LE LIVRE DE JEREMIE
Titre: The Heart is deceiptfull above all thing
Réalisateur: Asia Argento
Interprètes: Asia Argento

 

Jimmy Bennet
Kara Kemp
Ornella Muti
Peter Fonda
Marylin Manson
 
Année: 2003
Genre: Drame
Pays: USA / Grande Bretagne / France / Japon
Editeur  
4/6
Critique:

Basé sur des faits réels (dont l'authenticité a été ensuite remise en question) LE LIVRE DE JÉRÉMIE ne ressort pas du tout du cinéma bis, c'est vrai. Mais il serait pourtant dommage de passer sous silence cette nouvelle réalisation d'Asia Argento. Laquelle ne se donne vraiment pas le beau rôle en interprétant "l'héroïne" de cette histoire très très glauque.

Punkette en cavale d'une vingtaine d'années ayant fuit l'éducation rigoriste d'un père catholique intégriste (Peter Fonda) peut-être incestueux et obsédé par le péché, Sarah traîne son désespoir d'un mec à l'autre. Au début du métrage, elle récupère son fils, Jérémie, qu'elle enlève à ses parents adoptifs, bien décidé à devenir enfin une bonne mère. Commence alors la valse des amants d'un soir, d'une semaine ou d'un an, présenté à chaque fois à son fils par un définitif: "Jérémie, voici ton nouveau papa". Lorsque Sarah couche avec l'un ou l'autre, elle n'hésite pas à abandonner son fils durant plusieurs jours ("mange, il y a des chips et du fromage!") ou à lui donner une pilule de came pour le calmer ("tu vas voir comme on va être bien!").

Asia Argento apparaît ici de manière aussi peu sexy que possible. Vêtue de minijupe, teinte en blond et badigeonnée de maquillage, elle se prostitue sur les parkings d'autoroute, fouille les poubelles pour dénicher un morceau d'hamburger, se drogue et ne s'occupe jamais de son fils, qu'elle laisse entre les mains de ses pères de substitution. Lesquels n'hésitent pas à le frapper et à le violer. A sept ans, l'enfant est ainsi emmené aux urgences, blessé suite à un viol brutal. Plus tard, Jéremie sombre dans une sorte de folie avant de s'identifier à sa mère et, habillé et maquillé comme elle, se laisse sauter par un autre de ces "papas". Dans le même temps, l'enfant développe une étrange dépendance masochiste aux punitions corporelles, chaque amant de sa mère prenant un malin plaisir à le fouetter à coup de ceinture. Il ne trouvera comme bouée de sauvetage qu'une psy totalement incapable qui passe son temps à lui faire répéter "ce n'est pas la faute du petit enfant". Et, finalement, Jérémie échoue chez ses grand-père et grand-mères, lesquels sont des religieux fanatiques également adeptes des punitions corporelles sévères. Bref, l'enfer!

LE LIVRE DE JÉRÉMIE n'est pas une expérience très agréable à regarder mais, au contraire, une plongée souvent horrible dans le désespoir le plus glauque, sans la moindre porte de sortie à l'horizon. Le seul moment "léger" intervient quand Jérémie interprète devant sa famille rigoriste le seul "psaume" qu'il connaît, à savoir "Anarchy in the UK" des Sex Pistols. Une minute d'humour bien incapable d'aérer cette plongée nihiliste des plus déprimantes. Et réussie.

Voici donc un film bien réalisé, à la fois crasseux et esthétique, servi par un casting adéquat et des idées morbides, comme les corbeaux rouges animés qui viennent voler autour de Jérémie ou les morceaux de charbon qui crient et saignent.

La bande son de Sonic Youth, pour sa part, oscille entre expérimentation, mélancolie et punk rock hargneux, et s'avère aussi efficace que rugueuse, à l'image du métrage dans son ensemble.
Une expérience à ressentir et à vivre, même si on n'en sort pas complètement indemne.
Pour public averti, comme on dit!

Fred Pizzoferrato - Octobre 2006