janice, dont Waldemar est amoureux, accueillent le savant en question, ainsi que son épouse. Hélas, ce sont deux vampires qui désirent se servir de Daninsky pour leurs sombres desseins…

Réalisé en 1968, LES VAMPIRES DU DOCTEUR DRACULA apparaît, aujourd’hui, très daté. Bien davantage, paradoxalement, que les productions similaires de la Hammer ou de la Universal dont il s’inspire ouvertement. La mise en place semble, tout d’abord, bien laborieuse puisqu’il faut attendre une bonne demi-heure avant que Paul Naschy ne soit mordu par le loup-garou et ne contracte la malédiction.

Pour meubler, le cinéaste installe un triangle amoureux entre le pauvre lycanthrope, un de ses amis (précédemment sauvé d’une mort certaine par Daninsky) et une belle demoiselle dont le cœur balance entre les deux. Par la suite, l’intrigue se développe gentiment et notre loup-garou essaie, classiquement, de trouver un remède au mal qui le ronge au point d’en appeler à un médecin vampire. Celui-ci comprend immédiatement le potentiel de l’Homme Loup et envisage de l’utiliser pour ses prochaines exactions qui, par ailleurs, ne seront jamais explicitées.

Le climax, dans la droite ligne des classiques HOUSE OF DRACULA et autres rencontres improbables entre monstres confronte le lycanthrope à un vampire vaguement ridicule dans son accoutrement improbable. Les maquillages spéciaux, pour leur part, s’avèrent rudimentaires et les scènes de transformations feront sourires les plus indulgents mais l’enthousiaste conviction de Paul Naschy compense, en partie, le ridicule des situations. Dommage que, sous la peluche du monstre, le comédien n’en fasse un peu trop pour rester crédible et se contente, le plus souvent, d’agiter les bras en poussant des grognements voulus menaçants mais, en réalité, plutôt risibles.

Comme le savent probablement les amateurs de fantastique, Paul Naschy reprit en réalité le rôle au pied levé, puisqu’il souhaité au départ Lon Chaney Jr afin d’accentuer la parenté avec la saga du WOLFMAN débutée, à la Universal, un quart de siècle plus tôt. Mais Chaney, quoiqu’appréciant l’hommage, ne s’imaginait plus incarner l’Homme Loup et se tartiner le visage de maquillage à soixante-deux ans.

Contraint et forcé, Naschy accepte de jouer lui-même son El Hombre Lobo, lequel deviendra son personnage fétiche puisqu’il repris le rôle dans onze séquelles (la dernière étant le désastreux TOMB OF THE WEREWOLF)! Contrairement aux épisodes ultérieurs, LES VAMPIRES DU DOCTEUR DRACULA se montre malheureusement timoré tant au niveau du gore, fort restreint, que de l’érotisme et de la nudité, absents du métrage.

A l’origine destiné à une exploitation en relief censée relancer le procéder, il fut finalement projeté « à plat » pour des raisons budgétaires. Les titres choisis ne sont pas, non plus, très inspirés : en France le film s’intitule LES VAMPIRES DU DOCTEUR DRACULA sans jamais mettre en scène le personnage titulaire tandis que les Etats-Unis optent pour un tout aussi ridicule FRANKENSTEIN’s BLOODY TERROR. Là-bas, un effort est accompli par une narration qui relie tant bien que mal la saga à celle de Frankenstein qui, chassé pour ses expériences, change de nom et se rebaptise Wolfstein.

Languissant et mal rythmé, LES VAMPIRE DU DOCTEUR DRACULA n’en reste pas moins un effort honnête de la part de Paul Naschy, lequel n’invente rien mais utilise à bon escient le décorum du fantastique traditionnel. Le film apparaît, par conséquent, comme une synthèse d’influences allant de la Universal à la Hammer en passant par le gothique italien, ce que démontre des éclairages étudiés et des couleurs chaudes, dans la tradition de Mario Bava, où prédominent le rouge sang et le bleu électrique.

Les admirateurs du comédiens ou les nostalgiques curieux de découvrir cette véritable pierre angulaire de l’épouvante européenne, jetteront par conséquent un œil indulgent à cette petite série B, guère passionnante mais pas désagréable qui mérite (un peu) mieux que l’épithète « nanar » qu’on lui accole trop souvent.

A redécouvrir dans une belle copie 16/9 respectée et en version originale sous-titrée (ou en VF mais mieux vaut privilégier cette VO) dans l'édition dvd concoctée par Artus Films, qui lancent ici une nouvelle collection dédiée à l'horreur ibérique intitulée "Ciné del terror".

 

 

Fred Pizzoferrato - Août 2014