LES MONSTRES DE LA MER
Titre: Monsters - Humanoids from the deep
Réalisateur: Barbara Peeters ( + Jimmy T. Murakami)
Interprètes: Doug Mc Clure

 

Ann Turkel
Vic Morrow
Cindy Weintraub
Anthony Penya
Denise Galik
 
Année: 1980
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Désireux de surfer sur la vague des monstres marins suites au succès des DENTS DE LA MER, de sa séquelle annoncée et de son propre PIRANHAS, Roger Corman propose cette très sympathique variation sur le thème du film de Spielberg, mêlé à des considérations écologiques héritées, sans doute, du PROPHECY de John Frankenheimer. Mais, bien qu’il ait été réalisé en 1980, LES MONSTRES DE LA MER fonctionne essentiellement comme un classique film de monstres des fifties.

Le film de Barbara Peeters assume d’ailleurs l’aspect « rétro » de son script et s’apparente à un hypothétique quatrième volet de la saga consacrée à L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR. Le résultat se rapproche également d’une semi-parodie tant la cinéaste s’échine à multiplier, plus ou moins volontairement, les lieux communs du cinéma horrifique à petit budget.

L’intrigue, assez simple et linéaire, imagine les mutations subies par d’inoffensifs coelacanthes (des poissons préhistoriques) se nourrissant de saumons traités génétiquement. Bien sûr le but de la manœuvre consistait à accroitre la rentabilité économique d’une pêcherie mais le résultat aboutit à l’apparition de créatures aquatiques assez agressives désireuses de s’accoupler avec de jeunes femelles humaines pour donner naissance à une race supérieure. Un argument typique de la série B horrifique à prétentions écologiques, la peur de la pollution et des mutations génétiques ayant remplacé la crainte du nucléaire.

Bref, nous sommes dans un village nommé Noyo dans lequel la majorité de la population vit de la pêche au saumon mais, malheureusement, les affaires périclitent. Une nouvelle usine va être construite afin de relancer l’économie et seul un indien nommé Johnny Eagle s’oppose aux hommes d’affaires mené par Hank Slattery. Ce dernier est joué par Vic Morrow, né en 1929 et ayant débuté au cinéma en 1955 dans le classique GRAINE DE VIOLENCE de Richard Brook. On le vit ensuite dans de nombreuses séries télévisées mais aussi dans pas mal de productions bis plus ou moins intéressantes comme LARRY LE DINGUE ET MARY LA GARCE et SAN KU KAI – LE FILM. Au début des années 80, l’acteur enchaîne deux bisseries italiennes (LES GUERRIERS DU BRONX et LA MORT AU LARGE) avant de mourir accidentellement dans un accident d’hélicoptère, en 1982, sur le tournage de la version grand écran de LA QUATRIEME DIMENSION. Pour s’opposer à ce Mr Hank Slattery, outre notre Indien précité, nous trouvons l’héroïque Jim Hill (Doug McClure, vu en vedette dans la saga des « Continents oubliés » de Kevin Connor comprenant LE SIXIEME CONTINENT, CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT, LE CONTINENT OUBLIE et le similaire LES 7 CITES D’ATLANTIS).

Jim Hill et Johnny Eagle mènent donc l’enquête, subissent des intimidations plus ou moins musclées et finissent par découvrir les cadavres de quelques jeunes, lesquels ont été attaqués par des monstres mutants particulièrement agressifs nés de la pollution et des bidouillages génétiques. A l’approche de la grande fête annuelle du saumon, les victimes se multiplient et la joyeuse célébration villageoise se transforme en véritable carnage.

Rudement divertissant, LES MONSTRES DE LA MER constitue un bel exemple de série B à l’ancienne n’hésitant jamais à surenchérir dans les clichés et les clins d’œil complices mais sans verser dans le ridicule pour autant. Si le film suit un déroulement très prévisible, l’ensemble reste mouvementé et ménage une suite de scènes horrifiques plutôt saignantes entrecoupées d’un bon paquet de séquences sexy. LES MONSTRES DE LA MER déroule donc une intrigue sympathique sur un rythme vraiment alerte, gommant la plupart des temps morts présents dans ce type de production pour foncer tambour battant d’une scène à l’autre. Avec une durée inférieure à 80 minutes le film ne peut, de toutes façons, guère se permettre de trainer en route.

Le montage, assuré par Mark Goldblatt (HURLEMENTS, PIRANHAS mais aussi X MEN 3, TERMINATOR 2, STARSHIP TROOPERS ou SHOWGIRLS, entre autre), privilégie l’efficacité et James Horner, alors à ses débuts (on le retrouva ensuite sur des mammouths comme BRAVEHEART, TITANIC ou AVATAR), compose une musique très prenante et adéquate. Au niveau des personnages le métrage nous propose les habituels adolescents en chaleur, les méchants businessmen prêts à toutes les manipulations génétiques pour accroitre leur rentabilité, le brave Indien écolo se dressant face à la tyrannie du consumérisme ravageur, les abrutis de service à la solde du Grand Capital et un héros au grand coeur capable de repousser l’invasion des monstres qui, comme l’indique le titre, viennent de la mer polluée par la bêtise des Hommes.

La mise en scène de ces MONSTRES DE LA MER est officiellement signée par Barbara Peeters, laquelle ne travailla plus par la suite que pour la télévision, mais Roger Corman a viré la peu conciliante réalisatrice. La demoiselle refusait de tourner des séquences de viols gratuitement racoleuse, pourtant indispensables à toute production Corman qui se respecte. Le pingre Roger confia donc la réalisation de ces séquences additionnelles à Jimmy T. Murakami qui venait de tourner BATAILLE AU-DELA DES ETOILES et ne se fit pas prier pour filmer des monstres marins déchirant les vêtements de jolies starlettes avant de les violer bestialement. De grands moments de cinéma bis qui firent beaucoup pour la réputation d’un métrage à l’époque cible des mouvements féministes et devenu, depuis, un petit film culte dans son genre. Ces nombreuses scènes de nudité sont toutefois plus ou moins justifiées par cet élément de scénario particulièrement tordu, à savoir le besoin des monstres aquatiques de se reproduire à tout crin en violant des baigneuses.

Au niveau du gore, le métrage se défend et offre une série d’attaques souvent saignantes commises par nos affreux « craignos monsters » qui ne se privent pas d’arracher des membres, de décapiter des victimes hurlantes ou d’éviscérer brutalement de pauvres adolescents. La fin, ouverte, se permet également une conclusion bien sanglante et choquante démarquant sans vergogne le passage le plus connu du récent (à l’époque !) ALIEN de Ridley Scott.

Les effets spéciaux, dans l’ensemble, paraissent un peu amateurs et datés mais restent très corrects et leur aspect gentiment artificiel et bricolé participe au charme de ces MONSTRES DE LA MER. Les monstres, très kitsch, sont toutefois plutôt agréables à l’œil et s’avèrent relativement convaincants à condition de se montrer conciliants. Ils furent conçus par les débutants Rob Bottin, Chris Wallas et Steve Johnson, lesquels devaient ensuite connaître les joies de budget nettement plus conséquent.

Avec son mauvais goût assumé, son mélange de sérieux et d’auto-parodie plus ou moins volontaire, ses nombreux plans fesses / nichons et son scénario typiquement « rétro » agrémenté d’une bonne dose de gore, LES MONSTRES DE LA MER s’impose au final comme un modèle de série B divertissante et sans prétention.

Une excellente soirée assurée pour les fans de ce style de produit !

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2009