LE DESERTEUR DE FORT ALAMO
Titre: The Man from the Alamo
Réalisateur: Budd Boetticher
Interprètes: Glenn Ford

 

Julie Adams
Chill Wills
Hugh O'Brian
Victor Jory
Neville Brand
 
Année: 1953
Genre: Western
Pays: USA
Editeur  
Critique:

LE DESERTEUR DE FORT ALAMO est un des nombreux westerns de série B (aucune intention péjorative dans cette appelation !) réalisé par le très doué Budd Boetticher, artisan bien connu des amateurs du genre ayant signé quelques classiques comme par exemple l’excellent SEPT HOMMMES A ABATTRE.

L’intrigue de ce DESERTEUR DE FORT ALAMO se révèle donc carrée mais bien menée, en dépit d’une certaine modestie de moyens un peu préjudiciable aux séquences d’action. Nous sommes en 1836, au Texas et les derniers valeureux soldats défendent le célèbre Fort Alamo contre les troupes mexicaines de Santa Anna. L’arrivée d’un messager apporte une mauvaise nouvelle aux soldats déjà épuisés par les combats: les renforts promis n’arriveront pas et l’ennemi ne fera pas de quartier. Tous décident pourtant de rester jusqu’au bout afin de donner aux Américains quelques précieuses heures de répit supplémentaires.

Pourtant, cinq hommes combattant à Fort Alamo et tous originaires de la petite ville d’Oxbow prennent conscience du danger encouru par leur famille restées au pays. Ils tirent donc au sort pour que l’un d’entre eux s’échappe du Fort et rentre à Oxbow, où il pourra protéger leurs familles respectives. Le sort désigne Johnny Stroud et celui-ci quitte donc le fort pour rentrer protéger les proches des cinq soldats. Malheureusement, tous ont été massacrés et le seul survivant de ce carnage est un jeune gamin mexicain. Stroud apprend avec stupeur que les coupables sont une bande d’Américains renégats, mené par le Colonel Wade, portant l’uniforme mexicain afin de commettre leurs exactions. Obsédé par la vengeance, Stroud tente de se faire enrôler par Wade alors que les habitants d’Oxbow, apprenant la chute d’Alamo, le considèrent comme un lâche et cherchent à le lyncher.

Moins réputé que sa série de Westerns interprété par Randolph Scott, LE DESERTEUR DE FORT ALAMO n’en reste pas moins un bon exemple du talent de Boetticher à tirer partie d’une histoire simple et d’un budget serré. Focalisé sur la mission vengeresse de son héros, incarné par Glenn Ford, le cinéaste n’en oublie pas moins d’offrir un cadre historique intéressant. Certes, on pourra pinailler sur certains détails (les six-coups n’existaient pas à cette époque et, de manière générale, le film semble se dérouler vers 1880, comme la plupart des Westerns, et non pas une cinquantaine d’années plus tôt !) et sur le manque d’ampleur de la bataille de Fort Alamo, prudemment dissimulée lors des scènes nocturnes où l’on ne distingue souvent que les coups de canons.

Toutefois, en dépit de ce manque de moyens un peu handicapant, l’ensemble s’avère fort divertissant et ne laisse guère de répit au spectateur. Le rythme, tout d’abord, ne faiblit jamais, et Boetticher emballe son intrigue, pourtant relativement dense, en moins de 80 minutes. Peu de temps pour trainer en route donc, le cinéaste multipliant les rebondissements et maintenant une tension constante dans la grande tradition des séries B nerveuses et efficaces. Même si il privilégie l’action, le metteur en scène ne néglige pas pour autant la psychologie des personnages, développée et bien exploitée. Néanmoins, et c’est heureux, LE DESERTEUR DE FORT ALAMO évite de verser dans le drame psychologique dans l’Ouest sauvage et n’oublie jamais sa volonté première, qui reste de divertir.

Glenn Ford bénéficie cependant d’une belle étude de caractère et prend le temps de s’interroger sur les choix à réaliser et les décisions à prendre. Motivé par la vengeance et des considérations somme toutes très personnelles, ce « déserteur » accusé de lâcheté par l’ensemble de la population, traverse ainsi à la fois la petite et la grande Histoire. On peut d’ailleurs s’étonner de l’absence de justification que le héros donne à ses actes : plutôt que de tenter de prouver aux villageois la logique de ses actions (et les raisons de sa « désertion »), Johnny Stroud se contente d’aller de l’avant et d’obéir à son instinct, sans doute motivé par un inflexible code d’honneur personnel. Un choix peut-être contestable auquel il faudra cependant adhérer pour accepter réellement les enjeux développés par l’intrigue.

Le scénario avance donc rapidement, servi par les paysages toujours enchanteurs de l’Ouest, et les nombreuses scènes d’action qui émaillent le métrage à intervalles réguliers. Dans la plus pure tradition de la série B, LE DESERTEUR DE FORT ALAMO multiplie avec bonheur les poursuites de chariots, les fusillades, les bagarres sur des collines rocheuses, les tentatives de lynchage et les attaques de bandits. Bref, de belles séquences qui rappelleront sans doute bien des heures de jeunesses à jouer aux cow-boys et aux méchants!

Même si le cinéaste n’atteint pas encore le niveau de perfection de ses œuvres ultérieures, LE DESERTEUR DE FORT ALAMO constitue une bonne introduction au cinéma de Boetticher. Regrettons seulement certaines facilités criantes (pourquoi ce « déserteur » n’essaie t’il jamais de se justifier et répond t’il par un « ce ne sont pas vos affaires » à chaque question !) et des dialogues assez quelconques qui atténuent la portée du métrage et empêchent de le considérer comme une réussite totale. En dépit d’un même fait historique servant de base à l’action, il serait également absurde de comparer cette production modeste à l’énorme THE ALAMO tourné quelques années plus tard par John Wayne. La démarche est de toute manière bien différente, Boetticher préférant « exploiter » la situation historique pour offrir un justificatif aux actions de ses protagonistes mais quittant rapidement le Fort lui-même.

En l’état et malgré ses faiblesses, LE DESERTEUR DE FORT ALAMO demeure une production divertissante et entraînante, sans temps mort, qui offre une heure et vingt minutes de pur divertissement. C’est déjà beaucoup et cela permet à l’œuvre de Boetticher de s’inscrire parmi les réussites modestes – mais réelles - du western de série B !

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010