L'EVENTREUR DE NEW YORK
Titre: Lo squartatore di New York
Réalisateur: Lucio Fulci
Interprètes: Jack Hedley

 

Almanta Suska
Howard Ross
Alexandra Delli Colli
Andrea Occhipinti
Paolo Malco
 
Année: 1982
Genre: Giallo / Slasher / Horreur / Erotique
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
Critique:

Réalisé en 1982, L’EVENTREUR DE NEW YORK prend place, dans l’imposante filmographie de Lucio Fulci, juste après la « tétralogie des morts vivants » comprenant les classiques L’ENFER DES ZOMBIES, L’AU-DELA, FRAYEURS et LA MAISON PRES DU CIMETIERE. Bref, une période faste ayant vu Fulci porté au pinacle par les amateurs de gore et ce en dépit du ratage du CHAT NOIR en 1980. Pour certains, L’EVENTREUR DE NEW YORK constitue le point culminant du style excessif du Fulci de cette époque. Pour beaucoup, en tout cas, il demeure une des dernières réussites d’un cinéaste qui, par la suite, ne cessa de décliner avec les médiocres LA MALEDICTION DU PHARAON, AENIGMA, ZOMBIE 3, etc.

L’intrigue de cet EVENTREUR DE NEW YORK s’apparente à un thriller horrifique et érotique, bref à un giallo même si, honnêtement, le métrage n’en retient que l’un ou l’autre élément. Proche de TENEBRES de Dario Argento par sa représentation très graphique de l’horreur sanglante, l’œuvre de Fulci ne brille certes pas par la complexité de son scénario et se rapproche davantage d’un slasher mâtiné d’une enquête policière racoleuse flirtant parfois, hélas, avec le téléfilm « érotico-policier » de seconde partie de soirée.

Nous retrouvons donc le classique inspecteur de police désabusé partant sur les traces d’un tueur en série avec l’aide d’un psychologue dont l’épouse, très volage, est tombée sous les coups de rasoir du sadique. Bien sûr le maniaque cache un profond traumatisme, lequel le pousse à assassiner de manière très brutale des jolies femmes avant de se vanter de ses exploits – en usant d’une horrible voix de canard – en téléphonant aux forces de l’ordre.

L’EVENTREUR DE NEW YORK ne pouvant se targue d’un scénario travaillé ni d’une musique s’élevant au dessus de la simple illustration sonore appliquée, l’essentiel de l’intérêt est apporté par la violence brute des meurtres. Le premier se déroule dans une voiture à l’arrêt sur un ferry et la victime en est une jeune fille un peu trop provocante au goût du tueur. Une belle mise en bouche pour le second crime, lequel prend place dans un théâtre porno : une « performeuse » est ainsi violentée à coup de tesson de bouteille dans le bas-ventre. Fulci soigne la mécanique du meurtre et esthétise la violence par l’utilisation d’éclairages très contrastés à base de lumière verte et rouge lacérant l’obscurité. Une recette connue depuis les premiers travaux sanglants de Mario Bava et Dario Argento mais cependant toujours efficace.

Fulci se permettra dans la suite du film d’autres séquences sadiques franchement brutales (énucléation, téton tranché au rasoir,…) en versant dans une certaine complaisance propre à satisfaire les fans de gore mais masquant surtout les faiblesses du script. En effet, l’intrigue policière passe souvent au second plan et les deux enquêteurs semblent se balader d’un lieu à un autre, arrivant toujours trop tard pour coincer le meurtrier et parvenant à l’identifier, au final, davantage par chance et hasard que par une déduction rigoureuse.

L’autre élément clé de L’EVENTREUR DE NEW YORK réside dans l’érotisme très voyeur dont fait preuve Fulci, en particulier envers le personnage de Jane, l’épouse du psychologue apprenti détective. Incarnée par Alexandra Delli Colli (vue dans quelques navets de Max Pécas comme ON EST VENU LA POUR S’ECLATER et dans le très bis ZOMBIE HOLOCAUST), la jeune femme se montre très libertine derrière sa façade de bourgeoise prude. Fréquentant les théâtres pornos, enregistrant les bruits de couples en pleine action, draguant dans les bars et se laissant caresser par les pieds d’un mâle de passage, la jeune femme joue les soumises et accepte une relation sexuelle sado maso vite expédiée avec un inconnu (devenant alors le suspect numéro 1). Delli Colli permet à Fulci de donner au public une bonne dose de titillations via de longues scènes sexy. Certes leur intérêt s’avère secondaire pour le déroulement du scénario mais nul doute que ces passages (et en particulier la très originale et émoustillante scène de drague dans un bistrot) firent beaucoup dans la réputation sulfureuse d’un EVENTREUR DE NEW YORK entièrement dévolu au sexe et à la violence. Si le personnage de cette nymphomane se révèle intéressant, les autres sont nettement moins convaincants.

En dépit des efforts méritoires de Jack Hedley (lequel venait de jouer un second rôle dans le James Bond RIEN QUE POUR VOS YEUX), l’inspecteur de police sombre vite dans les clichés du traditionnel flic en bout de course, apparemment revenu de tout et trainant son mal être dans un monde de plus en plus déviant. Il fréquente une prostituée « régulière » mais celle-ci n’hésite pas à lui mettre les points sur les « i » en déclarant « Je suis une pute, pas ta femme » lorsque notre pauvre inspecteur réclame son café du matin. Bref, une composition très correcte de la part de Jack Hedley mais nous sommes loin de l’ambigüité de Clint Eastwood dans LA CORDE RAIDE d’autant que, au niveau de l’enquête, ce vieux briscard ne parait guère compétent. Il passe ainsi la majeure partie du métrage à consulter un médecin légiste, à attendre le prochain meurtre ou à chercher conseil auprès d’un psychologue, le Dr Davis.

Ce-dernier, joué par Paolo Malco (LA MAISON PRES DU CIMETIERE, LES GUERRIERS DU BRONX 2), n’évite pas les lieux communs mais possède quelques traits sympathiques comme cette manie de défier un petit jeu d’échec électronique. Son implication dans l’enquête reste assez vague, le bonhomme se contentant d’ânonner les habituels lieux communs sur les tueurs en série et leurs traumatismes sexuels. Cinq ans d’étude pour débiter de telles banalités, c’est pas la joie ! Evidemment, le scénario insiste lourdement sur le côté sombre de ce psychologue, probablement en vue de le rendre éminemment suspect. Sa relation libertine avec son épouse, assassinée par le sadique, et sa probable bisexualité (il achète en cachette des magasines porno gay) en font rapidement un potentiel coupable. Trop simple, toutefois, et n’importe quel familier du giallo (au sens large) comprend vite que le psy ne peut être le criminel car, justement, tous les indices convergent dans sa direction.

Un autre candidat au titre de « grand taré psychopathe » nous est fourni par un Grec habitués des quartiers chauds dont la main droite ne comporte que trois doigts. Là encore, ce suspect parait trop évident pour que le spectateur s’y laisse prendre. La révélation finale, pour sa part, arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, à croire que le scénariste ne savait pas comment conclure son récit et avait préféré opter pour une fin précipitée où chacun semble se dire « bon sang mais c’est bien sûr ». Un peu léger ! De plus, les motivations du sadique n’ont guère de liens avec les pratiques sexuelles libertines de la majorité des victimes, ce qui accentue l’impression de gratuité généralisée et de roublardise purement commerciale.

L’EVENTREUR DE NEW YORK fonctionne en définitive bien plus efficacement en tant que slasher gore et sexy qu’en tant que giallo au scénario bien construit. D’une grande complaisance, voire même franchement racoleur, le métrage de Fulci reste cependant un témoignage réussi d’une période faste du cinéma d’exploitation s’autorisant tous les excès en vue d’appâter le client.

Nous sommes loin d’un chef d’œuvre mais, au moins, en a-t-on pour son argent en matière de scènes chocs et / ou sexy. C’est déjà ça et, à condition de ne pas trop s’attarder sur la légèreté d’une intrigue bien mince, il est possible de passer un bon moment devant ce Fulci mineur mais divertissant !

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009