LA LOUVE SANGUINAIRE
Titre: La lupa mannara
Réalisateur: Rino Di Silvestro
Interprètes: Annik Borel

 

Howard Ross
Dagmar Lassander
Tino Carraro
Elio Zamuto
Osvaldo Ruggieri
Andrea Scotti
Année: 1976
Genre: Horreur / Sexploitation / Rape and Revenge
Pays: Italie
Editeur Neo PUblishing
Critique:

Né en 1932 et décédé en 2009, Rino Di Silvestro débute sa carrière dans le théâtre d’avant-garde avant de réviser, incognito, près de deux cents scénarios durant les années ’60. En 1973, Di Silvestro se lance dans le cinéma d’exploitation et joue immédiatement la carte de la provocation tapageuse avec sa première œuvre, LA VIE SEXUELLE DANS LES PRISONS DE FEMMES.

L’année suivante, le cinéaste livre un nouveau film érotique, camouflé en giallo, intitulé LES DOSIERS ROSES DE LA PROSTITUTION. Il signe ensuite LA LOUVE SANGUINAIRE en 1976, probablement son titre de gloire (très relatif), puis enchaîne avec LES DEPORTEES DE LA SECTION SPECIALE SS, A 16 ANS DANS L’ENFER D’AMSTERDAM, BABY LOVE ou LES NUITS CHAUDES DE CLEOPATRE. Bref, une belle carrière pour les inconditionnels du bis rentre-dedans mais le bonhomme a, néanmoins, peu de chance de bénéficier d’une rétrospective à la Cinémathèque.

Supposé basée sur une histoire vraie (refrain connu), LA LOUVE SANGUINAIRE s’intéresse à une demoiselle nommée Daniela souffrant de problèmes psychologiques depuis un viol survenu durant son enfance. Peu à peu, divers événements conduisent la demoiselle à penser qu’elle souffre de lycanthropie. Ainsi, lorsqu’elle découvre sa sœur et son mari en plein acte d’amour, Daniela ne peut réfréner ses pulsions bestiales et sa sexualité trop longtemps contenue. Après avoir attiré son beau-frère dans les bois, elle le mort violemment et le laisse agoniser.

Enfermée dans une institution psychiatrique, la jeune femme, qui parait possédée, finit par s’évader avec l’aide d’une nymphomane et trouve refuge dans les bras d’un cascadeur de cinéma. Malheureusement, après un trop bref bonheur, une nouvelle agression sexuelle réveille la Bête tapie dans le cœur de la jeune femme et, à la nuit tombée, la louve se déchaîne, bien décidée à se venger de ses violeurs.

Né à Besançon en 1948, Annick Borel connut une carrière météorique durant les années ’70 puisqu’elle figura dans huit long-métrages, généralement érotiques, avant de totalement disparaître des écrans. Elle incarne ici la « louve sanguinaire », une femme perturbée persuadée d’être une lycanthrope. Cependant, excepté lors de la première séquence, située au XVIIIème siècle, nous ne verrons jamais l’héroïne en « louve-garou »...par contre nous pourrons longuement l’admirer à poils. Le film choisit, en effet, de considérer la lycanthropie de manière réaliste, c’est à dire comme une maladie mentale, et plonge dans la psyché de la demoiselle avec, toutefois, beaucoup moins de retenues et de réussites qu’un titre comme, par exemple, LA FELINE.

Ici, le cinéaste joue la carte de l’empilement de scènes « choc » et sacrifie à toutes les tendances de l’horreur et de l’exploitation pour maintenir l’attention du spectateur sans lui accorder le moindre répit. Un peu d’épouvante rétro avec la présence du loup-garou, une bonne dose d’érotisme, de la violence gratuite, du « rape and revenge » qui déboule sans grande logique uniquement pour relancer l’intérêt, un passage par un hôpital psychiatrique (lieu anxiogène souvent visité durant les seventies), une enquête policière mollassonne et même quelques référence aux films de possession lorsque la belle éructe des insanités à la manière de la gamine de L’EXORCISTE. Bref, du grand n’importe quoi, d’autant que le long-métrage ajoute à cet ensemble racoleur une peu crédible romance qui, pour sa part, joue la carte du mélodrame fleur bleue entre deux scènes sanglantes.

Mal fichu, très pauvre, réalisé sans conviction mais avec une certaine énergie juvénile dans la recherche du plan « sexy » ou « gore », LA LOUVE SANGUINAIRE demeure essentiellement une curiosité à réserver aux amateurs de bis déviant, lesquels sauront excuser ses nombreuses faiblesses pour se délecter de son mauvais goût assumé.

Le manque de développement scénaristique et les ellipses narratives rendent, en outre, l’ensemble confus mais, en contre-partie, cette construction bordélique confère au film un rythme enlevé et lui évite tout sentiment d’ennui. Mélange saugrenu d’horreur, de rape and revenge et d’érotisme, LA LOUVE SANGUINAIRE se révèle en grande partie raté mais possède un certain charme, quoique celui-ci soit difficilement explicable. Dans l’état d’esprit approprié, l’œuvre de Rino Di Silvestro peut contenter un spectateur pu exigeant et même lui offrir un minimum de plaisir, fut il coupable. Toutefois, pour la majorité des spectateurs, ce long-métrage reste surtout pénible et sans grand intérêt.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011