LOST SOULS
Titre: Da She
Réalisateur: Tun Fei Mou
Interprètes: Fei Ai

 

Han Kwong Chan
Shen Chan
Stephen Chan Yung
Ming Chen
Kin Lung Cheung
 
Année: 1980
Genre: Exploitation / Women In Prison
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Considéré comme le métrage le plus offensant produit par la vénérable Shaw Brothers, LOST SOULS reste, aujourd’hui encore, aussi brutal que distrayant, la totale absence de crédibilité renforçant le côté « pure exploitation » d’un film racoleur et barbare. Plus réputée pour ses kung fu en costumes à grand spectacle que pour ses productions estampillées « Catégorie III », la célèbre compagnie délivra pourtant de nombreuses séries B ou Z vite emballées à destination d’un public peu exigeant mais avide d’émotions fortes. Cette portion méconnue de la Shaw Brothers reste globalement à découvrir même si des titres comme HUMAN LANTERN, THE KILLER SNAKE, THE BOXER’s OMEN, SEEDING OF A GHOST, BLACK MAGIC, HEX et quelques autres témoignent de la vitalité du cinéma bis hongkongais outrancier.

Dans le domaine du Women In Prison, genre auquel on peut, plus ou moins, rattacher ce LOST SOULS, la Shaw Brothers avait livré, en 1972, un divertissant mais timoré CAMP D’AMOUR POUR CHIENS JAUNES, lequel avait acquis une relative notoriété du temps des K7 vidéo au point de gagner ses galons d’œuvres cultes. Toutefois ce métrage parait incroyablement gentillet comparé à LOST SOULS, véritable catalogue de brutalité et de violences sexuelles.

Tout débute par l’arrivée à Hong Kong d’immigrants illégaux fuyant la Chine Populaire, la plupart étant immédiatement capturés par la police. Certains, toutefois, réussissent à s’échapper et se réfugient dans la forêt pour y attendre le jour. Au matin, quelques immigrés rencontrent un vieil homme en apparence serviable mais qui, en réalité, organise un réseau de traite des êtres humains.

Les illégaux sont alors emprisonnés dans l’attente que leur famille, vivant déjà à Hong Kong, ne paie une rançon pour leur libération. Réussissant à fuir à nouveau, nos pauvres Chinois tombent aux mains d’une autre bande, laquelle espère, elle aussi, monnayer leur liberté. En attendant, les truands assouvissent leurs bas instincts sur les prisonniers, humiliés, battus, violés et torturés à longueur de journée.

Difficile d’appréhender réellement la carrière de Tun Fei Mou, lequel aurait tourné plus d’une centaine de long-métrages à Taiwan avant son arrivée à Hong Kong au milieu des années ’70. A cette époque, il réalise un sketch dans l’anthologie policière THE CRIMINALS 5, un autre dans le film d’épouvante HAUNTED TALES, une romance (MELODY OF LOVE), un film d’action (BANK BUSTERS) et un kung fu (A DEADLY SECRET). LOST SOULS annonce sa seconde partie de carrière, consacrée à l’exploitation, qu’il poussera à son paroxysme dans le fameux et controversé CAMP 731, lui-même suivi par l’extrêmement nauséeux BLACK SUN, sa dernière œuvre, sortie en 1995.

Derrière un alibi social hypocrite et une prétendue dénonciation des conditions de vie des immigrants clandestins, souligné par un commentaire faux-cul en début de métrage, LOST SOULS reste un film de pure exploitation soucieux de titiller le spectateur par une accumulation vivifiante de sexe et de violences. Au rayon des tortures, Tun Fei Mou se montre inspiré et concocte un joli catalogue de pratiques sadiques.

Une prisonnière est ainsi attachée avant qu’un gardien ne lui fasse couler de la cire brulante sur le dos. Une autre, pudique, tente d’échapper à un déshabillage forcé en se réfugiant derrière un rouleau de fil de fer barbelé, espérant ainsi dissuader ses tortionnaires. Mal lui en prend puisque ceux-ci l’aspergent simplement d’essence et la brulent vivante. Un type se voit également pendu la tête en bas, dénudé et frappé à coup de trique. Les viols, pour leur part, se succèdent à intervalles réguliers, Tun Fei Mou n’hésitant jamais à jouer au voyeur en cadrant l’intimité des victimes.

La nudité constituant un tabou culturel très prégnant en Chine, le cinéaste prend en outre un malin plaisir à humilier les prisonnières en leur arrachant leurs vêtements, une manière commode de les empêcher de fuir, la honte de la nudité prenant, apparemment, le dessus sur leurs envies d’évasion. Notons que le cinéaste ne recule jamais devant le « full frontal », y compris pour les hommes et qu’il propose une scène de viol homosexuel assez étonnante voyant un des immigrés brutalement sodomisé par le chef des gangsters.

Excessif, Tun Mei Fou joue la carte des tortures sexuelles avec une complaisance digne d’un Jésus Franco au meilleur de sa forme mais propose peu de passages gore. Contrairement à l’indéfendable CAMP 731, ce LOST SOULS semble avoir été conçu pour flatter les bas instincts du spectateur mâle et lui fournir son quota de fantasmes sado-dominateurs. Notons cependant une poignée de scènes tellement outrées et ridicules qu’elles en deviennent (involontairement ?) drôles, en partie celle au cours de laquelle une captive, rendue folle par les mauvais traitements, se prend d’une crise de nymphomanie et poursuit les geôliers de ses assiduités. Ces derniers, au lieu de profiter de l’aubaine, s’en vont alors en poussant de petits cris de vierges effarouchées.

L’aspect nanar de LOST SOULS se manifeste également dans la multitude d’énormités proposées au spectateur. Les prisonniers sont ainsi dix fois plus nombreux que leurs ravisseurs mais ne songent jamais à se révolter, les cachots sont troués comme des gruyères et l’un des prisonniers possède même une grenade…dont il ne se servira que dans les dernières minutes du métrage !

Film d’exploitation putassier et tellement excessif qu’il en devient, paradoxalement, drôle, LOST SOULS n’a rien d’un classique oublié ni même d’un métrage insoutenable et constitue, en définitive, un simple divertissement aussi invraisemblable que longuet. A voir par curiosité ou pour les complétistes de la Catégorie III racoleuse des années ’80 tant, en dépit de ses énormes faiblesses, l’ensemble se révèle distrayant pour les amateurs de mauvais cinéma décomplexé et d’humiliations sexuelles continuelles.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011