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Si les zombies ont acquis une large reconnaissance via les innombrables décalques italiens du classique de George A. Romero tourné à la fin des seventies, quelques titres s'étaient déjà, au cours des 10 ans séparant LA NUIT DES MORTS VIVANTS de ZOMBIES engouffrés dans la brèche. Citons par exemple le CHILDREN SHOULDN'T PLAY WITH DEAD THING ou le plutôt sympathique et méconnu COMMANDO DES MORTS VIVANTS. Mais c'est surtout en Espagne que les morts se lèveront le plus rapidement avec la très atmosphérique saga des Templiers Aveugles entamée par Amando de Ossorio en 1971 avec LA REVOLTE DES MORTS VIVANTS. Mais, un des décalques les plus évidents et pourtant les plus réussis du chef d'œuvre novateur de George A. Romero reste ce MASSACRE DES MORTS VIVANTS datant de 1974. Réalisé par Jorge Grau, le métrage a pourtant l'intelligence de se démarquer de son modèle par différents points intéressants. Tout d'abord, si LA NUIT DES MORTS VIVANTS développe une analyse sociologique d'une situation de crise, cette riposte ibérique se veut davantage préoccupé par l'aspect écologique, une considération qui au milieu des années 70 commençait à prendre une certaine ampleur dans les pays européens. Le scénario suit donc George et Edna, deux inconnus qui se rencontrent fortuitement suite à un léger accident (la moto du premier est endommagée par la voiture de la seconde). Edna se propose de véhiculer George, en guise de déménagement, chez des amis à lui alors qu'elle-même tente de rejoindre sa sœur, en proie à de sérieux troubles causés par une forte addiction à l'héroïne. En chemin, George remarque une étrange machine agricole qui s'avère être une nouvelle façon d'éliminer les insectes nuisibles en utilisant les ultrasons. Pendant ce temps Edna est attaquée par un homme étrange et menaçant mais elle parvient à fuir et à ramener George sur les lieux de l'agression. Malheureusement le mystérieux personnage a disparu… Reprenant leur route, George et Edna arrivent finalement à destination mais constatent que le beau-frère de Edna vient d'être assassiné. La police arrive sur les lieux mais l'inspecteur témoigne rapidement d'une franche hostilité à l'égard de George ("Vous êtes tous pareils vous les jeunes avec vos longs cheveux et vos vêtements de pédés, uniquement intéressés par la drogue, le sexe et toutes ces perversions!") qu'il soupçonne finalement d'être un satanique. Notre héros, aidé par Edna, mène l'enquête et découvre que le meurtrier pourrait bien être un certain Gunthrie…mort voici quelques temps. Les expérimentations agricoles causeraient-elles le réveil des cadavres? Dès le départ Jorge Grau inscrit son métrage dans la réalité la plus crue en nous détaillant les méfaits commis à l'environnement: pollution, rejets de matières diverses dans le ciel ou les rivières, déchets plastiques, oiseaux morts, smog, usines crachant une fumée toxique,… Le tout est entrecoupé de vues des citoyens indifférents, même lorsqu'une jeune femme retire son manteau pour courir nue au milieu d'une circulation bruyante. Le cinéaste, responsable l'année précédente d'une biographie de la Comtesse Bathory (CEREMONIA SANGRIENTA), opte donc pour un ton pessimiste, ce que le reste du métrage confirmera jusque dans sa conclusion ironique ouvertement inspirée de celle de LA NUIT DES MORTS VIVANTS. Le principal défaut que l'on pourrait reprocher au film réside dans la longue exposition des personnages. Si Jorge Grau réussit souvent à créer une certaine atmosphère, quelques scènes paraissent un peu tirées en longueur et n'apportent pas grand-chose à la progression du récit. Mais, même dans ces moments, le jeu plutôt convaincant des acteurs et la musique envoûtante parviennent à garder l'intérêt du spectateur. Le rythme un peu languissant s'accélère finalement durant la dernière demi-heure qui s'oriente davantage vers les clichés du "zombie movie", les personnages se retrouvant coincés dans différents lieux clos avant d'être cernés par les morts qui marchent. Les interprètes sont dans l'ensemble d'un bon niveau. Ray Lovelock est convaincant et la plupart de ses actions sont crédibles. Cristina Galbo, vue précédemment dans le classique MAIS QU'AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE? incarne l'héroïne / victime avec une belle conviction, elle aussi. Quand au vétéran Arthur Kennedy il est tout simplement excellent dans le rôle d'un flic borné lançant quelques répliques d'anthologie ("je souhaiterai que les morts reviennent à la vie pour que je puisse te tuer une seconde fois, salopard"!) et poursuivant avec une bonne foi désarmante son enquête dans le seul objectif de condamner le héros trop contestataire à son goût.
Au niveau du gore, Grau n'hésite pas à surenchérir sur Romero, d'autant que l'utilisation de la couleur permet ici de belles éclaboussures écarlates. Viscères arrachés et dévorées, seins déchiquetés, yeux gobés, crâne éclaté à la hache,…le cinéaste préfigure les futurs excès des cinéastes de la Péninsule et l'amateur ne sera guère surpris de retrouver aux effets spéciaux le spécialiste Giannetto De Rossi. Toute cette bonne volonté valu finalement au film de se voir inclure sur la liste des Video-Nasty. Quelques répliques humoristiques ("les morts ne reviennent pas à la vie, sauf dans les très mauvais romans de gare") renforcent paradoxalement le sérieux général de l'entreprise qui vise essentiellement à faire peur, et à mettre mal à l'aise, que ce soit par la musique, l'ambiance morbide ou le gore. Et, la plupart du temps, le métrage atteint son but. Si Jorge Grau s'inspire de LA NUIT DES MORTS VIVANTS il le fait avec un certain talent et évite ainsi le simple copier-coller. Nul doute qu'il inspira ensuite, à son tour, les cinéastes italiens qui livrèrent à tour de bras ce type de production à la fin des seventies. Globalement réussi, LE MASSACRE DES MORTS VIVANTS est une œuvre aujourd'hui oubliée, hélas, et dont la redécouverte s'impose pour les fans de film d'horreur. |
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Fred Pizzoferrato - Mars 2008 |
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