LE COLOSSE DE HONG KONG
Titre: The Mighty Peking Man / Xing Xing Wang
Réalisateur: Ho Meng Hua
Interprètes: Danny Lee

 

Evelyne Kraft
Ku Feng
Norman Chu
Theodore Thomas
 
 
Année: 1977
Genre: Fantastique / Aventures
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Lancé en 1976 par une Shaw Brothers désireuses de devancer le succès escompté du remake de KING KONG réalisé par John Guillermin, ce nanar ahurissant a gagné, au fil du temps, ses galons d'œuvre culte. Célébré par beaucoup (de Starfix à Mad Movies chez nous à l’inévitable Tarentino aux USA), LE COLOSSE DE HONG KONG emprunte donc énormément à KING KONG, mâtiné d'un soupçon de Tarzan, d'une pincée d'aventures exotiques sur le mode du serial à l’ancienne et d'une bonne rasade de GODZILLA pour terminer. C'est dire si nous nageons dans le n'importe quoi assumé et que la cohérence du métrage n’est pas essentiel à sa juste appréciation.

Mais justement, comme le signale ce grand comique de Christophe Lemaire, ce film peut plaire à tout le monde. Les cinéphiles lui trouveront un côté rétro et poétique, les amateurs de bis seront aux anges et même les ricaneurs du dernier rang pourront se bidonner à loisir devant tant de bêtises.

Tout commence par un homme d'affaire décidé à capturer un monstre géant, réveillé dix ans plus tôt par un tremblement de terre. Il monte une expédition menée par un certain Johnny Fang (le dadais Danny Lee, précédemment découvert dans des « classiques » du portnawak cinématographique comme SUPER INFRAMAN, THE OILY MANIAC et l’impayable LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE) afin de découvrir la bête en usant "de ce que l'homme possède et dont l'animal est dépourvu: l'intelligence". Après divers péripéties saugrenues (charge d'éléphant utilisant comme trucage une transparence totalement ratée renvoyant directement aux TARZAN des années ‘30; combat entre un indigène et un tigre affamé; etc.) nous comprenons la situation: l'homme d'affaire est un salaud fini alors que Johnny, lui, est un brave garçon. Il faut d'ailleurs admirer le jeu outré d’un Danny Lee n’hésitant jamais à trop en faire, par exemple lorsqu'il assiste à l'exécution de l'indigène blessé dont on "abrège ainsi les souffrances".

Le beau Johnny a d'ailleurs entrepris cette expédition pour oublier d’affreux souvenir : en effet son salopard de frère lui a sournoisement piqué sa copine adorée. Un flash back émouvant nous montre ainsi Johnny entrant, un bouquet de fleur à la main, dans son appartement pour découvrir les tourtereaux enlacés nus sur un lit. Le frère tente bien de se justifier ("ce n'est pas ce que tu crois, c'est toi qu'elle aime"), rien n'y fait et Johnny, drapé dans sa dignité (lui, au moins, n’est pas à poil), part à la chasse au gorille géant. Après tout, chacun cherche à oublier ses soucis comme il l’entend. Finalement, après quelques séquences sans intérêt, Johnny se retrouve seul dans la jungle et finit par découvrir le singe géant. Mais le petit coquin met également la main (au propre comme au figuré d'ailleurs!) sur la belle Ah Wei (ou carrément Samantha dans l'impayable version française!), jouée par la Suissesse Evelyine Kraft, familière elle aussi de chefs d’œuvres du septième art aussi inoubliables que FRENCH SEX MURDERS ou LADY DRACULA, sans oublier un émouvant ARRETE TON CHAR, BIDASSE. La blonde se la joue volontiers Jane, fille de la jungle, mais porte pourtant rouge à lèvres et fard à paupière, ainsi qu'une très belle permanente qui a dut rendu jaloux les chanteurs de hard-rock de l'époque.

Johnny et Ah Wei (on a plus tôt envie de dire « Ahhhhhh Ouais!" en la voyant) tombent bien sûr rapidement amoureux l'un de l'autre et une série de scènes d'une hallucinante niaiserie se déroulent alors, parfois filmé au ralenti, à croire que Claude Lelouch faisait, à l’époque, des émules en Asie. La suite nous invite à contempler, médusés devant tant de poésie sur pellicule, une course dans la jungle, des galipettes aquatiques et même une danse d'Ah Wei, laquelle porte sur ses épaules son léopard apprivoisé. Bref, de grands moments d'émotion qui sauront tirer une larme aux spectateurs les plus romantiques. Ou pas. Le cinéaste Ho Meng-Hua, toujours soucieux de la belle image, essaie de son côté de capter le moment attendu par tous les spectateurs, à savoir celui où la poitrine d'Evelyn Kraft va jaillir de son bikini en peau de bête. Ce qui se produit parfois, très furtivement hélas, mais l’intention y était. Pour se consoler, le réalisateur place sa caméra sous la mini jupette de la starlette suisse et nous la montre grimper aux arbres. Effectivement, un grand moment de cinéma orchestré par un véritable vétéran, Ho Meng-Hua étant un des principaux pourvoyeurs de l’exploitation hongkongaise avec des titres aussi croquignolets que BLACK MAGIC, BLACK MAGIC 2, KISS OF DEATH ou des Wu Xia délirants comme THE FLYING GUILLOTINE (et sa seconde suite VENGEFUL BEAUTY) et THE DRAGON MISSILE. On lui doit aussi l’excellent LES GRIFFES DE JADE mais c’est une autre histoire.

Mais le monstre, où se cache t'il me direz-vous? Et bien « tout près », comme disait Richard Crenna prisonnier des ruskofs dans RAMBO III (ce qui n'a rien à voir mais le bon goût appelle le bon goût et le grand cinéma mérite des références à la hauteur). Car, oh suprise, Ah Wei et le singe sont copains comme cochon et Johnny, toujours pragmatique, décide de ramener à la fois la belle et la bête à Hong Kong. C'est le moment choisi par l'investisseur véreux pour revenir dans l'intrigue et organiser l'exhibition du monstre. Genre King Kong à Hong Kong, quoi. Mais, une fois dans la Colonie, tout se gâte. Johnny jette Ah Wei pour retrouver son ex (drôle d'idée!) et notre homme d'affaires, cumulant tous les vices, tente de violer la belle indigène.

Le grand singe, jusque là plutôt tranquille dans sa cage, s'énerve très fort et s'évade, détruisant tout sur son passage. Il prend ensuite sa dulcinée dans sa main velue et, se souvenant soudain d'un certain classique du cinéma des années trente, grimpe en haut du plus haut building de la ville, histoire d'offrir une cible facile aux hélicoptères de l'armée. LE COLOSSE DE HONG KONG constitue véritablement un exemple typique du cinéma bis tel que le grand public se l'imagine: raté, naze, stupide mais jamais ennuyeux et, il faut bien l’avouer, souvent drôle.

Régulièrement cité dans de nombreuses publications spécialisées, l’œuvre fait, depuis trente ans, le bonheur des amateurs de curiosités réjouissantes tant le métrage recèle toutes les qualités et les défauts (souvent les mêmes d'ailleurs!) du genre. Des séquences d'une hallucinante naïveté voisinent avec l'un ou l'autre passage gore, les effets spéciaux sont terriblement ratés mais possèdent un charme certain et le rythme se révèle soutenu. L'intrigue s’avère pour sa part bien menée, en dépit d’une forte tendance à user de la photocopieuse), l'humour est bien présent (quoique souvent involontaire) et le figurant dans son costume de singe miteux prend visiblement plaisir à écraser des maquettes. Evelyn Kraft, pour sa part, reste indubitablement une des starlettes les plus sexy de son temps et son charme naturel ajoute une dimension supplémentaire à cette œuvrette sans prétention. Le spectateur, lui, peut apprécier ce grand moment de cinéma régressif et décomplexé tant au premier qu'au second, voire au dixième degré.

Nous sommes loin d’un chef d'œuvre mais LE COLOSSE DE HONG KONG constitue toutefois un bon divertissement Z qui permet de passer un excellent moment à condition de se placer dans les conditions appropriées. Et c'est tout ce qu'on lui demande, non?

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010