NIGHT AFTER NIGHT AFTER NIGHT
Titre: Night after night after night
Réalisateur: Lindsay Shonteff
Interprètes: Jack May

 

Justine Lord
Gilbert Wynne
Peter Forbes-Robertson
Donald Sumpter
 
 
Année: 1969
Genre: Thriller / Epouvante / Giallo
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Production anglaise de la fin des années ’60 (à l’époque classée X) NIGHT, AFTER NIGHT, AFTER NIGHT a été réalisé, sous le pseudonyme de Lewis J. Force, par Lindsay Shonteff responsable, deux ans plus tôt, de la première déclinaison cinématographique de Sumuru, l’anti-héroïne de Sax Rohmer, avec THE MILLION EYES OF SUMURU.

Pour son septième long-métrage (il en réalisera encore une quinzaine par la suite), Shonteff s’inspire du mythe de Jack l’Eventreur qu’il réintroduit dans un environnement moderne via un imitateur contemporain et aboutit à une variation anglaise sur le giallo dont il reprend divers codes scénaristiques et visuels (meurtrier en cuir noir, crimes à l’arme blanche, nudité, travestissement, sexualité réprouvée, etc).

L’intrigue se concentre sur un tueur en série qui s’en prend aux filles de petites vertus de la capitale britannique. Le premier protagoniste présenté est un juge nommé Lomax (campé par Jack May) immédiatement suspecté en raison de ses vues réactionnaires à l’encontre de la « société permissive ». Cependant, un autre coupable potentiel nous est rapidement proposé : Laver, un homme à femmes vaguement hippie qui ne possède aucun alibi à l’heure du meurtre et se vante « de ne pas faire l’amour mais de baiser un maximum de salopes qui aiment ça ». Le genre de phrase qui, forcément, lui attire immédiatement l’antipathie des forces de l’ordre. Le jeune homme devient, dès lors, la cible d’un inspecteur de police nommé Rowan décidé à le coincer à n’importe quel prix.

Pendant ce temps, le Juge continue d’énoncer ses vues profondément moralisatrice (« I blame the women walking the streets half naked, they ask for it »), condamne à la peine maximale une prostituée ayant poignardé un de ses clients en état de légitime défense et se désole d’avoir à supporter toute cette perversion (« I have to suffer degradation, perversion and every other sickening thing in society »). Après le meurtre de Jenny, la femme de Rowan, ce-dernier entreprend une véritable croisade dans le but d’arrêter Laver et ne recule devant aucune intimidation pour parvenir à ses fins. « Vous aimeriez actionner vous-même la chaise électrique » affirme le séducteur avant que le flic ne rétorque « non, ce serait trop rapide ! ». Tandis que les crimes se succèdent, Carter, un assistant de Lomax adepte des magazines pour adultes et des cabarets sexy, apparait de plus en plus suspect…Mais qui est le véritable meurtrier ?

Comme de nombreux thrillers d’exploitation, NIGHT, AFTER NIGHT, AFTER NIGHT démontre à de nombreuses reprises sa nature profondément schizophrène en condamnant sévèrement la « déchéance morale » tout en ne perdant jamais la moindre occasion de s’y vautrer. Le cinéaste multiplie ainsi les scènes relativement osées (en particulier pour une production britannique des sixties) et affiche une nudité généreuse et souvent gratuite, notamment par l’inclusion de numéros de strip-teases.

Tout en observant une attitude dégoutée à l’encontre de la chair, le long-métrage se complait dans la description d’un microcosme interlope, celui du swinging london de la fin des années ’60, marqué par la libération sexuelle, la prédominance de la pornographie et l’érotisation des corps sublimés par des tenues évocatrices.

Le tueur, mystérieux et pervers, adopte pour sa part la défroque traditionnelle de ses homologues italiens (dissimulé sous le cuir noir) et tue à l’aide d’un couteau à cran d’arrêt. Le cinéaste orchestre ainsi quelques mises à mort appréciables, notamment celle d’une demoiselle seins nus assassinée devant sa baignoire tandis que l’eau se teinte adéquatement d’écarlate.

De son côté, le climax, décevant et quasi hystérique, montre le tueur travesti s’en prendre vicieusement à des dizaines de photos de pin-up tandis que la mise en scène abuse du zoom jusqu’à la nausée. Le manque de budget, souvent patent, n’arrange guère les choses mais confère parfois un aspect « pris sur le vif » à cette intrigue soutenue par une bande originale inappropriée mais pas franchement désagréable.

Annonçant certains thèmes par la suite explorés dans le giallo (et le slasher), NIGHT, AFTER NIGHT, AFTER NIGHT préfigure également le cinéma de Pete Walker (notamment MORTELLES CONFESSIONS et FLAGELATIONS) et constitue une curiosité acceptable en dépit de son rythme souvent languissant et de sa mise en scène alternativement inspirée et bâclée.

Toutefois, sa mollesse et sa prévisibilité en rendent la vision réservée aux seuls inconditionnels du thriller horrifique, lesquels découvriront un cinéma anglais nettement plus corsé et racoleur que les productions Hammer ou Amicus de la même époque.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2014