ALERTE SATELLITE 02
Titre: Moon Zero Two
Réalisateur: Roy Ward Baker
Interprètes: James Olson

 

Catherine Schell
Warren Mitchell
Adrienne Corri
Ori Levy
Dudley Foster
Bernard Bresslaw
Année: 1969
Genre: Science-fiction
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Parmi les nombreux cinéastes ayant œuvré pour la mythique compagnie Hammer, Roy Ward Baker (né en 1916 et décédé en 2010) bénéficie d’un statut enviable et, sans égaler Terence Fisher en renommée, livra une poignée de titres fort intéressants comme THE VAMPIRE LOVERS, LES 7 VAMPIRES D’OR, THE ANNIVERSARY et LES CICATRICES DE DRACULA. On lui doit aussi, et surtout, le brillant Dr JEKYLL ET SISTER HYDE et l’excellent LES MONSTRES DE L’ESPACE, un classique de la science-fiction horrifique officieusement inspirée par Lovecraft.

Hors de la Hammer, Roy Ward Baker travailla sur des séries télévisées de prestige comme « Amicalement vôtre », « Le Saint » et « Chapeau melon et bottes de cuir ». Sa version de la tragédie du Titanic (A NIGHT TO REMEMBER) est également fort bien considérée par la critique. Il donna aussi à l’Amicus un superbe film à sketches, ASYLUM, et les sympathiques LE CAVEAU DE LA TERREUR et AND NOW THE SCREAMING STARTS…

A priori, et même si la Hammer a rarement (pour ne pas dire jamais) brillé dans le domaine de la SF, ALERTE SATELLITE 02 s’annonçait donc sous les meilleures auspices. Malheureusement, le spectateur déchante rapidement à la vue du résultat, un poussif « western » spatial aujourd’hui terriblement daté et languissant même si certains clichés paraissent amusants. Les passages où les nouveaux arrivants se précipitent au saloon pour boire un infâme tord-boyaux en reluquant les danseuses peu vêtues semblent ainsi tout droit sorties des poncifs du Far West, impression encore accentuée par les affrontements à coups de pistolets en plein espace.

Bizarrement, ce concept (mélanger la science-fiction spatial aux conventions du Western, alors déclinant) ne connut pas vraiment de descendance même si, parfois, ALERTE SATELLITE 02 semble anticiper sur l’intrigue et le décorum de OUTLAND réalisé quinze ans plus tard et bien mieux maîtriser.

L’intrigue prend place sur la lune, en 2021, où, grâce à des navettes régulières vers la Terre, les colons peuvent exploiter les ressources minières de notre satellite. Le Capitaine Kemp loue son vaisseau spatial au plus offrant et le millionnaire J.J. Hubbard décide de l’engager pour une mission très lucrative mais illégale. Un astéroïde constitué de plusieurs tonnes de saphir s’approche en effet de la lune et le riche Hubbard souhaite en dévier la trajectoire afin de le faire s’écraser, ce qui lui permettra de l’exploiter. Dans le même temps, la belle Clementine souhaite elle-aussi engager Kemp afin de retrouver son frère disparu. Les deux affaires ne seraient elles pas liées ?

Réalisé juste après le succès de 2001 ODYSSE DE L’ESPACE, le film de Roy Ward Baker n’a toutefois pas les mêmes ambitions et se positionne bien davantage comme un « simple » divertissement. Malheureusement, le budget ne suit pas vraiment pour permettre au métrage de décoller. Si les costumes sont agréables (quoique fort datés et un peu trop colorés pour rester crédibles) et la technologie imaginée pour les années 2020 plutôt convaincantes (nulle trace de grosses absurdités scientifiques, le réalisme étant privilégiés), les effets spéciaux ne fonctionnent pas toujours et alternent le passable, le correct et, hélas, le raté.

Certaines séquences, toutefois, méritent le coup d’œil. Ainsi, lorsque les deux personnages principaux voyagent sur la lune, le métrage parvient à se montrer à la fois original, réaliste, inquiétant et dépaysant, tant l’impression de solitude devient palpable et pesante. Le climax, impliquant de dévier un astéroïde composé de saphir brut sur la surface du satellite terrestre s’avère également intéressante même si la pauvreté des effets spéciaux entame sérieusement la crédibilité de la scène. Néanmoins ces rares passages réussis sauvent le métrage et parviennent à en rendre la vision supportable sinon passionnante.

Au niveau des interprètes, les rôles principaux sont bien dessinés même si le scénario ne cherche pas une grande profondeur psychologique. James Olson, incarne l’intrépide pilote rêvant de cette fameuse « ultime frontière » et effectue un beau boulot pour une de ses premières têtes d’affiches. On le reverra ensuite dans LE MANNEQUIN DEFIGURE, toujours pour la Hammer, le classique LE MYSTERE ANDROMEDE de Robert Wise et, bien plus tard, le bizarre THE MAFU CAGE, AMITYVILLE 2 sans oublier le fameux COMMANDO aux côtés de Schwarzenegger.

La belle hongroise Catherine Schell, pour sa part, effectua l’essentiel de sa carrière à la télévision mais les fans de James Bond se souviennent sans doute de son rôle de « girl » dans AUX SERVICES SECRETS DE SA MAJESTE.

Au crédit de ALERTE SATELLITE 02, notons encore une chanson thème sympathique posée sur un générique animé typiquement sixties et une bande son jazzy plutôt réussie et originale. De bonnes idées et quelques passages effices qui, hélas, ne peuvent masquer un certain ennui, le métrage étant clairement trop long (100 minutes c’est au moins 15 de trop !) pour ne pas provoquer quelques bâillements. Cela dit, aussi raté et peu passionnant qu’il soit, le film de Roy Ward Baker reste consommable pour les amateurs de science-fiction rétro n’ayant pas peur d’une bonne dose de kitsch. A condition de savoir à quoi s’attendre, ALERTE SATELLITE 02 s’avère un divertissement (tout juste) passable mais nous sommes loin d’un grand film !

A réserver aux inconditionnels de la Hammer ou de la SF des sixties.

 

Fred Pizzoferrato - décembre 2010