NEKROMANTIK
Titre: Nekromantik
Réalisateur: Jörg Buttgereit
Interprètes: Beatrice Manowski

 

Harald Lundt
Daktari Lorenz
Colloseo Schulzendorf
 
 
 
Année: 1987
Genre: Horreur / Drame
Pays: Allemagne
Editeur Haxan
Critique:

Précédé d’une réputation sulfureuse le métrage de Jorn Buttgereit consacré au tabou ultime de la nécrophilie s’avère en définitive plus proche du cinéma d’auteur « arty » que du gore pur et dur.

L’intrigue se déroule à Berlin où Rob travaille dans une entreprise chargée de nettoyer les scènes de crimes et d’accidents. Il aime aussi collecter des morceaux de cadavres qu’il ramène à la maison à la grande joie de sa compagne Betty (Beatrice M, vue ensuite dans LES AILES DU DESIR de Wim Wenders !), une jeune femme fascinée par la mort. Un jour Rob revient avec un corps complet déjà en partie décomposé et Betty commence à lui faire l’amour. Malheureusement, le lendemain, Rob perd son job et Betty le quitte en emmenant son cadavérique amant. Essayant de se consoler auprès d’une prostituée le jeune homme constate qu’il ne peut dorénavant plus faire l’amour à un être vivant…

NEKROMANTIK ne sera pas du goût de la majorité des fans de cinéma d’horreur. Nous sommes en effet aux antipodes d’un gros budget et d’un travail soigné pour plonger dans le monde des films amateurs réalisés de manière très artisanale avec un budget inexistant et trois bouts de ficelle. L’ensemble s’apparente donc clairement à un métrage expérimental qui, en dépit de son sujet malsain, se rapproche avant tout de ce qu’il est convenu de définir comme l’art et essai. Ainsi le jeune réalisateur, sans doute contraint par le manque d’argent, utilise une photographie granuleuse rapprochant encore son œuvre d’un témoignage brut, comme pris sur le vif.

Les dialogues, eux, se font rares et n’apportent pas grand-chose à la compréhension de l’intrigue : ils sont souvent purement explicatifs et redondants au point que NEKROMANTIK aurait finalement très bien pu s’en passer. La musique, pour sa part, se montre souvent en décalage, et propose un contraste souvent intéressant entre les images (glauques) et la douceur des mélopées.

La séquence la plus fameuse du film, à savoir le triolisme nécrophile, s’accompagne ainsi d’une mélodie douceâtre au piano. Alors que la scène est visuellement répugnante (La demoiselle glisse un bout de métal entre les jambes du cadavre et l’utilise comme accessoire érotique, le monsieur suce l’œil du corps décomposé,…) les notes apaisantes lui confèrent un certain romantisme macabre relativement efficace. Il s’agit à coup sûr du passage le plus intéressant et maîtrisé de NEKROMANTIK, le cinéaste évitant astucieusement le voyeurisme morbide par un regard distancié et presque normalisateur sur une pratique pourtant horrible. Par contre, à d’autres moments, Jorg Buttgereit cherche manifestement l’effet répulsif à peu de frais et ne se prive d’infliger aux spectateurs des scènes de cruautés gratuites perpétrées à l’encontre d’animaux innocents. Une pratique douteuse à rapprocher des excès de la vague « cannibale » italienne du début des années 80, sans l’alibi pseudo ethnologique de ces derniers. D’autres passages, supposés extrêmes, échouent complètement dans leur volonté de choquer et versent dans un comique involontaire assez déstabilisant.

Le cinéaste, dans la seconde moitié de son métrage, tente ainsi de maladroites séquences poétiques, de déroutantes scènes romantiques et part en vrille pour plonger dans des délires psychédéliques franchement pesants. Une fois encore on a un peu l’impression que Buttgereit a intensément potassé « Le cinéma d’auteur pour les nuls » et qu’il souhaite atteindre une certaine légitimité, aspirant probablement à une certaine reconnaissance par delà les frontières des « simples » amateurs de gore.

NEKROMANTIK fut banni dans la plupart des pays du monde. Est-ce à dire qu’il est aussi insoutenable que sa réputation le laisse entendre ? Pas vraiment. Les scènes réellement gore sont peu nombreuses (et correctes compte tenu des faibles moyens dont a disposé Buttgereit) et même les passages nécrophiles se veulent plus romantiques qu’atroces. Néanmoins, le sujet demeure choquant et traité de manière suffisamment graphique pour révulser une bonne partie du public. La fin, bien glauque mais non dénuée d’un humour noir efficace, ouvre la porte à une séquelle qui sera tournée quatre ans plus tard.

Au final, NEKROMANTIK apparaît comme une œuvre souvent ennuyeuse et maladroite traversée de l’une ou l’autre fulgurance. L’ensemble s’avère surtout longuet (un comble alors que le métrage ne dure que 70 minutes) et sans beaucoup d’intérêt hors de son sujet rarement traité sur les écrans.

A voir uniquement par curiosité pour les inconditionnels de cinéma étrange et déviant, lesquels pourront peut-être se montrer sensible à son côté hypnotique même si la plupart risque de surtout trouver ce métrage profondément ennuyeux.

Fred Pizzoferrato - Septembre 2009