JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN (TRIO PERVERS)
Titre: Ich schlafe mit meinem mörder
Réalisateur: Wolfgang Becker
Interprètes: Harald Leipnitz

 

Véronique Vendell
Ruth-Maria Kubitschek
Friedrich Joloff
Peter Capell
Wolf Harnisch
Henri Guégan
Année: 1970
Genre: Thriller / Giallo
Pays: Allemagne / France
Editeur  
Critique:

Quoiqu’il s’agisse d’une coproduction franco-allemande, JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN (également connu sous le titre racoleur de TRIO PERVERS) figure fréquemment sur les listes de gialli, souvent accompagné du qualificatif « érotique ». En réalité, si l’aspect sexy s’avère timoré et se limite à une nudité aujourd’hui timide, le côté « giallo », par contre, propose une improbable mais divertissante machination capable de tenir le spectateur en haleine du début à la fin.

Jan est le mari d’une belle femme d’affaires nommée Angela, directrice d’une importante compagnie et, par conséquent, très riche. Mais Jan, pourtant, aime se divertir en compagnie de sa jeune maîtresse Gina, laquelle souhaite le voir quitter son épouse pour vivre à ses côtés. Incapable de renoncer à son fastueux train de vie, Jan ne peut se résoudre à plaquer Angela mais imagine de la supprimer et concocte pour cela un plan qu’il estime parfait.

Jan envisage d’inviter sa femme dans une villa isolée après l’avoir « appâtée » via une lettre anonyme, de l’endormir à l’aide d’un verre de whisky drogué et, ensuite, de la tuer. De son côté, Gina doit se grimer à la manière de sa rivale et simuler une crise de jalousie devant deux prostituées qui serviront à la fois de témoins et d’alibi pour l’astucieux Jan. En effet, Gina simulera ensuite un suicide en jouant le rôle de l’épouse lassée des frasques de Jan et, une fois la police prévenue, les forces de l’ordre découvriront le cadavre de la véritable Angela. Malheureusement, des cambrioleurs pénètrent dans la villa, assomment Angela et la font disparaître. Cet imprévu contraint Jan à changer tous ses plans et force Gina à assumer l’identité de l’épouse pour dissiper les soupçons des enquêteurs, persuadés de la culpabilité de Jan.

Réalisé par Wolfgang Becker (aucun lien avec son homonyme de GOODBYE LENIN), JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN fonctionne essentiellement grâce à la qualité de son scénario, certes alambiqué et peu crédible mais réglé avec une exceptionnelle minutie. Les twists se succèdent à un rythme enlevé et le spectateur ne tarde pas à se passionner pour ce jeu du chat et de la souris des plus réussi. Le thriller se teinte alors d’un peu d’érotisme, d’un soupçon d’épouvante inspiré des gialli à base de machination impossible et d’une bonne dose de comédie macabre pour aboutir à un cocktail enivrant et mémorable.

Ludique et riche en rebondissements, JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN multiplie les retournements de situation et développe un humour macabre bienvenu qui rappelle MAIS QUI A TUE HARRY ? (ou, pour prendre une comparaison plus triviale, JO avec Louis de Funès). Les pauvres amants criminels se voient, en effet, contraints de changer leur version des faits régulièrement afin de laisser croire aux policiers qu’Angela est, tour à tour, morte ou vivante selon les avancées de l’enquête.

Au rayon du casting, JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN donne la vedette à Harald Leipnitz, acteur à la riche filmographie (plus de 130 rôles !) décédé en l’an 2000 et aperçu dans LES 13 FIANCEES DE FU MANCHU et JUSTINE de Jesus Franco. Machiste, sûr de son pouvoir séducteur et de la perfection de son plan meurtrier tarabiscoté, Lepnitz compose un personnage haïssable dont les démêlées avec la police sont, forcément, jubilatoires tant il est agréable de le voir se dépêtrer d’une inextricable situation.

Dans le rôle de l’épouse trompée, nous retrouvons Ruth-Maria Kubitschek, une familière du petit écran (plus d’une centaine de téléfilms au compteur) à la quarantaine séduisante, à la fois riche et puissante, se servant de son mari comme d’un esclave docile destiné à assouvir ses importants besoins sexuels. Dominante et inflexible, elle lui laisse quelques latitudes (il peut s’encanailler à droite et à gauche auprès de jeunettes peu farouches) mais lui fait comprendre qu’elle reste la maîtresse du jeu.

Kubitschek est opposée à la jeune (et fréquemment dévêtue) française Véronique Vendell, laquelle tourna une trentaine de long-métrages au cours des années 60 et 70, apparaissant dans des productions prestigieuses comme LA NUIT DES GENERAUX, BARBARELLA ou CROIX DE FER. Ce trio (pervers) se révèle très convaincant et chacun donne une belle épaisseur à des personnages détestables et arrivistes ne songeant qu’à l’argent et envisageant le sexe comme un moyen de domination sur autrui. Véronique Vendell n’hésite d’ailleurs pas à dévoiler sa très gracieuse anatomie pour le plus grand plaisir des spectateurs mâles et, même si son personnage verse un peu dans la caricature « potiche », l’actrice semble s’amuser des nombreux retournements de situations parsemant l’intrigue.

Si le casting est parfait, la mise en scène, pour sa part, s’avère solide, sans génie ni chichi mais typique d’un certain « cinéma de qualité » bien ficelé dans lequel le réalisateur se met simplement au service de ses acteurs et d’un scénario se suffisant à lui-même. Becker, né en 1910 et décédé en 2005, termina d’ailleurs sa longue carrière en illustrant, pour la télévision allemande, les aventures de Derrik ou du Der Kommissar.

Soutenu par une bande originale sympathique mais parfois proche de la muzak d’ascenseur, JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN dégage, bien sûr, des allures de téléfilm ou de théâtre filmé, ne serait ce que par le passif du metteur en scène et des principaux interprètes. Toutefois, l’ingéniosité du scénario compense ce défaut, de même que la nudité et l’humour, acide et mordant, rendant l’ensemble franchement efficace et prenant.

Quoique les codes coutumiers du giallo (ou du krimi, puisque nous sommes en Allemagne) en soient absents, JE COUCHE AVEC MON ASSASSIN saura intéresser, voire passionner, les amateurs de récits tortueux riches en péripéties, en passage gentiment sexy et en humour grinçant. Une belle surprise et un divertissement tout à fait réussi et délectable, à découvrir dès que possible.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011