|
|



Critique: |
Coproduction italo-espagnole méconnue et oubliée, MANIAC MANSION s’inscrit dans la veine du fantastique gothique mâtiné d’épouvante « psychanalytique » et d’une large rasade de giallo. L’ensemble, pas très original, n’est hélas guère convaincant et peine à maintenir l’attention en raison d’un rythme mollasson et d’interminables scènes de couloirs au cours desquelles les protagonistes explorent une vaste demeure armés d’une torche ou d’une lampe électrique. Inspiré par les œuvres d’Antonio Margheriti, Mario Bava ou Riccardo Fredda, MANIAC MANSION développe un sens prononcé du gothique et recourt à l’imagerie habituelle du genre. Par exemple, le long métrage use et abuse de la brume, des ombres menaçantes, des apparitions fantomatiques et des cimetières inquiétants. Comme la plupart des récits de « maison hantée » (ou assimilé), le film rassemble une poignée d’individus disparates contraint de passer la nuit dans une étrange demeure.
Une belle demoiselle, Laura, est prise en stop par un homme rapidement entreprenant, Mr Porter. Lors d’un arrêt, elle préfère poursuivre la route avec un motard plus charmant prénommé Fred mais celui-ci prend une mauvaise direction et s’égare dans la brume. Un peu plus tard, une jeune femme, victime d’un accident de voiture non loin d’un cimetière, est pourchassée par deux étranges personnages à l’allure spectrale. A la nuit tombée, le petit groupe retrouve un autre couple et Mr Porter. Ce dernier s’est réfugié dans une étrange demeure et explique qu’il porte à présent une arme pour se défendre contre un mystérieux personnage habillé en chauffeur de limousine. Plus tard dans la soirée, la propriétaire de la maison, Marta, explique à tous ses invités involontaires qu’ils feraient mieux de passer la nuit chez elle tant le brouillard est épais. Marta révèle également l’histoire de sa famille et, en particulier, de sa tante, sorcière autoproclamée décédée dans un accident de voiture, en 1942, en compagnie de son chauffeur. Depuis, les villageois ont fuit la région par peur des vampires qui, à la nuit tombée, hantent le cimetière local…
Confus, MANIAC MANSION présente, durant son premier tiers, une série de personnages rassemblés dans un lieu unique par divers hasards et condamnés à attendre l’aube dans une vaste demeure encombrée de peintures sinistres. Le cinéaste joue essentiellement la carte de l’atmosphère et soigne une poignée d’apparitions, dont celle d’un couple de cadavres décomposés qui arpentent lentement la terre brumeuse d’un cimetière. A l’image de bien des récits d’épouvante, MANIAC MANSION se laisse tenter par un côté psychanalytique « intellectualisant » pas toujours très réussi. Divers flashbacks, par exemple, illustrent le passé d’une des protagonistes et suggèrent une relation incestueuse avec son père dont la conséquence est une crainte des hommes et, peut-être, une homosexualité réprimée. Toute cette partie, assez lourde, parait plaquée sur l’intrigue pour lui conférer un semblant d’épaisseur mais, finalement, apporte peu au mystère principal sur lequel repose le long-métrage.
Bizarrement, et contrairement à de nombreuses productions de la même époque, MANIAC MANSION limite au maximum l’horreur graphique et la nudité, pour se rapprocher davantage d’une énigme à l’ancienne que d’un véritable film d’horreur. Quelques passages, pourtant, se situent dans la tradition du giallo, avec cet assassin vêtu de cuir noir qui décime une bonne partie du casting. Lors du climax, les masques tombent finalement, au propre comme au figuré, et le film s’offre une conclusion peu crédible, voire décevante, à mi-chemin entre les machinations tordues du thriller gothique italien et les romans policiers de gare. Pour un spectateur moderne, MANIAC MANSION s’apparente également, pour le meilleur et pour le pire, à un épisode de Scooby-Doo, avec son quota de (faux) fantômes, de déambulations dans des sinistres couloirs et de masques en latex arrachés lors de révélations voulues fracassantes mais, hélas, trop prévisibles pour les familiers du genre.
Au rayon du casting, MANIAC MANSION offre le rôle de la maitresse de maison à une habituée du giallo, Evelyn Stewart (de son vrai nom Ida Galli), vue dans LA QUEUE DU SCORPION, LE CORPS ET LE FOUET, L’ADORABLE CORPS DE DEBORAH ou UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTEES. La plupart des acteurs, peu connus, effectuent un honnête boulot et tous composent des personnages intéressants qui transcrivent la tension latente de plus en plus palpable au fur et à mesure de la projection. L’atmosphère rétro et nostalgique qui use d’un décor sinistre et de machine à fumée, est, pour sa part, efficacement entretenue par la mise en scène et bien soutenue par une musique évocatrice. Curiosité plus agréable à découvrir que réellement convaincante, MANIAC MANSION convoque les principaux courants de l’épouvante des années ’60 pour créer un ensemble disparate, souvent pataud mais, dans l’ensemble, plaisant. A condition de ne pas en attendre un chef d’œuvre, MANIAC MANSION parvient à divertir les nostalgiques et se suit sans ennui, ce qui n’est déjà pas si mal.
|
|
Fred Pizzoferrato - Septembre 2011 |
|