LES POSSEDEES DU DIABLE
Titre: Les possédées du diable / Lorna the exorcist
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Pamela Stanford

 

Guy Delorme
Lina Romay
Jacqueline Laurent
Howard Vernon
Catherine Lafferière
Jésus Franco
Année: 1974
Genre: Horreur / Erotique
Pays: France
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1974 par un Jésus Franco pris d’une frénétique envie de tourner, LES POSSEDEES DU DIABLE constitue une sorte de remake / variation sur une précédente œuvre du cinéaste, SUCCUBUS, datant de 1967. Franco reviendra d’ailleurs une troisième fois sur sa copie au début des années 2000 avec le peu réputé INCUBUS.

Patrick et Marianne sont les parents heureux de la belle Linda (Lina Romay), laquelle approche de sa majorité. Cette date symbolique entraine le retour de Lorna (Pamela Stanford), l’ancienne maîtresse de Patrick qui réclame Linda pour la livrer à des rites impies. Réalisant que son épouse est à présent possédée et envoutée par un charme maléfique lancée par Lorna, Patrick décide de combattre la sorcière. Mais pourra t’il sauver sa fille tombée sous le charme vénéneux de Lorna ?

Souvent catégorisé comme « film d’horreur », LES POSSEDEES DU DIABLE s’apparente pourtant essentiellement à un récit érotique très porté sur les amours saphiques. Le scénario, décousu, permet ainsi à Jésus Franco de donner libre court à son obsession pour les sexes féminins sur lesquels sa caméra s’appesantit à la moindre occasion. Passionné, le fiévreux cinéaste caresse les corps, impudiquement dévoilés, de ses désirables comédiennes et place au premier plan leur intimité offerte. Le film multiplie, par conséquent, les étreintes lesbiennes, ponctuées de délicats cunnilingus ou d’intenses masturbations féminines.

Même le fantastique et l’horreur, lorsqu’ils daignent enfin se manifester, sont véhiculés par les organes génitaux féminins, à la fois magnifiés et porteur d’angoisse pour un Franco en plein délire psychanalytique. Possédée, une jeune femme voit par exemple des dizaines de répugnants petits crabes s’échapper de son vagin lors d’une scène complètement démente et éprouvante. Durant le climax, lui-aussi bien barré, la virginale Lina Romay est déflorée à coup de godemichet par une sorcière lubrique qui suce ensuite avidement le sex-toy afin de s’abreuver du sang encore pur de sa victime.

Malheureusement, ces passages convaincants s’avèrent trop peu nombreux pour véritablement entretenir l’attention du spectateur. Fidèle à ses mauvaises habitudes, Jésus Franco se montre parfois lourdement explicatif (la scène du flashback se révèle à la fois interminable et complètement redondante) ou se perd dans de lentes déambulations censées conférer un climat pesant au métrage. Hélas, les longueurs, associées à rythme léthargique, risquent d’épuiser la patience de nombreux spectateurs peu sensibles au style languissant du cinéaste.

Malgré tout, l’ambiance morbide fonctionne par intermittence et le mélange d’angoisse lourde et de sexualité débridée, à la limite de la pornographie (limite par ailleurs franchie dans l’inévitable version hard caviardée d’inserts), se révèle étrangement fascinant pour les plus réceptifs.

Le casting, pour sa part, comprend les habitués du cinéaste et donne le rôle principal à Pamela Stanford, déjà sa complice sur CELESTINE BONNE A TOUT FAIRE et qui deviendra, par la suite, une familière des productions Eurociné, de ELSA FRAULEIN SS à TERREUR CANNIBALE. La muse et compagne de Franco, la superbe Lina Romay, est, évidemment, de la partie dans un rôle de jeune vierge innocente tentée par la perversion et promise en sacrifice à la sorcière Lorna. Guy Delorme (second rôle de nombreux « cape et épée » français comme LE BOSSU, LE CAPITAN ou LES TROIS MOUSQUETAIRES), l’inévitable Howard Vernon (L’HORRIBLE Dr ORLOFF en personne), Jacqueline Laurent et Jésus Franco lui-même complètent la distribution.

Sans être une grande réussite, LES POSSEDEES DU DIABLE comprend l’une ou l’autre scène marquante où se mêlent d’étrange manière fascination et angoisse morbide pour le sexe féminin. A mi-chemin entre le fantastique et l’érotisme, LES POSSEDEES DU DIABLE demeure, en tout cas, une curiosité et possède quelques défenseurs acharnés qui y voient une des meilleures œuvres de Jésus Franco.

C’est donc essentiellement à ceux-là, fans convaincus du controversé cinéaste, que s’adresse LES POSSEDEES DU DIABLE, le grand public risquant, de son coté, de trouver le temps long en dépit des nombreuses scènes chaudes.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012