LE FAISEUR D'EPOUVANTES
Titre: The Manitou
Réalisateur: William Girdler
Interprètes: Tony Curtis

 

Michael Ansara
Susan Strasberg
Stella Stevens
Burgess Meredith
Jon Cedar
Ann Sothern
Année: 1978
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Le réalisateur de séries B, William Girdler, né dans le Kentucky en 1947, débute sa carrière cinématographique en 1972 avec un ASYLUM OF SATAN sympathique. Au cours des six années suivantes, Girdler réalise huit autres longs-métrages dont le plus connu reste GRIZZLY LE MONSTRE DE LA FORET, flagrante imitation des DENTS DE LA MER mais succès surprise de 1976. LE FAISEUR D’EPOUVANTES, hélas, reste la dernière œuvre de Girdler, tué à seulement 30 ans dans un accident d’hélicoptère alors qu’il préparait un film de science-fiction aux Philippines.

Adaptant un roman de Graham Masterton publié en 1975, LE FAISEUR D’EPOUVANTES s’inspire, bien sûr, de L’EXORCISTE en confrontant un médium à l’esprit maléfique d’un homme médecine indien cherchant à revenir d’entre les morts mais puise également, comme son modèle littéraire, dans la mythologie des Grands Anciens, instaurée par Lovecraft.

L’intrigue débute par un bilan médical de routine subi par Karen Tandy, lequel révèle l’existence, dans sa nuque, d’une supposée tumeur. Un examen plus approfondit s’impose mais les résultats sont incroyables : il s’agit d’une sorte de fœtus se développant dans le corps de la jeune femme ! Les chirurgiens tentent bien sûr d’extraire l’étrange « grosseur » mais l’opération se solde par un échec et une force mystérieuse se manifeste pour blesser les hommes de sciences effarés. Le petit ami de Karen, un faux médium nommé Harry Erskine, tente de découvrir la vérité et apprend que le fœtus est celui d’un homme médecine indien cherchant à se réincarner.

Désespéré, Erskine obtient finalement le soutien d’un sorcier Peau Rouge, John Singing Rock, lequel accepte, après bien des hésitations, de l’aider à renvoyer l’esprit maléfique, le « manitou », dans le royaume des morts. Malheureusement, Erskine et John Singing Rock n’ont pas affaire à n’importe quel « homme médecine » mais au plus redouté d’entre eux, le terrible Misquamacus et, en dépit de leurs efforts, ce-dernier revient à la vie. Souffrant d’horribles malformations causées par son exposition aux rayons X, Misquamacus tente d’invoquer l’esprit d’un Grand Ancien tandis que Erskine et Singing Rock en appellent à d’autres « manitous » pour contrer ses immenses pouvoirs. La bataille finale pour sauver Karen se déroule dans une chambre d’hôpital servant de passages entre les dimensions alors que les anciennes forces indiennes s’opposent aux esprits du monde moderne.

En dépit de ses faiblesses manifestes, de ses nombreux excès et d’effets spéciaux folkloriques lors d’un climax définitivement trop outrancier pour convaincre, LE FAISEUR D’EPOUVANTES demeure un plaisant divertissement horrifique ne méritant pas sa mauvaise réputation. L’intrigue, tout d’abord, s’avère intéressante et bien menée, aussi stupide qu’elle puisse paraître de prime abord. William Girdler retranscrit fidèlement l’univers de Graham Masterton malgré quelques changements mineurs et peu importants du point de vue de la narration.

L’écrivain, de son côté, n’a jamais caché l’influence prépondérante de Lovecraft sur son œuvre et LE FAISEUR D’EPOUVANTES se réfère, forcément, au reclus de Providence. Le film matérialise ainsi des forces maléfiques plus vieilles que l’Humanité cherchant à recouvrer leur suprématie perdue sur la Terre suite à d’étranges rituels. L’invocation finale d’un Grand Ancien s’apprêtant à pénétrer dans notre réalité pour la ravager renvoie, elle aussi, directement à Lovecraft et à ses monstruosités indicibles.

Hélas, comme pour DUNWICH HORROR et autre DIE MONSTER DIE, la représentation effective du Mal s’avère peu convaincante, handicapée par un budget trop modeste et des effets spéciaux visuels trop « flashy » pour effrayer qui que ce soit. Les emprunts à L’EXORCISTE, pour leur part, sont par contre habilement contournés par l’utilisation d’une magie indienne antérieure à la chrétienté. Les séquences impliquant l’Homme médecine John Singing Rock se révèlent ainsi fort intéressantes et évitent les clichés coutumiers des décalques du chef d’œuvres de Friedkin, lesquels jouent trop souvent du mysticisme catholique et de la classique opposition entre un prêtre en crise de foi et un émissaire de Satan bataillant pour une âme en danger. Ici, Singing Rock a pleinement confiance en la force de sa magie mais s’incline cependant devant l’incroyable puissance de son antagoniste maléfique vieux de plusieurs siècles.

Ce brave Singing Rock est incarné par Michael Ansara, un acteur syrien dont le principal titre de gloire reste sa participation à la superproduction LE MESSAGE même s’il eut d’autres seconds rôles intéressants (DAY OF THE ANIMALS, LES COLTS DES 7 MERCENAIRES, LE MONSTRE EST VIVANT) et participa à beaucoup de séries télévisées, dont « Star Trek ». Ansara, très convaincant et impliqué, se révèle excellent dans son interprétation pleine de sagesse et de force tranquille.

Malheureusement, le légendaire Tony Curtis ne semble, lui, guère concerné par son rôle, qu’il joue avec un détachement amusé, à la limite du cabotinage et de l’auto-parodie. Difficile, par conséquent, de croire en son désir de combattre le Mal tant Curtis parait ne jamais prendre tout cela au sérieux. L’acteur ne se départit jamais d’un sourire en coin perpétuellement adressé au spectateur pour lui rappeler à quel point tout cela est absurde et parait un choix de casting malheureux en dépit de sa renommée.

Susan Strasberg (HURLER DE PEUR, SWEET 16) est, pour sa part, sous-employée en possédée et Stella Stevens (L’AVENTURE DU POSEIDON, MONSTER IN THE CLOSET) complètement à côté de la plaque en médium mais Burgess Meredith (dont chacun se souvient pour son rôle de Mickey, l’entraineur de Rocky dans la saga de Sylvester Stallone) délivre une brève mais sympathique prestation.

Au niveau de l’angoisse, LE FAISEUR D’EPOUVANTES fait, hélas, mentir son titre en ne proposant que des frissons faisandés. Souvent plus involontairement drôle que réellement terrifiant, le métrage se repose sur des effets horrifiques vus et revus, comme de soudaines possessions amenant la victime à s’automutiler. Par contre, l’apparition de la tête du cruel sorcier indien surgissant d’une table lors d’une séance de spiritisme se montre inventive et adroitement réalisée.

Le final, situé dans un hôpital entièrement soumis au bon vouloir du sorcier indien ressuscité, souffre, lui, d’un budget insuffisant et William Girlder échoue par conséquent à retranscrire le climax grandguignolesque du roman de Graham Masterton. Utilisant de médiocres trucages visuels, le cinéaste envoie son héroïne à demi nue dans un déluge d’éclairs et d’étoiles, au milieu d’un cosmos peu convaincant. Le dernier combat entre les héros et les forces maléfiques verse ainsi dans les clichés hérités de LA GUERRE DES ETOILES lors d’un duel à coup d’éclairs d’énergie (des lasers ?) tandis que la glace qui recouvre les couloirs de l’hôpital ne fait guère illusion. Cependant, le cinéaste n’hésite jamais à en faire trop et se révèle incroyablement généreux.

Se fichant des contraintes budgétaires, William Girdler propose un spectacle idiot mais tonique impliquant de nombreuses manifestations surnaturelles, un tremblement de terre et, enfin, un affrontement entre les ordinateurs de l’Homme Blanc et la magie millénaire des Peaux Rouges.

Divertissant, riches en séquences bien folles et conduit à un rythme trépidant par un cinéaste plus enthousiaste que vraiment doué, LE FAISEUR D’EPOUVANTES se révèle au final sympathique, amusant et jamais ennuyeux. Un public moins indulgent le qualifierait sans doute de simple nanar mais, avec une certaine indulgence et une bonne dose de second degré, cette petite série B tonitruante permet de passer un bon moment. Ce n’est déjà pas si mal.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013