LA MALEDICTION DE LA MOMIE
Titre: The Mummy's Curse
Réalisateur: Leslie Goodwins
Interprètes: Lon CHaney Jr

 

Peter Coe
Kay Harding
Virginia Christine
Martin Kosleck
 
 
Année: 1944
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

LA MALEDICTION DE LA MOMIE constitue le cinquième et dernier volet d’une saga initiée par la Universal avec LA MOMIE de Karl Freund. Il faudra attendre 1955 pour voir le monstre à bandelettes revenir une dernière fois sur le devant de la scène via la parodie DEUX NIGAUDS CONTRE LA MOMIE. Et, bien sûr, les récents remakes donneront du sang neuf à une franchise qui fait souvent figure de parent pauvre face à Dracula, Frankenstein et Le Loup-Garou.

Le problème des quatre suites de LA MOMIE réside sans doute dans leur production au début des années 40, à une époque où la Universal ne se souciait plus beaucoup des films d’épouvante, les considérant simplement comme des moyens facile d’engranger quelques bénéfices. Tournés durant l’âge d’or du fantastique, directement à la suite du classique de Freund, ces séquelles auraient probablement eu bien davantage de panache et de moyens. Malheureusement, réalisées une décennie trop tard, ces diverses « momies » ne sont que de petites séries B au budget restreint hâtivement conçues.

LA MALEDICTION DE LA MOMIE souffre en outre du handicap d’être le dernier métrage de la saga, recyclant une fois de plus les recettes établies par les œuvres précédentes déjà peu innovantes. LE FANTÔME DE LA MOMIE s’était achevé par la disparition de Kharis la momie au fond d’un marécage. 25 ans se sont écoulés mais les habitants de Louisiane n’ont pas oublié la terrible vengeance de la momie et lorsque l’ingénieur Pat Walsh décide de drainer les marais, la peur refait surface.

Deux archéologues débarquent alors pour avertir Walsh que Kharis se trouve toujours quelque part au fond des marais et qu’il ne faut pas troubler son repos éternel. Mais Walsh ne semble guère s’en soucier et poursuit les travaux. Peu après nous découvrons que l’un des archéologues n’est autre que le Grand Prêtre actuel, chargé de ramener la momie à la vie pour la lancer à la recherche de la Princesse Anankha. Celle-ci, revenue du royaume des morts, erre à présent dans le bayou avant d’être recueillie par une vieille dame nommée Berthe, laquelle sera rapidement étranglée par Kharis toujours à la poursuite de son amour défunt.

LA MALEDICTION DE LA MOMIE témoigne du net essoufflement d’une franchise déjà trop longtemps maintenue en vie. Le scénario se contente de reprendre une série d’éléments déjà usés et abusés par les trois premières séquelles pour tenter d’aboutir à un ensemble divertissant. Mais les trop nombreuses invraisemblances tuent toute crédibilité et nuisent à ce métrage sans doute conçu en toute hâte et d’ailleurs sorti à peine quelques mois après le beaucoup plus efficace FANTÔME DE LA MOMIE.

Si on devait, par exemple, suivre la ligne temporelle des différents films, une centaine d’années auraient dû s’écouler entre le premier et le cinquième épisode qui, logiquement, devrait donc se dérouler au début du XXIème siècle ! Or cette MALEDICTION DE LA MOMIE se situe à l’époque de son tournage, soit en 1944, alors que LE FANTÖME DE LA MOMIE, dont l’intrigue prend place 25 ans auparavant, était déjà situé en 1944. Pour rétablir une chronologie plus correcte en prenant comme point de départ LA MOMIE se déroulant au début du XXème siècle, LA MAIN DE LA MOMIE se situerait en 1940, LA TOMBE DE LA MOMIE au début des années 70, LE FANTÔME DE LA MOMIE cinq ans plus tard, vers 1975, et LA MALEDICTION DE LA MOMIE prendrait place en l’an 2000. Pourtant rien ne témoigne du passage du temps dans cette série !

Ce n’est qu’une des nombreuses incohérences qui parsèment ce métrage dont l’action se déplace inexplicablement dans les marécages de la Louisiane alors que les événements décrits dans les épisodes précédents se déroulaient dans le Massachusetts. Quelle explication est fournie pour justifier cette délocalisation ? Aucune, tout simplement ! Mais ce n’est pas tout ! Le nombre de feuilles de Tana nécessaire à réanimer la momie, un simple détail à la portée de la première script-girl stagiaire, varie lui aussi d’un film à l’autre, une nouvelle preuve du peu d’implication des scénaristes qui ne soucient guère de la moindre cohérence même lorsqu’elle est aussi simple à vérifier. A croire que tout le monde se fichait de réaliser un boulot correct sur cette série et en particulier sur cet ultime chapitre complètement bâclé. Et, bien sûr, les images du premier film et son fameux flash-back durant l’Egypte ancienne sont une nouvelle fois mises à contribution, rognant encore sur le temps de projection pour donner à cette MALEDICTION DE LA MOMIE une apparence un peu plus riche. Un minimum vu le manque d’argent manifeste ayant présidé à sa mise en scène.

Lon Chaney Jr, pour sa part, reprend une fois de plus le rôle de Kharis mais se montre peu intéressé par son interprétation, laquelle ne va guère plus loin qu’une simple figuration. Sa momie se contente d’avancer en traînant la jambe vers ses victimes qui, paralysées par la peur, attendent de périr sous ses mains. Après un FANTÔME DE LA MOMIE dans lequel l’acteur parvenait à insuffler un peu de charisme à son personnage tragique, cette régression vers une momie simplement animée d’une soif de vengeance séculaire laissera sans doute le spectateur sur sa faim.

Reste quelques séquences mémorables, en particulier la résurrection de la princesse, jouée par Virginia Christine, sortant du marais de manière très stylée. Quelques minutes de haut niveau qui préfigurent la future poésie morbide de cinéaste comme Lucio Fulci. Ce grand moment d’épouvante macabre constitue le point d’orgue d’un métrage sinon fort paresseux et ne présentant guère d’intérêt. Mais ne soyons pas trop négatifs et reconnaissons que, en dépit de tous ces défauts, LA MALEDICTION DE LA MOMIE ne se montre toutefois pas trop ennuyeux.

D’une durée réduite (une heure !), le métrage dispose en effet d’un rythme plutôt alerte et ne traîne jamais en route. Certes, les personnages sont fatalement à peine esquissés et l’intrigue reste globalement faible et incohérente mais, au moins, le tout réussit à maintenir l’intérêt des amateurs de fantastique rétro. LA MALEDICTION DE LA MOMIE termine donc une saga qui, à l’exception du premier épisode et, dans une moindre mesure, du quatrième, ne restera guère dans les annales du fantastique.

Cependant, aussi faibles qu’elles soient, les quatre séquelles de LA MOMIE restent de sympathiques petites productions surannées à savourer avec un regard nostalgique. LA MALEDICTION DE LA MOMIE, bien qu’objectivement plutôt médiocre, ne fait pas exception et demeure divertissant pour un public bien disposé.

Fred Pizzoferrato - Janvier 2009