LES RONGEURS DE L'APOCALYPSE
Titre:  
Réalisateur: William F. Claxton
Interprètes: Stuart Whitman

 

Janet Leigh
Rory Calhoun
DeForest Kelley
Paul Fix
Melanie Fullerton
Chris Morrell
Année: 1972
Genre: Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Durant les années ’70, une vague horrifique aux prétentions écologiques déferla sur les écrans afin d’illustrer la révolte d’une Nature courroucée à l’encontre de l’Homme. Mêlant les conventions du film catastrophe à l’horreur, ces bandes alarmistes, prenant la suite de classiques comme LES OISEAUX, lancèrent à l’assaut des salles obscures des hordes de rats affamés, des bancs de piranhas gloutons, des essaims d’abeilles au dard mortel et même des vers de terre intelligents ou des crapauds agressifs.

De toutes les espèces susceptibles de se dresser contre l’Humanité, le lapin semblait pourtant la plus improbable et inoffensive. D’ailleurs seuls les Monty Pythons en reprirent, par la suite, le potentiel destructeur…Pourtant LES RONGEURS DE L’APOCALYPSE confronte bel et bien une population terrifiée à des lapins carnivores géants.

Tout débute par de fausses actualités décrivant la surpopulation des lapins, lesquels menacent, partout dans le monde, l’équilibre de la chaine alimentaire. En Arizona, par exemple, le problème prend une ampleur sans précédent et les tentatives de réduire drastiquement le nombre de ces bestioles échouent les unes après les autres. Les paysans locaux, comme le gros propriétaire terrien Cole Hillman (Rory Calhoun, dont la carrière va de RIVIERE SANS RETOUR à NUITS DE CAUCHEMAR), commencent à s’énerver et réclament des solutions draconiennes auprès de l’universitaire Elgin Clark (DeForest Kelly, fameux pour son rôle récurent dans STAR TREK). Ce-dernier promet de résoudre le problème et dépêche sur les lieux un biologique de renom, Roy Bennett (joué par Stuart Whitman, vu dans des westerns comme COMMANCHEROS ou RIO CONCHOS), accompagné de son épouse Gerry (Janet Leigh, inoubliable star de PSYCHOSE ou LA SOIF DU MAL).

Malheureusement, ce benêt de Bennett ne sait absolument pas comment endiguer la multiplication des lapins. Il essaie même de les rendre gay (!) afin de diminuer leur fécondité mais, au final, élabore un sérum dont il ignore lui-même les effets. Le savant (hum !) finit par l’injecter à un lapin de laboratoire et, au cours d’une scène hilarante, sa gamine échange la bestiole infectée (« c’est mon préféré papa, pas lui ! ») et s’en empare pour en faire son animal de compagnie. Hélas, le lapin s’échappe et transmet la mutation à tous ses congénères, lesquels deviennent rapidement énormes comme des bœufs et féroces comme des tigres ! Le reste des RONGEURS DE L’APOCALYPSE va, essentiellement, consister en une série d’attaques sanglantes des lapins contre la majorité du casting. D’abord incrédules, les autorités doivent se rendre à l’évidence et lutter contre ce terrible fléau…

LES RONGEURS DE L’APOCALYPSE s’inspire d’un roman de science-fiction satirique intitulé « The Year of the angry rabbit » signé par Russell Braddon. Mais, à la différence du bouquin, le film ne se veut pas une comédie (du moins pas volontairement) et illustre au premier degré cette intrigue à la fois abracadabrante et typique du cinéma horrifique des seventies. Hélas, si de nombreuses espèces animales possèdent un potentiel frissonnant évident exploités par des titres comme L’HORRIBLE INVASION (et ses tarentules velues), BEN (et ses rats) ou même MORSURES (et ses chauves-souris vampires), il parait évident que miser sur les lapins pour générer l’effroi constitue un pari sacrément casse-gueule.

Confier pareil projet à un téléaste anonyme comme William F. Claxton (dont le titre de gloire est la réalisation d’une poignée d’épisodes de « La Petite maison dans la prairie ») n’était, sans doute, pas une très bonne idée non plus, tant la mise en scène se révèle pantouflarde, voire indigente lors des passages incluant des effets spéciaux, souvent complètement ratés. Accordons toutefois une certaine indulgence au pauvre Claxton, obligé d’illustrer un script inepte dont la simple énonciation (« des lapins géants carnivores attaquent la ville ») déclenche déjà le sourire du spectateur. Toutefois, difficile de ne pas blâmer le monteur incompétent qui intègre maladroitement des stock-shots hideux dans le long-métrage, lequel passe ainsi, parfois, du jour à la nuit et inversement. Ed Wood n’aurait pas fait mieux. Ou pire.

Filmé très sérieusement et sans le moindre humour, LES RONGEURS DE L’APOCALYPSE se transforme pourtant rapidement en une amusante parodie, certes involontaire, de tous les films de monstres géants antérieurs. Traversé de scènes aberrantes, le résultat s’apparente, en définitive, à un patchwork risible au croisement de SOUDAIN LES MONSTRES, des OISEAUX et de dizaines de films de monstres géants des années ’50 comme TARANTULA ou THEM. Seuls les interprètes semblent y croire un minimum et ne versent jamais dans le cabotinage ou la contre-performance. Difficile d’imaginer, néanmoins, ce qui a poussé Janet Leigh ou même Stuart Whitman et DeForrest Kelly à se compromettre dans une telle entreprise…

Si le postulat est définitivement absurde, le long-métrage fonctionne toutefois de manière plaisante et dispense son lot d’attaques sanglantes à intervalles réguliers. Les passages gore sont, en tout cas, relativement généreux et convaincants malgré le sang très « sauce tomate » qui recouvre les victimes.

Les effets visuels, pour leur part, s’avèrent nettement moins réussis et l’intégration des lapins dans des décors « modèles réduits » reste fort médiocre. Les rongeurs en peluche et les figurants portant un costume pelucheux complètement miteux pour se jeter sur leurs proies atteignent, pour leur part, de nouveaux sommets de ringardises et feront beaucoup rirent les initiés. Pour ne rien arranger, les dialogues enfoncent le clou et assènent des formules hallucinantes comme « Attention ! Une meute de lapins géants tueurs se dirigent vers vous et nous avons besoin de votre aide ».

Bref, tout ça est bien absurde mais le climax, dans lequel les hordes de rongeurs sont exterminées dans un piège électrique bien élaboré, possède une efficacité surprenante en comparaison de ce qui précède. Si cela ne suffit pas à sauver les meubles, ce dernier quart d’heure permet, au moins, de terminer LES RONGEURS DE L’APOCALYPSE sur une note un poil plus positive.

En utilisant des animaux plus menaçants (des rats par exemple) et en soignant davantage les trucages, LES RONGEURS DE L’APOCALYPSE aurait pu constituer une honnête série B horrifique typique de son époque. En l’état, il s’agit surtout d’un nanar rigolo, agréable à suivre pour les amateurs de bis déjanté, qui a, au fil du temps, gagné ses galons d’oeuvre culte. Quarante années après sa sortie, le film de William F. Claxton s’est paré d’un charme certains pour les fans de « grosses bêtes » menaçantes.

A réserver, toutefois, aux cinéphiles les plus pervers.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012