LA BÊTE TUE DE SANG FROID
Titre: L'Ultimo Treno della note / Train d'Enfer /
Night Train Murders / Le Dernier Train de la Nuit
Réalisateur: Aldo Lado
Interprètes: Flavio Bucci

 

Macha Méril
Gianfranco de Grass
Enrico Maria Salerno
 
 
 
Année: 1975
Genre: Rape And Revenge / Video Nasty
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
Critique:

Deux jeunes filles, Lisa et Carole, prennent le train en direction de Milan afin de passer Noël chez les parents de Lisa. Mais elles tombent sur deux voyous qui, en compagnie d'une femme perverse, vont leur faire subir viols et humiliations diverses… Les Italiens, comme souvent, se lancèrent dans le Rape And Revenge suite au succès de LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE de Wes Craven et, durant une petite dizaine d'années, ils tournèrent une poignée de métrage à l'argument simpliste.

Dans toute cette vague, LA BÊTE TUE DE SANG FROID possède une certaine renommée et il s'avère, à l'arrivée, fort réussi même si le scénario n'est pas très original. C'est bien simple, il s'agit d'un décalque pur et simple du classique de Craven au point que Aldo Lado en reprend tous les éléments avec un total mépris du copyright!

Donc, nous suivons les exactions de deux voyous, d'abord présentés comme de petites frappes anarchiques et vaguement sympathiques, qui - encouragés par la perverse Macha Méril - violent deux demoiselles. L'idée originale - la seule? - de Aldo Lado est d'ailleurs de décrire les loubards de manière moins chargée que de coutume. Manifestement inspirés par les protagonistes des VALSEUSES, ils ridiculisent une bande de néo-nazis et commettent quelques méfaits avant de tomber sous la coupe d'une dominatrice sadique.

A partir de là, la violence monte d'un cran même si le cinéaste se montre relativement modéré (excepté lors d'une scène où une des jeunes filles est violentée au couteau) et insiste surtout sur la lâcheté des témoins: un brave père de famille voyeur abuse ainsi d'une des filles avant de descendre du train et de retrouver son existence bien rangée. Mais c'est surtout le personnage de Macha Méril qui sera décrit comme franchement immonde. Elle aura pourtant la vie sauve, au terme d'une conclusion immorale et provocante dont les Italiens ont le secret.

Plus nuancé que bien des produits de ce style, le film (plus connu sous le titre vidéo Train d'enfer et aujourd'hui disponible en DVD sous celui du Dernier Train de la Nuit) fut classé video-nasty, à l'image de nombreux rape & revenge. Parmi les nombreuses autres déclinaisons lancées sur le modèle du film de Craven (citons simplement LA PROIE DE L'AUTO-STOP ou LA MAISON AU FOND DU PARC), le métrage de Lado paraît néanmoins fort intéressant en dépit de certaines faiblesses.Il lui manque, indéniablement, une certaine puissance, une vraie perversité ou, tout simplement, une intrigue un tant soit peu surprenante. Les séquences de transition - comme la préparation du repas de Noel - provoquent un contraste entre l'horreur de la situation et la joie des parents (une idée également reprise - avec efficacité - chez Craven) et permettent une belle montée de l'angoisse.

L'aspect "revenge" manque, lui aussi, d'un peu de force brute mais cette modération rend finalement bien crédible un dernier quart d'heure impressionnant. Même si le métrage ne retrouvent pas l'aspect désespéré et violent de DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE il comporte une série de variation intéressante sur le thème, à commencer par ce personnage de bourgeoise qui s'ennuie joué par Macha Méril, métaphore du mal absolu et véritable instrument allant mener à leur perte les deux petits voyous.

Banni en son temps, il est certain que ce titre ne provoquerait plus beaucoup de vagues à l'heure actuelle. IRREVERSIBLE ou BAISE-MOI ont, en effet, poussés les principes du "rape and revenge" dans leurs derniers retranchements, le premier en jouant la carte du cinéma trash d'auteur, le second en conjuguant l'ultra-violence à la pornographie. Heureusement, Aldo Lado - familier des giallo - possède une belle technique et le film s'avère donc soigné et techniquement réussi. La musique d'Ennio Morricone possède la douceur mélancolique requise, de même que la chanson du générique interprétée par Demis Roussos (!).

La cinématographie parfaitement maîtrisée et le jeu sur les ombres et les éclairages s'avèrent d'une efficacité remarquable, en particulier lors de la longue séquence du train. Jadis découvert dans une version charcutée, LA BÊTE TUE DE SANG FROID mérite absolument d'être redécouvert dans son édition DVD signée Néo Publishing. Scope, belle image, version intégrale en italien sous-titré,…le film bénéficie d'un splendide bain de jouvence.

Et le revoir dans une si belle édition permet véritablement d'en apprécier toutes les qualités. Bref, un véritable classique dans son genre!

Fred Pizzoferrato - Mai 2008