MEGALODON
Titre:  
Réalisateur: Pat Corbitt
Interprètes: Leighanne Littrell

 

Robin Sachs
Al Sapienza
Mark Sheppard
Jennifer Sommerfield
Evan Mirand
 
Année: 2002
Genre: Horreur / Sharksploitation
Pays: USA
Editeur  
Critique:

La station de forage Colosssus, située près des côtes du Groenland, au cœur de l’Atlantique Nord, constitue le nouveau projet titanesque de la Nexecon Petroleum. Le but de cette construction est de pouvoir atteindre des réserves de pétroles encore intactes situées à des profondeurs gigantesques. Le dirigeant de la compagnie, Peter Brazier, essuie les critiques des écologistes mais accueille à bord du Colossus deux reporters, la jeune Christen Gidding et son caméraman, Jack Thompson, afin de démontrer son respect de l’environnement.

Les forages débutent et ne tardent pas à révéler une poche sous-marine dans laquelle ont subsisté diverses espèces de poissons préhistoriques, supposés éteints depuis des millions d’années. Endommagé, le Colossus va se trouver menacé par l’une de ces créatures, le plus grand prédateur ayant jamais vécu, le Carcharodon Megalodon. Cet ancêtre du Grand Requin Blanc, long de vingt mètres et équipé d’une mâchoire redoutable, installe son territoire à proximité de la station de forage et dévore tout ce qui passe à sa portée.

Publié au milieu des années ’90, le roman « Meg » de Steve Alten fut immédiatement un joli succès de librairie et remis au gout du jour l’aventure maritime mâtinée d’horreur en dépeignant les exactions d’un gigantesque requin préhistorique, le Megalodon, libéré par un forage en plein océan. Immédiatement les rumeurs d’une adaptation cinématographique se répandent, le projet passant de Walt Disney à New Line. Différents réalisateurs sont pressentis (comme Jan de Bont et Guillermo Del Toro) mais le projet n’abouti pas. Cependant la publicité générée et la sortie de plusieurs séquelles littéraires à « Meg » (La saga compte, en 2010, quatre volumes) incite de petits producteurs a prendre le train en marche, remplaçant le traditionnel requin blanc par son ancêtre le Megalodon dans diverses séries B généralement destinées à la vidéo.

La vague déferle aux débuts des années 2000 via des titres comme SHARK ATTACK 3, SHARK HUNTER et ce MEGALODON, lequel s’inspire assez outrageusement du roman de Steve Alten sans toutefois le créditer. Comme dans sa source littéraire officieuse, l’aspect aventure prédomine sur le côté horrifique, au risque de décevoir les amateurs de « sharksploitation » pure et dure. Pourtant, une fois ce postulat admis, le premier (et pour l’instant dernier) long-métrage de Pat Corbitt se laisse voir sans déplaisir.

Bien sûr le scénario tarde un peu à se développer (il faut patienter environ trois quarts d’heures pour apercevoir le fameux Megalodon !) mais les interprètes sont relativement convaincants et les personnages plus travaillés que de coutume, tout comme les dialogues, plus crédibles et réalistes que dans la majorité des séries B similaires. Nous sommes évidemment loin de Shakespeare mais Pat Corbitt tente quand même d’élever un peu le produit au-dessus de la masse des sous-produits peuplés de bimbos écervelées et de baroudeurs des mers fumant la pipe en maudissant les requins mangeurs d’homme.

Le scénario, linéaire et sans grande ambition, se montre toutefois, pour sa part, un peu plus original que les sempiternelles attaques de baigneuses sur les plages californienne. Encore une fois, l’aventure l’emporte sur l’horreur mais confère au film un côté rétro relativement agréable et charmant, à condition de ne pas avoir lu le roman « Meg » dont ce métrage constitue un décalque éhonté, pour ne pas dire honteux. Bref, difficile de créditer l’originalité relative de l’intrigue à Pat Corbitt, lequel se contente surtout de plagier le travail de Steve Alten sans aucun souci des copyrights.

Filmé quasiment intégralement à l’aide d’effets numériques, MEGALODON possède malheureusement un look assez artificiel et peu convaincant. Cependant, les effets spéciaux restent quand même acceptables pour un budget aussi restreint et le requin, de son côté, s’avère relativement réussi à condition de ne pas trop pinailler sur les détails. Les scènes d’attaque, elles, sont peu nombreuses et visent essentiellement les petits sous-marins utilisés par le personnel de la station de forage.

Vu la taille du monstre préhistorique, le spectateur aura peu de séquences de « croque » à se mettre sous la dent, le gore étant d’ailleurs quasiment absent du métrage. Dommage que, lors du final, la multiplication des éléments synthétiques (station de forage, iceberg, océan, hélicoptère, requin,…on se demande si les acteurs eux-mêmes ne finiront pas remplacer par des images d’ordinateur !) finissent pas donner à MEGALODON un côté très daté, à l’image d’une ancienne cinématique de jeu vidéo aujourd’hui complètement dépassée.

Une durée restreinte (80 minutes chrono !) aide à digérer la pilule et permet de ne pas trop s’ennuyer en dépit d’un rythme assez mou et d’un manque de péripéties regrettables. Cependant, on a vu bien pire et, après une bonne vingtaine d’imitations sans imagination des DENTS DE LA MER, le métrage de Pat Corbitt apparaît presque sympathique. Sans être un classique ni même une vraie bonne série B, MEGALODON se laisse voir d’un œil distrait et sans passion mais sans déplaisir pour les inconditionnels de la « sharploitation ».

C’est déjà pas mal dans le genre !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010