NAKED VENGEANCE
Titre: Naked Vengeance / Vengeance
Réalisateur: Cirio H. Santiago
Interprètes: Deborah Tranelli

 

Kaz Garas
Carmen Argenziano
Bill McLaughlin
Ed Crick
George E. Mahlberg
Nick Nicholson
Année: 1985
Genre: Rape And Revenge / Vigilante
Pays: Philippines / USA
Editeur  
Critique:

Ce petit film en provenance des Philippines se situe à mi-chemin entre le Rape and revenge (fortement inspiré par I SPIT ON YOUR GRAVE) et le vigilante dans la lignée d'UN JUSTICIER DANS LA VILLE. Bref, le genre de long-métrage devant lequel la critique bien-pensante se bouche le nez et crie au fascisme mais dont l’intrigue, simple et ramassée, saura parler aux véritables amateurs d’exploitation.

La belle Carla (Deborah Tranelli dont le titre de gloire – relative – est sa participation à 138 épisodes de la série fleuve « Dallas ») n'a pas de chance: au sortir d'une soirée pour fêter ses 5 ans de mariage son mari est abattu par une raclure qui s’apprêtait à violer une demoiselle en pleine rue. Bien sûr, la police est impuissante à mettre le coupable derrière les barreaux, faute de preuves et de témoins. Même la demoiselle agressée renonce à témoigner par peur des représailles. Les flics eux-mêmes capitulent, écoeurés par le laxisme d’une justice mollasse qui les empêche de donner aux voyous le traitement mérité, à savoir une bonne balle entre les deux yeux.

Désireuse de fuir la violence urbaine, Carla rentre dans son village natal où elle espère trouver un peu de quiétude. Hélas, la jeune femme constate rapidement n’être en sécurité nulle part. A peine arrivée, en effet, Carla est, tour à tour, reluquée vicieusement par un voyeur, draguée sans finesse, pelotée agressivement et même à moitié violée. Le barman, le boucher, l'idiot du village et le pompiste sont tous des phallocrates en rut, désireux de montrer qu’ils sont des hommes, des vrais, à Carla, jugée allumeuse. Même le shérif du bled prend la situation à la légère et excuse ses cons citoyens, qui, selon lui, ne sont « pas vraiment méchants ». Et puis si Carla ne veut pas être zieutée par la masse masculine, qu’elle y mette un peu du sien, ferme ses rideaux et arrête de porter des tenues trop courtes ou suggestives.

Bref, décidé à faire sa fête à la citadine, les racailles débarquent chez elle et la violent à tour de rôle, histoire de se détendre un peu...Malheureusement, les parents de la pauvre Carla rentrent inopinément et interrompent la tournante mais les violeurs, résolus à ne pas laisser de témoin, les abattent sans pitié. Carla est abandonnée à demi-morte mais, incroyablement, la jeune femme survit à l’agression. Traumatisée et soi-disant amnésique, elle échoue dans un hôpital qu’elle finit par quitter subrepticement pour se venger. N’attendant plus rien de la justice, la demoiselle se lance à la poursuite des pourritures qui ont détruit sa vie, bien décidé à rendre coup pour coup.

Dans le genre auto-justice radical et volontiers « réac », NAKED VENGEANCE constitue une bonne surprise, dans la limite, bien sûr, de ses modestes ambitions. Le cinéaste philippin Cirio H. Santiago, bien connu des amateurs de bis (on lui doit CAGED FURY, STRYKER, DUNE WARRIORS ou BLOODFIST 2050) ne perd pas de temps avec de la psychologie ou du développement de personnage mais privilégie l’action sanglante, l’exploitation crapuleuse et le voyeurisme assumé.

De toutes manières, impossible pour Santiago de trainer en route puisque NAKED VENGEANCE dure (dans la version jadis éditée en France) moins de 75 minutes, soit juste le temps imparti à l'héroïne pour se venger des méchants de manière bien gore. A chaque mise à mort, Carla fait, en effet, pisser le sang des criminels à la grande satisfaction du spectateur : impact de balles, feu de joie, coups de lame et, comme dans tout rape and revenge qui se respecte, une castration du plus bel effet. Emporté par son délire, Santiago finit par liguer toute la population masculine locale (pas très futée) contre notre justicière à talons hauts. Les mâles s’arment de manière sommaire, se révoltent et crient "mort à la salope" en rêvant de trucider Carla dont le plus grand crime est probablement d’avoir remis en cause la domination masculine régnant dans la région.

Dans ce final déjanté, NAKED VENGEANCE, à l’image du fameux LE JUSTICIER DE NEW YORK, perd toute crédibilité mais n’en reste pas moins divertissant et complètement outrancier dans sa folie vindicative. Peu décidée à baisser les bras, notre héroïne poursuit, en effet, sa croisade purificatrice et dégomme à tout va la moindre racaille ayant l’impudence de croiser son chemin. A la fin, justice étant rendue, Carla poursuit son extermination à plus grande échelle : elle rentre dans la métropole retrouver le meurtrier de son époux et assumer son statut de pur « vigilante ».

Au niveau du casting, Deborah Trannely (parfois à poil mais pas toujours, malheureusement) ne ménage pas ses efforts et livre une performance solide face à une horde de criminels caricaturaux. Elle interprète également la très banale chanson du générique, « Still got a love », un titre typique des années ’80 qu’il vaut mieux oublier.

Les dialogues sont, pour leur part, simplistes et la mise en scène brouillonne ou, au mieux, rudimentaire ce qui confère, paradoxalement, une force supplémentaire à ce long-métrage brut de décoffrage.

Si la scène de viol reste timide (selon les standards du cinéma d’exploitation bien évidemment), la punition réservée à chacune des crapules ne lésine pas, de son côté, sur la cruauté et le sang versé. Le film propose donc un cocktail de nudité, d’érotisme trouble et de violence graphique dans la grande tradition de l’exploitation racoleuse et putassière. Bref, une certaine idée du bonheur cinématographique.

Malgré ses défauts et son manque de budget NAKED VENGEANCE s’affirme, au final, comme un très sympathique "vigilante movie", divertissant à souhait et franchement plaisant à regarder. Sans égaler ses modèles (en particulier I SPIT ON YOUR GRAVE et, dans une moindre mesure, UN JUSTICIER DANS LA VILLE), le film constitue un bon divertissement à conseiller sans hésiter aux amateurs de justice sans sommation et de cinéma joyeusement réactionnaire. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012