MURDEROCK
Titre: Murderock - uccide a passo di danza
Réalisateur: Lucio Fulci
Interprètes: Olga Karlatos

 

Ray Lovelock
Claudio Cassinelli
Cosimo Cinieri
Giuseppe Mannajuolo
Berna Maria do Carmo
Belinda Busato
Année: 1984
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1984, MURDEROCK appartient à la peu glorieuse fin de carrière d’un Lucio Fulci malade contraint d’enchainer des productions au mieux sympathiquement « nanar » (l’effarant ZOMBIE 3) et, au pire, complètement ratées (AENIGMA, LES FANTOMES DE SODOME). Deux ans après le brutal et sexuellement explicite L’EVENTREUR DE NEW YORK, Fulci revient donc, une dernière fois, au giallo, un genre qu’il connaît bien pour lui avoir offert une poignée de réussites incontestables comme par exemple l’excellent LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME. Malheureusement, le cinéaste italien n’a plus, lors du tournage de MURDEROCK, l’énergie qu’il possédait dans les glorieuses années ’70 et la vision de ce pathétique thriller s’avère une terrible déception pour ses admirateurs.

L’intrigue prend place dans une école de danse, alors qu’une troupe en quête de succès s’entraine durement en vue d’une future représentation à Broadway. Malheureusement, les danseuses commencent à tomber comme des mouches et le casting se voit bientôt décimé, resserrant l’étau autour de la directrice, Candice, de plus en plus menacée par un mystérieux meurtrier. Qui peut-il être et quel est son mobile se demande un inspecteur de police fatigué menant l’enquête dans un véritable « panier de crabes »?

Fort timoré, MURDEROCK élude complètement les dimensions érotiques, pourtant évidentes étant donné le choix d’une académie de danse comme lieu central des meurtres. A l’exception de brefs plans de nudité, Fulci se refuse à étaler la chair de ses danseuses, même couvertes de sueurs et seulement vêtues de tenues échancrées. Cette regrettable timidité se retrouve d’ailleurs dans les crimes en eux-mêmes, d’une surprenante mollesse. Peut-être lassé de sa réputation de « roi du gore italien », le réalisateur propose des meurtres insipides et répétitifs, le maniaque se contentant de planter une aiguille dans la poitrine de ses victimes.

Ce modus operandi peu spectaculaire, réutilisé à plusieurs reprises à la consternation du spectateur, n’est d’ailleurs même pas original puisqu’il provient du nettement plus réussi LA TARENTULE AU VENTRE NOIR, tourné douze ans auparavant. Où est passée la stylisation érotico macabre des crimes hautement sexualisés qui a assuré aux gialli une bonne partie de leur réputation ? Nulle part, hélas !

Avec MURDEROCK, Fulci souhaite manifestement surfer sur le succès récent, du moins à l’époque, de comédies musicales d’inspiration « disco » comme FAME ou FLASHDANCE et se sent obligé d’utiliser une infâme bande sonore signée Keith Emerson, parait-il très bien payé. Cette imbuvable musique illustre une série de chorégraphies minables et d’un mauvais goût hallucinant, aujourd’hui atrocement datées même si certaines chansons (« Are the streets to blame ? ») s’avèrent tellement kitsch qu’elles en deviennent paradoxalement fascinantes et même additives.

Excepté une petite poignée de séquences acceptables, en particuliers celles précédents les meurtres, MURDEROCK s’avère dans l’ensemble pénible et consternant. Rien ne fonctionne et chacun prend son travail par-dessus la jambe, à commencer par Fulci, peu emballé par son récit, qui se contente d’une mise en scène relâchée. Les acteurs, pour leur part, s’agitent sans conviction et peinent à animer une intrigue inepte dont tout le monde se fiche, à commencer par le spectateur. Le policier chargé de l’enquête résume par ailleurs le milieu de cette école de danse en le définissant comme un « vrai nid de vipères ».

Forcément cynique et désabusé, ce flic, incarné par Cosimo Cinieri (L’EVENTREUR DE NEW YORK), reste le seul personnage un tant soit peu intéressant du métrage, perdu au milieu d’une troupe d’égoïstes arrivistes si antipathiques que leur élimination successive constitue un soulagement pour le public.

Le reste de la distribution comprend Ray Lovelock (LE MASSACRE DES MORTS VIVANTS, TIRE ENCORE SI TU PEUX, PLAY MOTEL), Olga Karlatos (L’ENFER DES ZOMBIES) et Claudio Cassinelli (LE GRAND ALLIGATOR, LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE) qui devait décéder peu après dans un accident d’hélicoptère. A leurs côtés, MURDEROCK rassemble une poignée de nymphettes italiennes débutantes certainement davantage choisies pour leur physique (ou, à la limite, leur talent de danseuse) que pour leur qualité d’actrices.

L’intrigue, elle, avance de manière erratique, multipliant les fausses pistes et les révélations absurdes (un suspect s’accuse des crimes avant d’être disculpé, une femme tente de supprimer une rivale en espérant mettre le meurtre sur le dos du sadique mais renonce à son projet et éclate en sanglots au dernier moment), introduisant des personnages de façon purement gratuite pour relancer l’intérêt (la petite fille en chaise roulante passionnée par les insectes, l’acteur hantant les rêves de l’héroïne et dont elle tombe finalement amoureuse). Un micmac embrouillé cherchant vaille que vaille à compliquer une trame simpliste pour atteindre la durée réglementaire de 90 minutes.

Au sein de tous ces défauts, un des rares points positifs du métrage réside dans la photographie de Guiseppe Pinori, laquelle utilise adéquatement les ombres menaçantes pour les traverser de couleurs primaires, comme les néons bleutés des lampes. Malheureusement, cette esthétique ne fonctionne pas toujours et verse parfois dans une infâme bouillie visuelle rappelant les pires clips musicaux des eighties ou les productions « Hollywood Night » pour ceux qui ont eu la malchance de les connaitre.

Reprenant les thématiques du giallo (tueur mystérieux, lieu clos propice aux fantasmes, belles demoiselles en détresse), MURDEROCK les vide de toute substance pour n’en garder que l’un ou l’autre élément signifiant mais mal exploité. Même la conclusion du métrage, vite expédiée pour ne pas dire bâclée, échoue à intéresser le spectateur. Si Fulci convoque le traditionnel « événement traumatique » pour expliquer les pulsions meurtrières du coupable, lui-même ne semble guère y croire et interrompt le début d’explication fourni par le psychologue d’un simple « ok docteur, ne commencez pas ».

Avec sa réalisation pantouflarde, ses interprètes inexpressifs, sa musique souvent atroce, son rythme assoupi et son scénario d’une effroyable banalité, MURDEROCK apparaît, au final, comme un ratage quasi complet rappelant davantage les pires téléfilms policiers de seconde partie de soirée que les grandes heures du giallo flamboyant. A éviter.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2011