LIBIDOMANIA: LE SEXE INTERDIT
Titre: Sexual aberration - sesso perverso
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: Norbert Gastell

 

Manfred Seipold
Christa Free
Esther Moser
Mimmo Poli
 
 
Année: 1979
Genre: Mondo / Porno / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Lorsque Bruno Mattei se lance dans l’aventure du mondo, le résultat ne peut que surprendre les plus blasés. Après deux oeuvrettes (LE NOTTI PORNO NEL MONDO et sa suite EMANUELLE E LE NOTTE PORNO NEL MONDO) jouant déjà la carte de l’exploitation racoleuse, le cinéaste récidive pour une nouvelle fournée de scènes choc.

Le thème de ce « documenteur » est, en effet, la sexualité et, surtout, les déviances, perversions et autres dépravations commises de par le monde. Le sadisme, le masochisme, la zoophilie, la nécrophilie, le fétichisme, l’homosexualité, l’onanisme, le transexualisme et même le viol, la nécrophilie et le cannibalisme sont ainsi abordés, chaque séquence, très courte (souvent moins d’une minute) étant commentée de manière pseudo-scientifique. Car Bruno Mattei connaît ses classiques et le générique nous apprend que son œuvre est adaptée d’auteurs comme Richard von Krafft-Ebing (dont le fameux « Psychopathia Sexualis » sert de base à « l’intrigue »), Freud, le Marquis de Sade, les sexologues Masters & Johnson et bien d’autres.

Le voyage au cœur de la perversion débute en Asie (dans d’anciennes maisons de plaisir ou les geishas perpétuent les traditions ancestrales) puis se poursuit en Afrique où les tribus primitives vivent encore selon d’étranges coutumes. Mattei nous propose dès lors la castration au couteau d’un adultère (une scène bien gore mais bien sûr truquée) et du cannibalisme. La suite effectue une véritable gradation dans l’obscène avec un homme excité par la vision de son épouse montée par un berger allemand ou divers jeux urologiques et scatologiques.

Un viol est, lui-aussi, présenté, la victime finissant démembrée à coups de pelles dans une scène qui rappelle les gore d’Hershell Gordon Lewis. Un peu de masturbation féminine, un soupçon d’homosexualité et l’inévitable opération de changement de sexe complète un programme toutefois beaucoup plus choquant sur le papier qu’à l’écran.

Pour détendre l’atmosphère, LIBIDOMANIA nous propose aussi des saynètes « amusantes » comme cet homme, déguisé en prêtre, qui trouve son plaisir auprès d’une prostituée nue dans un cercueil. Ou ce masochiste réduit à l’état de paillasson par trois demoiselles.

Les commentaires, très sérieux, alternent propos vulgaires, explications pseudo-scientifiques, citations littéraires et répliques sur-écrites involontairement hilarantes (« je me suis rassasié de son corps marmoréen »). L’ensemble essaie, très maladroitement, de passer pour une œuvre sérieuse et solidement documentée mais se révèle, en réalité, un simple catalogue de scènes osées qui frôlent le hardcore (et y plonge dans certaines versions truffées d’inserts).

Bien évidemment, ce roublard de Bruno Mattei s’est contenté, pour la plupart des séquences, de puiser dans du matériel préexistant, ce qui limite largement les frais. Des stock-shots et des images tirées de documentaires ou de long-métrages voisinent, par conséquent, avec des « sketches » reconstitués en studio de manière approximative et fort timide. Le spectateur qui s’attend à du croustillant en aura donc pour ses frais mais l’amateur de nanar rigolo pourra passer un bon moment devant tant d’absurdité.

Car, une fois de plus, la « magic touch » de Mattei opère et le film, tout ringard et nul qu’il soit, évite le sentiment d’ennui et de malaise généralement généré par les mondo. Impossible, en effet, de prendre au sérieux ce catalogue de clichés tout droit sortis de « la perversion sexuelle pour les Nuls ». Cependant, délaissant en partie le thème de la sexualité, LIBIDOMANIA offre quelques passages plus corsés, sans aucun doute issus de documentaires ethnologiques, comme ces indigènes qui s’enfoncent des morceaux de bois dans le nez ou qui mangent des asticots grouillant sur un cadavre.

Difficile de retracer les sources des divers emprunts effectués par Bruno Mattei même si une large partie du métrage provient du documentaire NUOVA GUINEA, L'ISOLA DEI CANNIBALI (exploité sous le titre racoleur de THE REAL CANNIBAL HOLOCAUST). Les autres films pillés incluent DER TEUFEL IN MISS JONAH et LA PHILOSOPHIE DANS LE BOUDOIR mais les amateurs reconnaitront sans doute d’autres extraits, pour la plupart puisés dans d’obscures productions érotiques ou pornographiques des seventies. Le montage aberrant de Mattei rend l’ensemble quasiment surréaliste, en particulier lors des scènes de messes noires entrecoupées de squelettes enflammés ou ce climax complètement « new age » dans lequel un couple fait l’amour dans l’immensité spatiale.

Comme la plupart des mondos, LIBIDOMANIA existe en d’innombrables versions. Si la durée originale est de 78 minutes, la version française (sortie sous le titre LE SEXE INTERDIT), ici chroniquée, ne dure qu’une petite heure. Victime de la censure italienne, « l’œuvre » y fut amputée de 38 minutes (!), des scènes ethnologiques supplémentaires se chargeant de meubler le temps de projection. Enfin, un dvd allemand reprend une version complète agrémentée des passages alternatifs en bonus.

Dans la masse des « sex mondo » sortis durant les années ’70, LIBIDOMANIA ne parait ni pire ni meilleur que la moyenne et se limite à une longue série de scènes pimentées mais, surtout, ennuyeuses. Toutefois, le sérieux imperturbable de la narration et l’aspect ouvertement bricolé et trafiqué du résultat le rend, au second degré, involontairement drôle pour les amateurs de mauvais cinéma qui pourront y prendre un certain plaisir…pour une fois réellement pervers.

Cette chronique a été originellement publiée dans Medusa 24

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2014