DOCTEUR MABUSE ET LE RAYON DE LA MORT
Titre: Die Todesstrahlen des Dr. Mabuse
Réalisateur: Hugo Fregonese & Victor De Santis
Interprètes: Peter van Eyck

 

O.E. Hasse
Yvonne Furneaux
Rika Dialina
Walter Rilla
Claudio Gora
Ernst Schröder
Année: 1964
Genre: Aventure / Science-fiction / Espionnage
Pays: Allemagne / France / Italie
Editeur  
Critique:

Huitième et dernier volet de la saga « Mabuse » (si on excepte les films de Jésus Franco et Claude Chabrol), DOCTEUR MABUSE ET LE RAYON DE LA MORT (ou, selon les pays, « Les rayons de la mort du docteur Mabuse »), s’éloigne encore davantage des racines du personnage pour plonger tête la première dans les eaux saumâtres du sous-James Bond, genre très en vogue au milieu des années ’60.

Réalisé par un Hugo Fregonese en fin de carrière loin de ses formidables QUAND LES TAMBOURS S’ARRETERONT et LE RAID, le film adopte tous les poncifs attendus dans une intrigue alambiquée qui cache mal ses différents emprunts. Peter Van Eyck, déjà présent dans deux « Mabuse » antérieurs mais dans un rôle différent, incarne ici un valeureux agent secret, le major Bob Anders, qui part pour Malte en compagnie d’une jolie fille (une « contrainte » de ses supérieurs afin qu’il passe inaperçu) afin de protéger le professeur Larson. Ce-denier a inventé une redoutable machine capable de générer un rayon de la mort (on se croirait en pleine science-fiction de l’âge « pulp ») suffisamment puissant pour désintégrer des villes entières. Cette création diabolique suscite évidemment la convoitise du docteur Mabuse, le super-criminel ayant projeté de s’en emparer pour devenir…le maître du monde (insérer ici quelques rires sardoniques !).

Emporté par sa logique purement commercial, le long-métrage joue effrontément la carte de l’espionnite à la James Bond avec ce criminel diabolique qui cherche à asseoir sa domination mondiale grâce à une invention révolutionnaire. Les prémices du récit, tout comme les bagarres sous-marines du final, rapprochent d’ailleurs immanquablement l’entreprise d’OPERATION TONNERRE, lequel date – oh surprise ! – de la même année. Les références « bondiennes » assumées incluent également une cohorte de jolies filles (dont une « agent 008 » !), des répliques humoristiques pleines de sous-entendus salaces et de double-sens et quelques séquences dignes du serial. Le héros est, par exemple, abattu par une de ses conquêtes (il porte un gilet pare-balles sous son smoking !), reçoit un bouquet de fleurs (qui dissimule une bombe !) ou se voit menacé par l’arme du super méchant (auquel il a commodément retiré le rubis permettant de l’actionner !).

Malgré tous ces éléments en apparence sympathique pour les nostalgiques du « film à épisodes », DOCTEUR MABUSE ET LE RAYON DE LA MORT demeure une production faiblarde, à l’action souvent poussive et à l’érotisme désuet mais dont la franche misogynie pourra faire sourire les plus indulgents. Les liens de cet ultime chapitre avec les précédents épisodes de la saga sont, pour leur part, ténus et Mabuse lui-même n’apparait jamais à l’écran autrement que par silhouette interposée.

Interprète habituel du rôle, Wolfgrang Preiss se voit d’ailleurs crédité au générique sans, en réalité, apparaître dans le film. Une belle arnaque. De toutes manières, le criminel diabolique aurait tout aussi bien pu être rebaptisé Fu Manchu, Fantômas ou Blofeld sans que cela ne change rien à l’intrigue. Cette dernière se révèle d’ailleurs brouillonne et peu compréhensible, chaque personnage – ou presque - apparaissant comme un agent double ou étant manipulé d’une manière ou d’une autre. Pas évident de s’y retrouver et, vu le manque d’intérêt du produit, difficile de se concentrer sur un long-métrage ennuyeux.

La mise en scène, elle, oublie les tentatives expressionnistes des précédents volets qui tentaient, à tout le moins, d’instaurer une atmosphère inquiétante pour privilégier une facture télévisuelle sans la moindre inspiration qui ne possède même pas le côté gentiment décalé des productions italiennes bigarrées de la même époque. La musique jazzy typique des sixties semble, pour sa part, peu adaptée au long-métrage et n’aide guère à lui donner le rythme nécessaire à combler les nombreuses invraisemblances du scénario qui se conclut, en outre, par un climax d’une mollesse désespérante.

Décalque peu inspiré des James Bond (et d’OPERATION TONNERRE en particuliers), DOCTEUR MABUSE ET LE RAYON DE LA MORT ne mérite une vision que par les cinéphiles les plus curieux et aventureux. Les autres s’abstiendront sans regret même si les inconditionnels de l’espionnage bis des sixties pourraient, à la rigueur, y trouver leur content à condition d’être vraiment bien disposé. Il était temps que la saga se termine, dommage que ce soit sur une note aussi faible.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2012