L'ATTAQUE DE FORT DOUGLAS
Titre: Mohawk
Réalisateur: Kurt Neumann
Interprètes: Scott Brady

 

Rita Gam
Neville Brand
Lori Nelson
Allison Hayes
John Hoyt
Rhys Williams
Année: 1956
Genre: Western
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Western à petit budget, L’ATTAQUE DE FORT DOUGLAS fut réalisé par le spécialiste de la série B Kurt Neumann, précocement décédé à cinquante ans, juste avant la sortie de son meilleur film, LA MOUCHE NOIRE. Au cours d’une carrière d’un quart de siècle, le prolifique cinéaste signa de nombreux « quickies » dans les genres les plus variés, passant de la science-fiction au western, sans oublier une poignée d’aventures de Tarzan.

L’ATTAQUE DE FORT DOUGLAS développe une intrigue peu originale dont le héros est un peintre nommé Jonathan Adams officiant au Fort Alden. Sa fiancée, Cynthia Stanhope, y débarque accompagnée de sa tante Agatha et devient rapidement jalouse de la pulpeuse Greta Jones dont Jonathan aime à immortaliser les formes sur ses toiles. Pendant ce temps, la révolte gronde au sein de la tribu indienne des Iroquois dont le chef, le sage Kowanen, tente de calmer la colère. Mais les Indiens, galvanisés par Rokhawah, souhaitent partir en guerre contre les Visages Pâles après s’être emparés d’une grosse quantité de fusils. Onida, la fille de Kowanen, tombe pour sa part amoureuse de Jonathan, lequel essaie par tous les moyens d’empêcher la guerre annoncée. Hélas, ses pacifiques efforts sont anéantis par le rusé Butler qui tue le frère d’Onida, Keoga, afin de provoquer la haine du chef. Devant cette nouvelle attaque, Kowanen n’a d’autre choix que de convoquer le conseil de guerre, lequel vote l’extermination des Blancs.

Banal et sans surprise, L’ATTAQUE DE FORT DOUGLAS possède néanmoins quelques attraits pour l’amateur de westerns, en particulier un humour parfois plaisant et la présence de Scott Brady, un familier du genre, vu dans PASSAGE INTERDIT ou JOHNNY GUITAR. L’acteur s’est ensuite reconverti à la télévision avant d’être tiré de sa retraite par Joe Dante qui lui offrit son dernier rôle avec GREMLINS. Pour en revenir à L’ATTAQUE DE FORT DOUGLAS, si l’intrigue n’a guère d’intérêt ou de substance, la love story qui sous-tend le récit reste sympathique : le héros, courtisé par sa prude fiancée et une provocante « modèle » préfère, au final, une belle Indienne.

Pour contrebalancer le manque de budget, Kurt Neumann se voit contraint de ruser et recourt à la bonne vieille technique du stock-shots. Il emprunte donc les passages les plus spectaculaires de son film à SUR LA PISTE DES MOHAWKS, réalisé quinze ans auparavant par John Ford et les intègre dans son propre long-métrage de manière parfois habile mais souvent risible. Les Iroquois attaquent, par exemple, le fort dans la pénombre tandis que les principaux protagonistes, serrés sur le décor minimaliste du fort, ripostent devant un beau ciel bleu. De même les scènes de poursuites proviennent directement du classique de Ford mais Kurt Neumann substitue, pour les gros plans, le visage de Scott Brady à celui d’Henry Fonda. De véritables tours de passe-passe, dignes d’Ed Wood, qui consterneront les cinéphiles et divertiront les plus indulgents. Les tenues grotesques des Iroquois ont en outre bien du mal à les rendre menaçant en dépit de leur jolie crête garnies de plumes et les extérieurs peints camouflent mal la pauvreté des décors. Bref, la misère, la précipitation et la débrouille dominent mais tout cela reste, pour peu que l’on soit dans le bon état d’esprit, amusant pour les amateurs de bis.

Malgré son budget rachitique et ses scènes entières piquées à SUR LA PISTE DES MOHAWKS, le film de Kurt Neumann reste appréciable en tant que curiosité. Un petit western mal fichu et oubliable mais pas désagréable à suivre, surtout grâce à sa durée réduite (moins de 80 minutes) qui assure un divertissement modeste mais réel à condition de ranger son cynisme au vestiaire.

Cela dit, hors des « complétistes » et des inconditionnels du western de série B (ou plutôt Z), difficile de réellement conseiller cette miséreuse production alors qu’il reste tant de pépites à découvrir…

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013