NOSFERATU LE VAMPIRE - UNE SYMPHONIE DE L'HORREUR
Titre: Nosferatu: Eine Symphone des Grauens / Nosferatu the Vampire / Nosferatu - A Symphony of Horror
Réalisateur: Friedrich Wilhem Murnau
Interprètes: Max Shreck

 

Alexander Ganach
Gustav von Wangenheim
Greta Schroeder
 
 
 
Année: 1922
Genre: Fantastique / Vampires / Epouvante
Pays: Allemagne
Editeur  
4 /6
Critique:

Le theme du vampire inspira les cinéastes dès l'origine du septième art. En 1896, Mélies proposait avec LE MANOIR DU DIABLE le premier récit vampirique, long d'environ 2 minutes. Puis, l'épouvante commença à s'imposer sur les écrans. Durant les premières années du vingtième siècle nombres de classiques de la littérature fantastique seront adaptés, que ce soit Dr JEKYLL AND Mr HYDE, FRANKENSTEIN ou les murder mysteries à la SHERLOCK HOLMES. C'est pourtant en Allemagne que le genre va véritablement prendre son essor, sous l'impulsion du mouvement expressioniste avec, entre autre, LE GOLEM et le Dr CALIGARI.

Murnau participe également au développement du cinéma horrifique en filmant cette adaptation fidèle mais officieuse du Dracula de Bram Stocker. Les noms des personnages et des lieux furent ainsi changé pour éviter un procès concernant les droits d'auteur, d'ailleurs en pure perte tant l'inspiration restait transparente malgré les libertés prises par le scénariste Henrick Galeen. Un jugement fut rendu demandant à ce que toutes les copies et négatifs soient détruits pour avoir enfrunt le réglèment sur les droits d'auteur mais, heureusement, quelques exemplaires du film survécurent.

Les versions en langues anglaises utilisèrent souvent les noms des personnages du roman mais la version allemande nous présente Thomas Hutter (alias Jonathan Harker, incarné par Gustav von Wangenheim) envoyé par son parton Knock (alias Reinfield) signé un contrat immobilier avec le sinistre Comte Orlock, autrement dit Dracula, le Nosferatu, le Non Mort (joué par Max Schreck sous un lourd et impressionnant maquillage). Hutter laisse donc sa femme Ellen (ou Nina) pour partir vers la Transylvanie, une contrée désolée où chacun semble craindre le comte, reclus dans son sinistre château gardé par des loups. Hutter finit par arriver au château, après bien des difficultés, et rencontre son hôte, une créature à la peau blanche, munie de très longs ongles recourbés, d'incisives menaçantes, d'oreilles pointues, etc. Bref, pas rassurant! Hutter se résoud pourtant à passer la nuit dans la demeure en ruines.

Le jour, le comte disparaît et Hutter - souffrant de cauchemars - commence pourtant à penser que quelque chose ne tourne pas rond dans le château dont les portes s'ouvrent d'elles-mêmes. Trop tard, notre agent immobilier se réveille avec une étrange maladie et deux marques de morsure dans le cou. Il découvre également le cercueil du comte Orlock et, comme il a potassé Le Livre des Vampires, Hutter comprend - enfin! - la véritable identité de son hôte. Lequel part pour l'Allemagne, suivi par un Hutter contaminé par la morsure du vampire. Si l'agent immobilier choisit la voie des terres, Orlock, pour sa part, embarque à bord du Demeter et s'en rend maître en supprimant l'équipage qui se croit victime de la peste. C'est un bâteau fantôme qui atteint le port tandis que le vampire répand la mort et la terreur dans la ville, bientôt infestée par les rats porteurs de la peste. Ce sera finalement Ellen qui devra se sacrifier en attirant le vampire et en le séduisant afin de le retenir à ses côtés jusqu'au lever du soleil.

NOSFERATU a été élevé depuis longtemps au rang envié de chef d'oeuvre absolu du cinéma. Or, il est malheureusement indubitable que l'oeuvre a fort vieilli, à l'image de la plupart des films muets. La différence de vitesse de défilement ayant toujours posé problème, il est heureusement possible de visionner aujourd'hui le métrage en DVD, dans une copie impeccablement restaurée (compte tenu de l'âge du film évidemment). Au lieu de gesticulation à la Benny Hill, NOSFERATU retrouve son rythme et sa durée normale, ainsi que ces "couleurs", à savoir la teinte bleutée. Mais ce ravalement de façade ne peut masquer les faiblesses dont souffre aujourd'hui NOSFERATU, à commencer par un jeu outré typique du muet où les mouvements et expressions exagérées, censées compenser l'absence de dialogues, sont la norme.

Heureusement, Murnau parvient à donner une certaine énergie à sa mise en scène, évidemment à des années-lumières des réalisations actuelles sur-découpées et montées à la hache. Mais l'ensemble se regarde sans ennui, bien aidé par la composition de Max Schreck. Même si ce dernier souffre du même problème d'emphase exagérée que le reste de la distribution, l'acteur s'avère effrayant sous son maquillage blafard et grotesque, incarnant le vampire sauvage et bestial, à l'opposé de celui, séduisant et attractif, popularisé par Bela Lugosi (puis Christopher Lee).

En résumé, NOSFERATU accuse clairement son âge et il n'est pas irrespectueux de dire que, parfois, le métrage se traîne au point de devenir un peu ennuyeux. Les procédés narratifs, visuels et scénaristiques utilisés au temps du muet pour intéresser le spectateur et générer la peur n'ont évidemment plus le même impact aujourd'hui mais il subsiste une série de passages réussis et efficaces.

L'ensemble est donc un peu plus qu'une curiosité dâtée et, pour un film vieux de 85 ans, ce n'est déjà pas si mal.

Fred Pizzoferrato - Juillet 2007