NIGHT OF THE EXECUTIONER
Titre: La noche del ejecutor
Réalisateur: Paul Naschy
Interprètes: Paul Naschy

 

Manuel Zarzo
Paloma Cela
Marta Valverde
Sergio Molina
Loreto Valverde
Silvia Gambino
Année: 1992
Genre: Vigilante
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Au cours des années ’90, Paul Naschy, alors quasiment sexagénaire, ralentit ses activités puisqu’il tourne seulement six films durant cette décennie. Une conséquence, sans doute, du déclin du cinéma populaire européen, balayé par l’ogre américain.

Production à petit budget, NIGHT OF THE EXECUTIONER marque d’ailleurs une véritable fascination pour le cinéma d’action US puisqu’on ne compte plus les posters de PREDATOR ou RAMBO 2 épinglés sur les murs, sans oublier des personnages surnommés « Rambo » ou « Rocky ». Toutefois, le véritable modèle de Naschy reste ici UN JUSTICIER DANS LA VILLE, véritablement pillé par l’acteur / réalisateur qui en reprend, quasi à la ligne près, le déroulement.

Le riche Docteur Hugo Arranz (Naschy) s’apprête à célébrer son cinquantième anniversaire en compagnie de son épouse et de sa charmante fille d’une vingtaine d’années. Malheureusement, repéré alors qu’il fait ses emplettes, le brave médecin est catégorisé comme une proie facile et fortunée par une bande de voyous. Ceux-ci investissent sa maison, violent sa femme et sa fille et lui coupent la langue avant de l’abandonner à son sort, condamné à se vider de son sang jusqu’à ce que mort s’ensuive. Toutefois, Arranz survit à ses blessures et devient un justicier : après un entrainement éprouvant, il descend dans les rues flinguer la racaille qui infeste l’Espagne.

Avec un budget restreint qui sent, hélas, la production au rabais façon direct to vidéo, Paul Naschy élabore un véritable remake pirate d’UN JUSTICIER DANS LA VILLE. Cependant, il se débarrasse de toute l’ambiguïté du film de Michael Winner, lequel apparait bien modéré par comparaison. Ici, aucune pitié, Naschy embrasse rapidement son statut de vigilante pur et dur et s’entraine pour une croisade meurtrière qui n’est pas sans rappeler les bandes dessinées du Punisher ou les romans de gare comme la série de « L’Exécuteur ».

L’acteur, 58 ans au compteur, soulève des poids, court pour améliorer sa condition physique, s’exerce au maniement du couteau et s’entraine au révolver, devenant une véritable machine à tuer. Stoïque, muet (forcément puisque les crapules lui ont coupé la langue), Naschy en impose par sa seule présence menaçante et rallie tous les suffrages lorsqu’il descend dans les rues exterminer les criminels. Bien sûr, une de ses amies, avocate progressiste, blâme les actes du justiciers, se désole du traitement infligé aux criminels et plaide pour leur libération après la fermeture des prisons et le pardon des offenses. Dans la tradition du « vigilante movie », la gauchiste sera victime d’un viol collectif et changera radicalement sa position sur la criminalité et ces « pauvres victimes d’une société cruelle ». Elle prendra, bien sûr, faits et cause pour cet homme intègre qui ose « nettoyer les rues de toutes ces merdes qui les polluent » et prônera, à son tour, la peine de mort et l’anéantissement des voyous par tous les moyens possibles.

Hélas, le dernier tiers du long-métrage tourne un peu en rond et devient trop répétitif pour maintenir l’intérêt, Naschy se contentant de surgir avec une ubiquité digne du Chuck Norris d’INVASION USA pour dessouder des raclures à coups de flingues ou de couteau. Un peu plus de variété et de cruauté dans les mises à mort aurait également profité au film mais, malheureusement, Naschy joue la carte de l’expéditif, sans recourir à la torture ou à des pièges tordus, et ne varie guère ses massacres.

En dépit d’un message radical plutôt plaisant, NIGHT OF THE EXECUTIONOR n’atteint pas, non plus, les sommets de violence de certains « vigilante movie » ou « rape and revenge » des seventies. Cependant, la brutalité de certains passage (la scène de la langue coupée verse dans le gore tout comme une castration graphique) réserve le film aux amateurs d’exploitation et au fanatiques d’auto-justice sans sommation. Ceux-ci passeront sur les défauts criants du long-métrage (un rythme en dent de scie, un budget misérable, une bande originale médiocre et un scénario prévisible et linéaire) pour apprécier, simplement, le spectacle.

Quoique mineur, NIGHT OF THE EXECUTIONOR reste une bonne surprise pour les amateurs de cinéma réactionnaire et radical, un véritable plaidoyer pour la peine de mort, l’auto-justice et la loi du talion au final franchement divertissant et sympathique. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013