CAMP SPECIAL NUMERO 7
Titre: Love Camp 7
Réalisateur: Lee Frost
Interprètes: Bob Cresse

 

Maria Lease
Kathy Williams
Bruce Kimball
John Alderman
Rodger Steel
David F. Friedman
Année: 1969
Genre: Naziexploitation / Erotique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Lee Frost (1935 – 2007) fut un des plus fameux pourvoyeurs de cinéma d’exploitation, actif du début des sixties au milieu des années ’90 en tant que réalisateur, scénariste, monteur, producteur, acteur, etc. Il débute sa carrière par des « nudies » (comme SURFTIDE 77) puis se lance dans l’horreur (HOUSE ON BARE MOUNTAIN) et embrasse le train du « documenteur » mondo avec HOLLYWOOD’s WORLD OF FLESH, MONDO BIZARRO et MONDO FRUEDO.

A la fin des années ’60, Frost se spécialiste dans l’érotisme crasseux via des « roughies » comme son pitoyable western L’EPERON BRULANT ou ce CAMP SPECIAL N°7 qui transpose une suite de vignettes sadomasos dans l’univers des camps de concentration nazis. Par la suite, le cinéaste continuera d’œuvrer au gré des modes dans le « film de bikers » (CHROME AND HOT LEATHER), la blaxploitation (BLACK GESTAPO), le porno sadique (A CLIMAX OF BLUE POWER), l’horreur de série Z (l’involontairement hilarant LA CHOSE A DEUX TÊTES), etc. A la fin des seventies, Lee Frost se perd, comme beaucoup de ses confrères, dans le cinéma X de consommation courante. Après une interruption de quinze ans, il revient en 1995 pour une ultime réalisation, un thriller érotique intitulé PRIVATE OBSESSION.

Aujourd’hui considéré comme le premier « naziexploitation » et le modèle du futur ILSA LA LOUVE DES SS, CAMP SPECIAL N°7 raconte une intrigue basique située dans un camp nazi où les prisonnières sont forcées de se plier aux désirs de leurs geôliers sadiques. Deux jeunes militaires féminines se portent volontaires pour s’y rendre afin de délivrer une scientifiques emprisonnées détentrices d’importants secrets pour les Alliés. Après avoir vécu quelques temps dans le camp, les demoiselles doivent être libérées par la résistance française en compagnie de la scientifique. Mais, sur place, les espionnes découvrent un véritable enfer où les tortures, humiliations et violences sexuelles sont quotidiennes…

La principale célébrité de CAMP SPECIAL N°7, outre son statut de pionnier, réside dans son interdiction totale en Grande-Bretagne qui lui valut de figurer sur la liste des « videonasty ». Contrairement à la plupart des titres de cette liste qui, par la suite, ont reçu une autorisation de sortie, il reste, aujourd’hui encore, banni.

En 2002, CAMP SPECIAL N°7 se vit refuser une sortie par la commission de censure pour la raison suivante : « le film contient de nombreuses scènes de prisonnières violées, torturées et abusées par les Nazis. Le but est d’attirer les mâles par le spectacle de femmes nues humiliées pour la seule excitation du public. CAMP SPECIAL N°7 contient une érotisation de la violence sexuelle et une association répétée de la sexualité avec la douleur et l’humiliation. Par conséquent, aucune coupe n’est possible, la violence sexuelle étant omniprésente durant toute la durée de projection ».

Evidemment, les amateurs de cinéma déviants se sont rués sur un tel film, lequel promet le divertissement malsain qu’ils attendent de ce genre de bandes d’exploitation. Hélas, la déconvenue se révèle sévère devant ce long-métrage aujourd’hui très daté et trop timoré pour satisfaire les pervers.

Certes, CAMP SPECIAL N°7 propose quelques sévices intéressants comme cette détenue forcée de se tenir, des heures durant, sur des planches qui lui meurtrissent l’entrejambe. Mais le reste se conforme aux clichés coutumiers de la naziexploitation à la manière de ses romans de gare aux titres évocateurs qui encombrent les étagères de bouquinistes. Une prisonnière lèche les bottes d’un officier allemand, une autre est pendue et violemment battue, d’autres sont violées, aspergées d’eau glacée ou soumises à des examens gynécologiques poussés,…La routine, sans doute choquante à la fin des années ’60 mais, aujourd’hui, plutôt timorée, les Italiens ayant été bien plus loin dans l’abject. A côté de produits extrêmes comme LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH ou HOLOCAUSTE NAZI, l’œuvrette de Lee Frost fait figure d’aimable bluette.

Mal fichu et manifestement réalisé avec trois bouts de ficelles, CAMP SPECIAL N°7 se prétend pourtant « historiquement fidèle à la réalité des camps ». D’où un amusant décalage entre les ambitions annoncées et les images effectivement proposées qui semblent avoir été tournées sur un plateau minuscule avec une poignée de figurantes promptes à tomber la chemise. Cependant, une voix off sentencieuse tente de crédibiliser l’intrigue, entrecoupée d’images de résistants prêts à intervenir, tandis que le commandant nazi (joué par le producteur et scénariste Bob Cresse) répète, quasiment en boucle, « vous êtes dans le camp spécial N°7 » au cas où, sans doute, quelques distraits penseraient se trouver dans le Stalag 69.

L’inévitable amorce de romance entre une des espionnes infiltrées et un Allemand sensible (il refuse de participer aux atrocités commises dans le camp) se terminera, forcément, dans le sang. Classique, le climax voit les détenues se révolter et exterminer leurs tortionnaires, ce qui permet de prudents mais sympathiques effets gore, notamment un tire-bouchon planté dans la gorge du commandant nazi.

Quoiqu’il puisse encore offenser les plus prudes, CAMP SPECIAL N°7 paraitra surement trop timide pour contenter les amateurs d’exploitation crapoteuse. Longuet, souvent ennuyeux dès qu’il ne propose pas des filles à poil torturées, le film de Lee Frost mérite cependant une vision distraite, d’une part car il fut le premier exemple de ce genre si décrié et, d’autre part, pour son humour involontaire perceptible des amateurs de second degré. Ce qui le transforme en une pseudo bande dessinées pour adultes, bien inoffensive mais à réserver, toutefois, aux seuls inconditionnels de naziexploitation.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013