NAKED YOU DIE
Titre: Nude... si muore
Réalisateur: Antonio Margheriti
Interprètes: Mark Damon

 

Eleonora Brown
Michael Rennie
Sally Smith
Patrizia Valturri
Ludmila Lvova
Luciano Pigozzi
Année: 1968
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Au départ titrée « Cry Nightmare », l’intrigue de ce giallo fut écrite par Mario Bava, lequel devait également le réaliser. Malheureusement, les producteurs préférèrent miser sur Antonio Margheriti et Bava quitta la production avant le début du tournage. Le nouveau réalisateur repris le scénario initial (co-signé par Bava, Tudor Gates et Brian Degas) en n’y apportant, apparemment, que des modifications minimes.

Néanmoins, le style de Margheriti, clair et léger, s’oppose totalement à celui, nettement plus sombre et coloré de Bava et aboutit à un résultat curieux, pas vraiment désagréable mais indubitablement mineur, y compris dans la carrière de Margheriti.

Angleterre, vacances d’été à la prestigieuse école pour jeunes filles de St Hilda. Quelques étudiantes sont restées sur le campus pour y passer la belle saison. Pourtant, cette année, la quiétude du lieu est troublée par une série de crimes sanglants commis dans l’entourage de la jeune Lucille. Il apparaît que cette dernière, orpheline, va recevoir un important héritage le jour de ses 18 ans. A l’approche de l’anniversaire fatidique les meurtres se multiplient et les soupçons se portent alternativement sur La Floret, un jardinier voyeur, et Richard, un professeur d’équitation très courtisé par les demoiselles. Une des élèves, Jill, décide de jouer les détectives et tente de résoudre le mystère avant l’inspecteur Durand, quitte à attirer sur elle l’attention de l’assassin.

Situé aux origines du giallo, NAKED YOU DIE déroule une formule aujourd’hui balisée et sans doute prévisible incluant divers éléments des précédents métrages de Mario Bava, à savoir LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP et SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN. Au second, l’œuvre de Margheriti emprunte le lieu relativement clos fréquenté par des belles et désirables demoiselles en tenues légères et, au premier, NAKED YOU DIE reprend le ton léger et la décontraction d’une enquête influencée par les thrillers d’Hitchcock dans lesquels un quidam se pique de résoudre une énigme policière embrouillée.

Malheureusement, NAKED YOU DIE ne brille guère par sa cohérence et son intrigue se contente souvent de remâcher des situations déjà vues précédemment. L’assassinat dans la baignoire se voit ainsi directement repiqué de SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN et, une fois de plus, le mobile des meurtres est une triviale affaire d’héritage. Rien de bien nouveau, d’autant que le sadique aux gants de cuir noir n’échappe guère à une caractérisation typique du genre, son identité étant, forcément, révélée aux toutes dernières minutes.

Margheriti, pour sa part, ne semble pas particulièrement intéressé par ce scénario balisé et conventionnel, qu’il illustre avec suffisamment de professionnalisme pour ne pas donner l’impression de bâcler le travail mais hélas sans aucune outrance. L’érotisme, promis par le titre et annoncé par cette prometteuse école pour jeunes filles, se résume à quelques mini-jupes et une pincée de voyeurisme timide. Frustrant, d’autant que la violence se voit, elle-aussi, réduite au strict minimum. Certes, en 1968, les amours « interdites » d’étudiantes et de leur professeur pouvaient choquer la morale mais, aujourd’hui, NAKED YOU DIE apparaît moins audacieux que la moyenne des séries télévisées de première partie de soirée.

Visuellement, NAKED YOU DIE se montre tout aussi décevant, Margheriti refusant les couleurs vives et contrastées pour privilégier une photographie quelconque et passe-partout, lisse et brillante, souvent même chaleureuse et peu capable de générer la moindre atmosphère angoissante. Le suspense fonctionne d’ailleurs assez mal et peine à capter l’attention du spectateur, d’autant que l’enquête parait linéaire et les rebondissements prévisibles même si, distillés à intervalles réguliers, ils confèrent un semblant de rythme au métrage et en rendent la vision supportable.

Heureusement, quelques pointes d’humour sauvent ce qui peut l’être. Parfois aux limites de l’auto-parodie, NAKED YOU DIE ne se prend pas vraiment au sérieux et la performance de Sally Smith lui apporte un tonus bienvenu. La jeune fille vêtue d’une robe orange ultra-courte s’avère imaginative, intelligente et désireuse de résoudre une énigme à l’image des personnages des romans et des bandes dessinées (dont les Marvel comics !) qu’elle admire. Les touches humoristiques disséminées de ci de là ne sont jamais très subtiles (la chanson du générique, « Nightmare », constitue un plagiat à peine dissimulée du « Batman » télévisé revisité à la manière des James Bond sixties) et l’ultime clin d’œil (le personnage de Jill s’avère la fille de l’espion 009) n’apporte rien mais demeure amusant.

Sans vraiment verser dans le comique, NAKED YOU DIE reste donc léger et adopte un ton un peu distancié, voire distingué, comme si les morts et autres agressions ne devaient pas vraiment être prises au sérieux mais simplement constituer d’aimables distractions pour occuper sainement des jeunes filles de bonne famille.

Le casting, de son côté, est intéressant et donne la vedette au jeune premier Mark Damon (LA CHUTE DE LA MAISON USHER, LES TROIS VISAGES DE LA PEUR) et au vétéran Michael Rennie (celui qui était malade le JOUR OU LA TERRE S’ARRETA), aux côtés des nymphettes Sally Smith et Eleanora Brown, lesquels ne marquèrent guère l’histoire du cinéma.

Partagé entre le sérieux d’une enquête policière ponctuée de crimes et l’humour potache d’une semi parodie, NAKED YOU DIE ne trouve jamais sa voie et se montre peu inspiré. Toutefois, les inconditionnels du giallo ou du cinéma bis italien des années ’60 peuvent y risquer un œil distrait. En dépit de ses nombreux défauts et d’un manque flagrant d’originalité, le film de Margheriti reste raisonnablement divertissant et parvient à ne pas (trop) ennuyer le spectateur même si celui-ci aura probablement oublié jusqu’à l’existence du métrage dès le générique de fin terminé.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010