AU PAYS DE LA MGIE NOIRE
Titre: The Magic Cursek
Réalisateur: Tony Liu & Tso Nam Lee
Interprètes: Jason Pai Piao

 

Pinky DeLeon
Peter Chen Lau
Tan Chia Bee
Mong Hu
 
 
Année: 1977 (ou 1982?)
Genre: Fantastique / Erotique / Horreur / Kung Fu
Pays: Hong Kong
Editeur Bach Films
Critique:

Réalisé en 1977 (ou 1982, selon les sources !), AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE est une petite production de la firme Intercontinental, responsable au cours des seventies de nombreux nanars d'exploitation comme TOKYO EMMANUELLE ou SEVEN WOMEN FOR SATAN. La tentative, au départ, semble prometteuse et commercialement porteuse, mixant les éléments les plus vendeurs de l’époque en un ensemble voulu attractif.

AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE mélange donc le fantastique orienté vers la sorcellerie, l'horreur, l'aventure exotique, l'érotisme et le kung-fu. Hélas, International n'a sûrement pas investi beaucoup d'argent dans l’entreprise et l'ensemble n’évite donc pas le ridicule. Les décors, pour commencer, sont très pauvres et d’ailleurs réduit à quatre, tout le film se déroulant dans le même environnement, pauvrement photographié et mal exploité en plus.

L’intrigue emmène Jason Pai Piau (ou Piao selon l'orthographe choisie) sur une île perdue de Bornéo où il tombe sur une colonie de lépreux cannibales dirigés par un sorcier maléfique nommé Abdulah, lequel ricane beaucoup et fait léviter divers objets (au moyen de fils très visibles). Pai Piau, battu et blessé par une flèche, sera sauvé par de belles amazones menées par la prêtresse Fleoha, adoratrice du Dieu Serpent et rivale d'Abdulah. Car Fleoha est la bonne sorcière (oui, elle est bonne!!!) et Abdulah le méchant nécromancien. Une rivalité qui s'explique sûrement par une ségrégation sexuelle trop rigoureuse conduisant à l'abstinence et au besoin maladif d'extérioriser ses pulsions par la violence nous précise à l'instant le docteur Sigmund F. Merci docteur.

Bref, Fleoha file le parfait amour avec Pai Piau et pratique avec insouciance le sexe dans la brousse, à une époque où le monde ne connaissait pas le Sida et toutes ses saloperies. Mais notre homme heureux décide pourtant de rentrer chez lui et, jalouse, la belle sorcière lui jette un sort afin de s'assurer sa fidélité. Une fois guéri, Pai Piau retourne donc à Hong Kong et, oubliant ses belles promesses, se met à draguer comme une bête la moindre gonzesse passant à sa portée. Il faut dire que le veinard tombe sur des chaudasses qu'il emballe en deux minutes chronos. D'où des séquences un peu cochonnes dignes d’un téléfilm du dimanche soir. Hélas, chaque jeune fille ayant le malheur de passer avec notre tombeur des moments intimes périt sous les assauts de serpents maléfiques. Pas de doute, une "magic curse" est à l'oeuvre et le héros retourne dans la jungle accompagné d'un flic afin d'élucider le mystère. Un représentant de la loi rapidement convaincu des dires du bonhomme d'ailleurs.

Ce qui donne quelques dialogues assez hilarants, style
- le héros: "Monsieur l'agent, je n'ai pas tué cette jeune fille nue retrouvée morte dans mon lit, c'est mon ex qui lui a lancé une malédiction".
- Le flic: "Ah bon! Dans ce cas allons la trouver pour lui dire que ce n'est pas bien de faire ça."

Tout est donc crédible, n'est ce pas? Cette partie "urbaine" parait hélas franchement pénible, au point de gâcher complètement le coté amusant et profondément bis du début. En effet, durant les trois premiers quart d'heures, le métrage s'apparente à une production italienne des seventies: de l'aventures, de méchantes bestioles, de la violence, un peu de gore, un doigt d'érotisme (tout dépend où on le met!), de l'humour involontaire, du fantastique de pacotille, etc. Bref, un spectacle ringard à souhait mais charmant, dommage que la suite ne soit pas à la hauteur même si on a droit, durant cette seconde moitié, à quelques bagarres martiales assez piteusement chorégraphiées mais énergiques qui permettent de passer le temps.

Au niveau de la mise en scène, nous retrouvons Chin–Ku Lu (alias Tony Liu) et To Man Po (alias Tso Nam Lee), deux artisans familiers du cinéma hongkongais. Le premier débuta par quelques bruceploitations sidérantes comme BLACK DRAGON et sa suite, avant de s’acquitter de quelques « classiques » du kung fu bis comme HELL’s WINDSTAFF ou TIGER OVER WALL. Il fut ensuite responsable des meilleures réussites des dernières années de la Shaw Brothers avec une poignée de titres efficaces tels que SECRET SERVICE OF THE IMPERIAL COURT, LADY ASSASSIN, HOLY FLAME OF THE MARTIAL WORLD ou le diptyque BASTARD SWORDSMAN.

Tso Nam Lee, pour sa part, peut être considéré comme un des plus intéressants spécialistes du kung fu à petit budget, réussissant souvent des métrages certes fauchés mais toujours généreux et bien chorégraphiés. Citons simplement INVINCIBLE KUNG FU LEGS, LES BATONS INVINCIBLES DE SHAOLIN, EAGLE’s CLAWS ou les enthousiasmants SHAOLIN VS LAMA et FATAL NEEDLES Vs FATAL FISTS.

Même si Tony Liu et Tso Nam Lee se sont mis à deux pour réaliser AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE le résultat n'est pas franchement probant et, pire, ne tient aucune de ses promesses. Pourtant, à sa sortie, Intercontinental misait essentiellement sur l’érotisme pour convaincre le chaland et appuyait ses dires sur un classement X fort exagéré, tant le film reste gentillet. Certes, les scènes de pure exploitation se succèdent mais sans réellement susciter l’enthousiasme. Une coquine se transforme ainsi en une horrible goule avant de sectionner le pénis de son amant à coup de dents, les indigènes vénèrent le méchant Abdulah ("Tu es grand, grand prêtre!") de manière très caricaturale, les serpents attaquent mollement les héros et les beautés exotiques se dénudent intégralement à la moindre occasion, pour se baigner dans un lac ou séduire un mâle de passage.

Régulièrement, AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE propose en outre une petite baston opposant des figurants maladroits à Jason Pai Piau, héros de quelques réussites comme LES DISCIPLES DE LA 36EME CHAMBRE DE SHAOLIN ou VENGEANCE ! La demoiselle au nom rigolo de Pinky (ou Punky selon la jaquette) De Leon est, de son côté, plutôt mignonne mais son interprétation n'est guère convaincante.

Bref, beaucoup de défauts au passif de ce métrage. L'extrême confusion du scénario, la musique empruntée à d’autres films, le manque flagrant de rythme, l'interprétation poussive, les combats martiaux patauds et le peu d'investissement de l'équipe tirent vers le bas cette tentative ratée pourtant en apparence plutôt sympathique. Médiocre et sans grand intérêt, AU PAYS DE LA MAGIE NOIRE est, en outre, souvent ennuyeux, un comble pour ce genre de nanar!

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009