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Critique: |
Annoncé depuis le début des années 80, le troisième volet de la saga des Mères arrive finalement au cinéma (enfin surtout en DVD chez nous !) et conclut ( ?) la saga près de 30 ans après SUSPIRIA et INFERNO. Le film est-il à la hauteur des attentes ? Sans doute pas mais il ne mérite peut-être pas, non plus, les critiques extrêmement négatives lancées un peu partout. En un quart de siècle Argento a évolué et on ne retrouvera pas ici cette atmosphère baroque et les éclairages excessivement colorés des deux premiers volets. A la place il faudra se contenter d’une esthétique nettement plus passe-partout qui rapproche hélas le métrage d’un banal direct-to-dvd américain de consommation courante. Le scénario est bien sûr simpliste mais nul ne se risquerait à affirmer qu’Argento est le champion des scripts bien écrits. La découverte d’une urne funéraire contenant une robe maléfique et les statuettes représentant les Trois Mères déclenche une vague de violences à Rome. Alors que certains prédisent déjà la chute de la Ville Eternelle une jeune archéologue, Sarah, tente de remonter la piste et d’enrayer la machinerie démoniaque. MOTHER OF TEARS se contente dès lors de faire voyager son héroïne d’un point à un autre, lui permettant de rencontrer les personnes susceptibles de l’aider dans sa quête (une lesbienne experte en occulte, un exorciste hystérique,…), laquelle sacrifie largement aux poncifs du thriller ésotérique rendu populaire par Dan Brown et consorts. En bref il s’agit de se rendre en un lieu, d’interroger un expert et de recevoir les informations nécessaires à poursuivre la route. Au bout du chemin ? La demeure romaine de la Mère des Larmes, point de convergence des sorcières du monde entier. Si l’intrigue n’est pas très crédible force est de reconnaître qu’elle se montre suffisamment rythmée et prenante pour ne pas ennuyer le spectateur conciliant, d’autant qu’Argento se vautre complaisamment dans le gore pour maintenir l’intérêt. Ce troisième volet poursuit donc les expérimentations du cinéaste après PELTS et JENNIFER, ses deux téléfilms réalisés pour l’anthologie télévisée « Masters of Horror » . Les meurtres sont donc brutaux, sanglants et excessifs : tête éclatée – pulvérisée même – par une porte coulissante, bibliothécaire éventrée et étranglée avec ses propres intestins, lance enfoncée dans le vagin avant de ressortir par la bouche, yeux crevés, bébé jetés d’un pont dans les eaux du Tibre,…Argento multiplie les vignettes macabres pour tenter d’offrir le tableau fragmenté d’une fin du monde annoncée, usant d’un rythme étrange plein de cassures et d’accélérations, se permettant toutes les audaces pour témoigner de la folie des hommes. Il n’y parvient pas totalement mais la tentative reste honorable.
Malheureusement Argento n’évite pas toujours le ridicule et certaines scènes outrancières ne peuvent être abordées qu’au second degré. Que pensez de ces sorcières ultra-maquillées semblant sorties d’un clip New Wave des années 80 ? Ou de cette autre sorcière au look manga improbable ? Comment garder son sérieux lorsqu’Asia Argento balance son portable (car les démons sont branchées sur le réseau !) pour justifier le fait qu’elle doive un peu plus tard tenter de prévenir ses amies depuis une cabine téléphonique ? Les apparitions récurrentes de Dario Nicolodi en fantôme versent elles aussi dans le second degré en particuliers lorsqu’elle conseille à Asia de se rendre invisible devant un flic qui hume son parfum. N’ayant sans doute que des moyens limités Argento refuse pourtant de se freiner et décide de visualiser des églises en flammes, des repères démoniaques détruits ou une ville au bord de l’Armageddon. Il faudra donc accepter des effets spéciaux numériques pas vraiment convaincants et souvent très visibles. Heureusement les effets de maquillages à l’ancienne (réalisés par l’inévitable Sergio Stivaletti) sont beaucoup plus efficaces. La mise en scène d’Argento demeure belle et même parfois virtuose, pleine d’effets accrocheurs quoique souvent gratuit. L’utilisation du scope et la musique de Claudio Simonetti, sans surprise mais efficace, permet au métrage d’avoir une bonne tenue visuelle et une certaine identité. Dommage que les acteurs soient souvent médiocres. Asia Argento semble traverser le film en se demandant ce qu’elle fait là, peu avantagée par un maquillage qui gomme une bonne partie de son charme. La Scarlet Diva a l’air usée et fatiguée, sans doute pas très intéressée à l’idée de retourner au cinéma d’horreur après s’en être radicalement écartée via nombre de métrages d’auteurs. Les autres interprètes sont tout aussi peu concernés ou cabotinent outrageusement, comme l’impayable Udo Kier qui en rajoute sans compter dans son rôle de prêtre dépassé par les événements.
Imparfait, parfois grotesque, MOTHER OF TEARS témoigne pourtant d’une certaine folie, d’une envie de secouer le spectateur quitte à recourir aux stratagèmes les plus grossiers. A tout prendre on peut préférer cette œuvre bancale mais distrayantes à des titres plus maîtrisés comme LE SANG DES INNOCENTS ou CARD PLAYER qui ressemblent davantage à des téléfilms policiers racoleurs qu’à de véritables films d’horreur. Traversé de références diverses à l’Art sous toutes ces formes (les films antérieurs du cinéaste mais aussi la peinture et la sculpture) MOTHER OF TEARS demeure une déception mais celle-ci reste relative et, à condition de se montrer bien disposé, on peut regarder le tout sans ennui et avec un petit sourire complice. On y retrouve, en partie, le charme des produits bis italiens de la grande époque, ce qui n’est déjà pas si mal. |
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Fred Pizzoferrato - Septembre 2008 |
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