LIZ ET HELEN
Titre: A doppa faccia
Réalisateur: Riccardo Freda
Interprètes: Klaus Kinski

 

Christiane Krüger
Günther Stoll
Margaret Lee
Annabella Incontrera
Sydney Chaplin
Barbara Nelli
Année: 1969
Genre: Giallo / Krimi / Thriller
Pays: Italie / Allemagne
Editeur  
Critique:

Dans les années ’60 la firme cinématographique germano-danoise Rialto s’impose de manière internationale en produisant 32 long-métrages basés sur les œuvres de l’écrivain Edgar Wallace (scénariste de KING KONG). Ces films, surnommés « krimi », lancent un mouvement mêlant le suspens à l’enquête policière de type « whodunit » et incluent des éléments quasiment fantastiques ou horrifiques, accentués par des titres voulus angoissants ou mystérieux comme DARK EYES OF LONDON, THE CURSE OF THE HIDDEN VAULT, THE FELLOWSHIP OF THE FROG, etc.

Suite au succès des premiers films de Dario Argento (LE CHAT A 9 QUEUES se base sur un roman du fils d’Edgar Wallace, Bryan), le krimi va resurgir en Italie mais sous une forme spécifique, plus portée sur la nudité et le gore, et devenir le giallo. Plusieurs « giallos » seront d’ailleurs adapté d’œuvres d’Edgar ou Bryan Edgar Wallace, comme ETRUSCAN KILLS AGAIN, MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? ou LE TUEUR A L’ORCHIDEE, sans compter les métrages s’inspirant de leur procédés sans les créditer.

A la charnière du krimi et du giallo se trouve cette improbable coproduction italo-allemande de 1969, LIZ ET HELEN, réalisée par Riccardo Fredda et co-scénarisée par Lucio Fulci à partir du roman « The Face in the Night » de Edgar Wallace. Grand spécialiste de l’aventure, du péplum puis du fantastique (avec en particulier son diptyque consacré au docteur Hichcock), Riccardo Freda a déjà une belle carrière derrière lui lorsqu’il dirige LIZ ET HELEN, son premier « giallo » (il en réalisera deux autres, peu réputés, L’IGUANE A LA LANGUE DE FEU et MURDER OBSESSION).

Le métrage s’appuie sur une distribution internationale et hétéroclite dominée par le grand Klaus Kinski. A ses côtés notons la présence de Christiane Krüger, fille du comédien allemand Hardy Krüger, vue la même année dans le krimi THE MAN WITH THE GLASS EYE et dans le très bizarre DE SADE coréalisé par Roger Corman. Günther Stoll, pour sa part, alterna séries télévisées allemandes (Derrick, Tatort,…) et l’un ou l’autre giallo comme UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTEES ou MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? Autre familière du genre, Margaret Lee (LES INSATISFAITES POUPEES EROTIQUES, CIRCUS OF FEAR,…) incarne l’épouse de Kinski, dont le décès lance l’intrigue. Annabella Incontrera a été vue, elle aussi, dans plusieurs giallo comme CRIME OF THE BLACK CAT, LA TARENTULE AU VENTRE NOIR, LES RENDEZ VOUS DE SATAN, LA PEUR AU VENTRE, etc.

Enfin, Sydney Chaplin, fils de Charlot, s’octroie un temps de présence à l’écran conséquent, lui qui dut généralement se contenter, au cours d’une piètre carrière, de seconds rôles accessoires ou de participations anecdotiques (on le vit dans LE CLAN DES SICILIENS mais sa dernière et piteuse contribution au cinéma se trouve dans le SATAN’s CHEERLEADERS de Greydon Clark). A noter que, comme bien d’autres produits populaires, LIZ ET HELEN fut caviardé d’inserts pornos joués par Alice Arno pour sa ressortie en France, en 1976.

L’intrigue débute en Suisse où, lors de ses vacances aux sports d’hiver, John Alexander tombe amoureux de la belle Helen Brown. Il l’épouse et rentre en Angleterre. Fille d’un riche industriel, la jeune femme détient 90% des parts de la compagnie, ce que semblait ignorer John. De plus, Helen entretient une liaison avec une autre femme, Liz. La situation du couple se détériore mais Helen rédige néanmoins un testament par lequel elle lègue son immense fortune à son époux. Or, peu après, la jeune femme se tue dans un apparent accident de voiture résultant en réalité d’un sabotage. John tente d’oublier la tragédie en voyageant en Europe mais apprend que la police mène l’enquête sur le décès d’Helen. Il rencontre aussi une certaine Christine, jeune femme très libérée qui l’emmène dans une soirée hippie où la drogue, l’alcool et le sexe dominent. Une des attractions consiste en la projection d’un court métrage porno mettant en scène Christine et une mystérieuse femme surnommée La Comtesse en qui John croit reconnaître sa femme. Aurait-elle survécu à l’accident, amnésique et défigurée ?

Métrage assez maladroit, LIZ ET HELEN, convoque le krimi, le giallo et le thriller teinté de fantastique pour une intrigue convenue devant beaucoup à certains classiques comme SUEURS FROIDES. Malheureusement, Freda se montre franchement pataud dans sa mise en scène, pas toujours aidé par des choix de scénario malheureux, le métrage débutant, par exemple, par la fin avant de dérouler toute l’intrigue en une sorte de flashback. Une construction osée mais peu appropriée puisqu’elle lève immédiatement les doutes du spectateur quant à la culpabilité de Klaus Kinski, identifié comme la pauvre victime d’une machination roublarde et pas du tout crédible.

La mise en place de ce mécanisme prend d’ailleurs une part non négligeable de ce LIZ ET HELEN bien laborieux, Klaus Kinski se voyant balloter au grès des événements et contraint de subir des péripéties indignes d’un mauvais roman de gare. Pour maintenir l’intérêt, Riccardo Freda joue la carte de l’érotisme en dénudant ses interprètes féminines mais reste relativement timoré comparé aux standards du giallo des années ‘70.

Le côté horrifique, pour sa part, est minimal et LIZ ET HELEN entretient finalement peu de liens avec le giallo : on ne trouve nulle trace d’un mystérieux assassin vêtu de noir et les morts, peu nombreuses, sont dénuées de suspense. Les révélations du climax sont, pour leur part, téléphonées et font sombrer l’entreprise dans le grotesque et le comique involontaire même si leur côté « pulp » les rend cependant divertissantes.

Production mineure, LIZ ET HELEN se regarde toutefois d’un œil distrait, le rythme assoupi et les nombreuses longueurs étant partiellement compensés par l’interprétation de Klaus Kinski et les quelques séquences timidement érotiques. Le script, confus et maladroit, donne néanmoins envie au spectateur de découvrir la fin et cela suffit à rendre ce film très moyen regardable.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011