LE PIRATE DES MERS DU SUD
Titre: Long John Silver
Réalisateur: Byron Haskin
Interprètes: Robert Newton

 

Lloyd Berrell
Connie Gilchrist
Rod Taylor
Kit Taylor
Harvey Adams
Muriel Steinbeck
Année: 1954
Genre: Aventures / Pirates
Pays: Australie
Editeur Artus Films
Critique:

Le succès de L’ILE AU TRESOR produit par Disney en 1950 devait logiquement entrainer une séquelle, laquelle sorti finalement en 1954, toujours sous l’égide du cinéaste Byron Haskin. Robert Newton (décédé en 1956) y reprend le rôle du capitaine Long John Silver, qu’il joue encore dans une série télévisée en 26 épisodes (« Adventures of Long John Silver »), dont certains furent compilés pour former deux long-métrages exploités dans les salles obscures sous les titres de UNDER THE BLACK FLAG et SOUTH SEA PIRATES.

L’intrigue de ce PIRATE DES MERS DU SUD se déroule quelques années après les aventures de Long John Silver et Jim Hawkins sur l’île au trésor. Le capitaine coule des jours paisible dans une petite île des mers du Sud et s’apprête, un peu contre son gré, à convoler en justes noces avec Purity, la tenancière d’une taverne. Lorsque Long John Silver apprend que son rival, Mendoza, s’est emparé d’un navire transportant la fille du Gouverneur, le forban y voit une belle opportunité de reprendre la mer. Après avoir délivré la demoiselle, le pirate, traité en véritable héros, se voit confier un navire et peu, enfin, repartir à l’aventure en compagnie de Jim Hawkins.

Quoiqu’il existe près de 40 adaptations du roman de Robert Louis Stevenson, tombé dans le domaine public, celle de 1950 reste la plus populaire et une des plus réussies. Pas étonnant que de rusés producteurs australiens aient décidés d’en réaliser la séquelle « officielle » afin de promouvoir une série télévisée dérivée. Belle opération commerciale d’autant que les investisseurs sont parvenus à convaincre Robert Newton de reprendre son rôle de capitaine et Byron Haskin de rempiler dans le fauteuil de metteur en scène.

Le résultat, aussi divertissant et sympathique qu’il soit pour un jeune public, n’en reste pas moins décevant et poussif, même si on a vu bien pire en matière de piraterie cinématographique. L’intrigue, en premier lieu, manque d’intérêt et se contente de compiler sans génie la plupart des clichés du « pirate movie ». Trésors enfouis dans un lieu secret, médaillon mystérieux, rivalité entre deux capitaines semblant apprécier de se jouer des tours de cochons, sauvetage d’une belle demoiselle en détresse,…Rien ne manque même si l’agencement de ces différents points de scénario relève plus de l’empilement de lieux communs que d’une véritable progression dramatique. Autre gros (gros !) problème, l’humour, balourd, domine au détriment de l’aventure et il faut patienter 50 minutes pour voir, enfin, Long John Silver embarquer à bord d’un navire.

Toute la première partie du métrage consiste, hélas, en de complexes manœuvres permettant au filou flibustier de regagner les faveurs des méfiantes autorités. L’essentiel des gags, bien datés, concerne la patronne de taverne Purity (jouée par Connie Gilchrist), prototype de la « bonne femme » bien en chair voulant épouser le pirate pour peu qu’il renonce à l’alcool. D’où des scènes très Vaudeville dans lesquelles Long John Silver tente d’échapper au mariage par tous les moyens. Le pauvre boucanier est également contraint de boire du lait en essayant de garder sa dignité devant son équipage de soiffards. Drôle ? Pas vraiment, la bouffonnerie prenant le pas sur tout le reste pour aboutir à une comédie pesante à la mise en scène très plate.

Heureusement la performance d’un Robert Newton cabotin versant dans l’auto parodie plus ou moins volontaire sauve les meubles et rend LE PIRATE DES MERS DU SUD supportable à défaut d’enthousiasmant. Grace à lui, l’un ou l’autre gag fonctionne néanmoins, comme lorsque le pirate avale par inadvertance un bol de lait, le recrache horrifié et s’exclame « Du lait ! je suis empoisonné ».

Bavard, longuet (les presque deux heures de projection sont excessives et pénibles), manquant cruellement d’action ou de péripéties prenantes, LE PIRATE DES MERS DU SUD ne mérite pourtant aucun mépris même si cette modeste production surfe maladroitement sur la vague d’un gros succès précédent et échoue, au final, à en retrouver le rythme ou l’efficacité. Le parti pris, sans doute budgétaire, de privilégier la comédie (beaucoup de scènes coupées pour l’exploitation françaises se voient ici réintégrées) au détriment des abordages épiques et des duels à l’épée atténue grandement le plaisir mais le métrage de Byron Haskin se suit toutefois sans déplaisir, à condition d’accepter ces séquences outrancières peuplées de flibustiers ricanant joyeusement en s’enfilant des bols de rhum.

Plutôt ennuyeux, LE PIRATE DES MERS DU SUD reste cependant plaisant pour les inconditionnels des « pirate movies » ayant gardé leur âme d’enfant. Le cinémascope et les couleurs chaudes (en dépit d’une copie ici délavée et épuisée) gardent leur charme et offre au final un spectacle familial bourré de défaut mais sympathique. Sans plus ni moins.

Au niveau du DVD, Artus propose une copie pas vraiment entretenue (griffes, couleurs passées) mais sans doute n’y en avait il pas de meilleure disponible et, vu la rareté des titres proposés par l’éditeur, on leur pardonne volontiers ces problèmes techniques. Le son en mono, pour sa part, manque un peu de peps et le mieux est d’ailleurs de se tourner vers la piste anglaise, plus convaincante à tout point de vue, d’autant que le doublage se révèle plutôt médiocre et caricatural. L’insertion de scènes autrefois coupées et réintégrées ici en version originale sous-titrée s’avère intéressante d’un point de vue cinéphilique mais brise un peu le plaisir de vision en passant sans transition d’une langue à l’autre. Le bonus culturel laisse, pour sa part, la parole au romancier Pierre Dubois qui revient sur « l’île au trésor au cinéma ». Dans l’ensemble un dvd tout à fait correct proposé à un prix très acceptable.

 

Fred Pizzoferrato - décembre 2010