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Basé sur des faits réels (dont l'authenticité a été ensuite remise
en question) LE LIVRE DE JÉRÉMIE ne ressort pas du tout du cinéma
bis, c'est vrai. Mais il serait pourtant dommage de passer sous
silence cette nouvelle réalisation d'Asia Argento. Laquelle ne se
donne vraiment pas le beau rôle en interprétant "l'héroïne" de cette
histoire très très glauque.
Punkette en cavale d'une vingtaine d'années ayant fuit l'éducation
rigoriste d'un père catholique intégriste (Peter Fonda) peut-être
incestueux et obsédé par le péché, Sarah traîne son désespoir d'un
mec à l'autre. Au début du métrage, elle récupère son fils, Jérémie,
qu'elle enlève à ses parents adoptifs, bien décidé à devenir enfin
une bonne mère. Commence alors la valse des amants d'un soir, d'une
semaine ou d'un an, présenté à chaque fois à son fils par un définitif:
"Jérémie, voici ton nouveau papa". Lorsque Sarah couche avec l'un
ou l'autre, elle n'hésite pas à abandonner son fils durant plusieurs
jours ("mange, il y a des chips et du fromage!") ou à lui donner
une pilule de came pour le calmer ("tu vas voir comme on va être
bien!").
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Asia Argento apparaît ici de manière aussi peu sexy que possible.
Vêtue de minijupe, teinte en blond et badigeonnée de maquillage,
elle se prostitue sur les parkings d'autoroute, fouille les poubelles
pour dénicher un morceau d'hamburger, se drogue et ne s'occupe jamais
de son fils, qu'elle laisse entre les mains de ses pères de substitution.
Lesquels n'hésitent pas à le frapper et à le violer. A sept ans,
l'enfant est ainsi emmené aux urgences, blessé suite à un viol brutal.
Plus tard, Jéremie sombre dans une sorte de folie avant de s'identifier
à sa mère et, habillé et maquillé comme elle, se laisse sauter par
un autre de ces "papas". Dans le même temps, l'enfant développe
une étrange dépendance masochiste aux punitions corporelles, chaque
amant de sa mère prenant un malin plaisir à le fouetter à coup de
ceinture. Il ne trouvera comme bouée de sauvetage qu'une psy totalement
incapable qui passe son temps à lui faire répéter "ce n'est pas
la faute du petit enfant". Et, finalement, Jérémie échoue chez ses
grand-père et grand-mères, lesquels sont des religieux fanatiques
également adeptes des punitions corporelles sévères. Bref, l'enfer!
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LE LIVRE DE JÉRÉMIE n'est pas une expérience très agréable à regarder
mais, au contraire, une plongée souvent horrible dans le désespoir
le plus glauque, sans la moindre porte de sortie à l'horizon. Le
seul moment "léger" intervient quand Jérémie interprète devant sa
famille rigoriste le seul "psaume" qu'il connaît, à savoir "Anarchy
in the UK" des Sex Pistols. Une minute d'humour bien incapable d'aérer
cette plongée nihiliste des plus déprimantes. Et réussie.
Voici donc un film bien réalisé, à la fois crasseux et esthétique,
servi par un casting adéquat et des idées morbides, comme les corbeaux
rouges animés qui viennent voler autour de Jérémie ou les morceaux
de charbon qui crient et saignent.
La bande son de Sonic Youth,
pour sa part, oscille entre expérimentation, mélancolie et punk
rock hargneux, et s'avère aussi efficace que rugueuse, à l'image
du métrage dans son ensemble. Une expérience à ressentir et à vivre,
même si on n'en sort pas complètement indemne. Pour public averti,
comme on dit! |
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