LA NUIT DES DIABLES
Titre: La notte dei diavoli
Réalisateur: Giorgio Ferroni
Interprètes: Gianni Garko

 

Agostina Belli
Roberto Maldera (as Mark Roberts)
Cinzia De Carolis
Teresa Gimpera
Bill Vanders
Umberto Raho
Année: 1972
Genre: Epouvante
Pays: Italie / Espagne
Editeur  
Critique:

Tiré d’un court roman d’Aleksei Tolstoi, précédemment adapté par Mario Bava pour LES TROIS VISAGES DE LA PEUR (et, plus récemment, dans un épisode de la série télévisée « Fear Itself »), LA NUIT DES DIABLES constitue une intéressante contribution à l’épouvante gothique italienne réalisée par le trop méconnu Giorgio Ferroni.

Cinéaste italien né en 1908 et décédé en 1981, Ferroni compte à son actif une trentaine de long-métrages de fiction et une dizaine de documentaires. Comme la plupart de ses collègues italiens, il oeuvra, selon les modes du moment, dans le péplum (LA GUERRE DE TROIE, HERCULE CONTRE MOLOCH) et le western (TROIS CAVALIERS POUR FORT YUMA, LE DOLLAR TROUE, WANTED), souvent sous le pseudonyme de Calvin Jackson Padget. Il tourne en 1960 un chef d’œuvre du fantastique gothique, LE MOULIN DES SUPPLICES, magnifié par une superbe utilisation de la couleur. Si LA NUIT DES DIABLES ne se hisse pas au même niveau il reste cependant un très plaisant récit d’épouvante qui reprend de manière détournée, la mythologie du vampire.

Nicola (Gianni Garko), amnésique, est enfermé dans un hôpital psychiatrique depuis un choc ayant ébranlé sa raison. Hanté par des cauchemars, il reçoit un jour la visite d’une belle jeune femme prénommée Sdenka, laquelle ravive les souvenirs enfouis de Nicola… Quelque mois auparavant, en voyage dans un pays de l’Est, Nicola tombe en panne de voiture et échoue dans une famille de paysans dominée par la personnalité du père, véritable patriarche terrifié par une malédiction pesant sur la région. Décidé à débarrasser le pays d’une cruelle sorcière, le paternel s’aventure dans les bois et précise à ses proches qu’il devra être revenu avant la tombée de la nuit, à 18 heures précise. Passé ce délai, ses proches devront le tuer car il ne sera plus un humain mais bien un Vourdalak, à savoir une sorte de vampire soucieux de contaminer son entourage…

Œuvre envoutante qui cultive avec bonheur un climat fantastique bien entretenu par une mise en scène efficace, LA NUIT DES DIABLES constitue, en quelque sorte, la charnière entre l’épouvante gothique italienne des années ’60 et le gore graphique de la seconde moitié des années ’70. Du fantastique traditionnel on retrouve ainsi les mythes classiques, quoique remaniés, et la prédominance du climat effrayant tandis que de brefs passages graphiques annoncent les futurs excès du gore transalpin. Et même américain puisque certains spectateurs remarqueront les similitudes évidentes avec certaines situations décrites ultérieurement dans le EVIL DEAD de Sam Raimi.

Le cadre forestier, utilisé à bon escient, renforce, pour sa part, la sensation d’isolement et d’angoisse dans laquelle les protagonistes sont enfermés, en proie à ses étranges vampires revenus les hanter par delà la tombe. Durant le premiers tiers du long-métrage, Ferroni laisse d’ailleurs intelligemment planer le doute sur la réalité effective du surnaturel. Il oppose la famille isolée, et son mode de vie « arriéré », au jeune citadin, lequel refuse les superstitions et rêve d’emmener une des demoiselles découvrir le monde merveilleux du cinéma, de la télévision et de la culture moderne. Mais, peu à peu, le garçon de la ville se voit contraint d’admettre l’existence du monde ténébreux rodant non loin de la « civilisation ».

La sorcellerie et les créatures maudites, à mi-chemin des vampires et des morts vivants, reviennent par-delà la tombe contaminer leurs proches et le héros ne peut que lutter, avec ses modestes moyens, contre la contagion.

Si l’atmosphère angoissante prédomine, Ferroni ne lésine pourtant pas sur le gore et ponctue son récit de passages sanglants brefs mais brutaux, confectionnés par le spécialiste Carlo Rambaldi (BAIE SANGLANTE mais aussi E.T., ALIEN et les deux KING KONG de Dino DeLaurentiis). Ces moments, volontiers choquants pour le public des années ’70, incluent des doigts sectionnés par une portière de voiture, des empalements saignants et un cœur arraché d’une poitrine maternelle par une petite fille déchainée. Sans oublier un final proche de LA NUIT DES MORTS VIVANTS.

Dans le rôle principal, on retrouve Gianni Garko, acteur éclectique ayant connu une belle carrière dans le western spaghetti puisqu’il a créé un de ses plus fameux pistolero, le mythique « fossoyeur » Sartana. A ses côtés, LA NUIT DES DIABLES met en vedette Agostina Belli (vue dans HOLOCAUSTE 2000) et Cinzia De Carolis, nymphette peu farouche du cinéma bis apparue dans LE CHAT A 9 QUEUES, PULSIONS CANNIBALES et le porno zoophile LIBIDINE. Les interprètes sont, dans l’ensemble, très convaincants et restituent à merveille l’angoisse de plus en plus palpable qui s’empare de cette petite famille cernée par les ténèbres, la forêt menaçante et les créatures maléfiques nommée Vourdalak.

Le final, par une habile pirouette, revient, pour sa part, à l’interrogation initiale et laisse le spectateur se forger sa propre opinion : hantise authentique ou hallucinations d’un cerveau dérangé ? Aucune réponse ne sera fournie, laissant la fin ouverte mais empreinte de tristesse et de remords.

Film fantastique soigné au climat étouffant ponctué de scènes frissonnantes et de passages gore surprenant, LA NUIT DES DIABLES s’impose comme une belle réussite de l’horreur italienne des années ’70. Sans égaler son splendide MOULIN DES SUPPLICES, Ferroni offre une œuvre fort intéressante qui aborde de manière originale des thèmes classiques comme les vampires, sorcières et autres malédictions.

A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013