LES YEUX DE LA TERREUR
Titre: Night School / Terror Eyes
Réalisateur: Ken Hughes
Interprètes: Leonard Mann

 

Rachel Ward
Drew Snyder
Joseph R. Sicari
Nicholas Cairis
Karen MacDonald
Annette Miller
Année: 1981
Genre: Thriller / Giallo / Slasher / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sorti au tout début des années ’80, LES YEUX DE LA TERREUR se voit, logiquement, associé à la déferlante du slasher (ou « psychokiller » comme on disait à l’époque) de part la présence d’un tueur masqué décimant une bonne partie du casting. Pourtant, le whodunit autour de l’identité de l’assassin et son look référentiel (il porte une combinaison de moto en cuir noir et un casque intégral dissimulant son visage), les fausses pistes et la prédominance donnée à l’enquête policière rapproche plus volontiers le métrage du giallo italien et de titres comme LA LAME INFERNALE. Hélas, la comparaison se révèle largement en défaveur de ce piètre produit de consommation courante dont la frilosité, tant au niveau de l’érotisme que du gore, étonne pour un slasher de cette époque. Bref, le spectateur s’ennuie rapidement devant les investigations du héros, un détective essayant de découvrir l’identité du sadique massacrant de délurées étudiantes Bostoniennes.

Depuis quelques temps, en effet, le collège Wendell vit dans la terreur et plusieurs demoiselles sont retrouvées décapitées à l’aide d’une sorte de machette primitive. Ce curieux modus operandi mène l’inspecteur Austin sur la piste du professeur Millet, spécialiste des coutumes indigènes et principal suspect de la vague de crimes en raison de ses rapports intimes avec plusieurs victimes. Mais d’autres personnes se voient à leur tour soupçonnées, entre autre un voyeur récemment condamné pour diverses affaires de mœurs et la directrice du collège, Madame Griffin, adepte des cours particuliers en compagnie de ses jeunes étudiantes. Pourtant, si les cadavres s’accumulent, le tueur reste, lui, insaisissable…

Routinier, LES YEUX DE LA TERREUR débute par une intéressante séquence de meurtre, habilement mise en scène et suffisamment intrigante et suggestive pour intéresser le public. Une jeune femme s’installe sur une « attraction » de plaine de jeux, un carrousel pour enfants que le tueur fait tournoyer de plus en plus vite. Lorsque l’infortunée à acquis une certaine vitesse, le sadique sort sa machette et la décapite. Pas vraiment crédible (pourquoi la victime ne saute t’elle pas pour s’enfuir ?) mais indéniablement efficace.

Malheureusement, la suite du métrage se révèle moins convaincante, le cinéaste Ken Hughes essayant, sans grande conviction, d’éloigner le produit d’une simple succession de crimes sanglants pour se concentrer sur l’enquête policière.

Hughes, alors âgé de 60 ans, terminait là, sans éclat, une carrière débutée trois décennies plus tôt dont on retiendra, surtout, CHITTY CHITTY BANG BANG et sa participation au James Bond parodique CASINO ROYALE. Après un début sympathique, LES YEUX DE LA TERREUR s’enfonce donc dans une routine peu palpitante et le métrage ronronne gentiment en déroulant une intrigue prévisible et routinière. Présenté comme un thriller angoissant, le résultat se rapproche davantage d’un épisode de série policière un poil plus audacieux que la moyenne.

Les mises à mort, voulues spectaculaires et esthétiques dans l’esprit du giallo, manquent pour leur part d’impact pour contenter les amateurs.

Mal inspiré, le cinéaste refuse de détailler le gore et privilégie une suggestivité pas vraiment de mise étant donné la cruelle absence de suspense.

Les têtes tranchées des victimes sont, néanmoins, toutes retrouvées dans des endroits humides, comme un aquarium, des toilettes ou une casserole de soupe, ce qui permet, parfois, des touches d’humour macabre bienvenues.

La nudité, pour sa part, reste réduite au minimum en dépit d’une scène d’amour sous la douche plus amusante que brulantes. Les inévitables passages saphiques, destinés à contenter les voyeurs, sont, malheureusement, franchement décevants et anti-érotiques. Notons, comme souvent, un fort conservatisme de la part des scénaristes qui punissent sans pitié toutes les personnes menaçant le « bon ordre familial » traditionnel : mari infidèle, étudiantes délurées poussant les hommes mariés à la tromperie, lesbiennes, etc. Encore une fois, rien de bien neuf, juste l’accumulation des clichés en vigueur.

Le final s’avère, toutefois, plus original et convaincant même si le dernier « jump scare » (le tueur que l’on croyait mort surgit derrière le flic…et se révèle un collègue adepte des blagues douteuses), ridicule et stupide, termine l’ensemble sur une note négative.

Au niveau du casting, LES YEUX DE LA TERREUR se repose sur l’interprétation rarement convaincante, pour ne pas dire approximative, de Rachel Ward, une quasi débutante qui, par la suite, fit une petite carrière tant à la télévision que sur les grands écrans (THE FINAL TERROR, LES CADAVRES NE PORTENT PAS DE COSTARDS). L’inspecteur de police, pour sa part, est joué par Leonard Mann, lequel fréquenta tour à tour le western spaghetti (LES PISTOLEROS DE L’AVE MARIA), le giallo (DEATH STEP IN THE DARK), l’aventure sanglante (AMAZONIA LA JUNGLE BLANCHE) ou le slasher tardif (DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT 3). Drew Snyder (COMMANDO, UNIVERSAL SOLDIER, FIRESTARTER) complète une distribution tout juste correcte même si la caractérisation des protagonistes s’avère, comme toujours, minimale et sans intérêt.

Dans la longue série de slashers (ou assimilés) sortis au début des années ’80 (une cinquantaine de titres quasiment interchangeables en trois ans), LES YEUX DE LA TERREUR se positionne, finalement, dans une honnête moyenne. Sans beaucoup de suspense, de tension ou de gore, le film de Ken Hughes se laisse cependant regarder avec plaisir par les inconditionnels du genre, lesquels ont, très certainement, vus bien pire.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2011