NOTHING BUT THE NIGHT
Titre: Nothing but the night
Réalisateur: Peter Sasdy
Interprètes: Christopher Lee

 

Peter Cushing
Diana Dors
Georgia Brown
Keith Barron
Gwyneth Strong
Fulton Mackay
Année: 1973
Genre: Fantastique
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Première et, finalement, unique production de Charlemagne, la compagnie fondée par Christopher Lee, NOTHING BUT THE NIGHT s’avère, malheureusement, une déception qui ne décolle véritablement que dans sa dernière demi-heure. Néanmoins, soulignons la volonté d’innover de Christopher Lee qui refuse d’appliquer les recettes de la Hammer et opte pour un fantastique plus réaliste, situé dans un cadre contemporain, mâtiné de polar et de science-fiction.

L’accident d’un bus remplis d’orphelins en provenance d’une mystérieuse organisation caritative, la Van Traylen, entraine une enquête tandis que la seule survivante, la jeune Mary Valley, est placée aux bons soins du Dr Haynes. Celui-ci commence à trouver suspect le comportement de la gamine, ainsi que les tentatives de la Van Traylen de la récupérer. Peu après, la mère de Mary, une ancienne prostituée prénommée Anna, essaie, elle-aussi, de récupérer la garde de l’enfant. Une journaliste et deux enquêteurs, le Colonel Charles Bingham et Sir Mark Ashley mènent, eux aussi, leurs investigations, lesquelles les conduisent sur l’île de Bala où se trouvent les têtes pensantes de la Van Traylen.

Débutant de manière intrigante par une série de mises à morts brutales et inventives aux raccords audacieux (un canon de révolver devient ainsi, par le jeu du montage, un pot d’échappement fumant), NOTHING BUT THE NIGHT se perd, ensuite, dans une laborieuse enquête policière. Le scénario, confondant probablement mystère et confusion, parait, en effet, incapable de se fixer sur un point précis et préfère multiplier les points de vue et les protagonistes.

Le film passe ainsi d’un inspecteur à la retraite (Christopher Lee) à un scientifique (Peter Cushing), sans oublier un médecin, une petite fille, une mère ancienne prostituée et une journaliste à la recherche d’un scoop juteux. Inutilement complexe et brouillonne, l’intrigue se perd dans des circonvolutions peu intéressantes qui ralentissent excessivement les développements de l’énigme. Il faut attendre le derniers tiers du long-métrage pour que celui-ci décolle réellement, lorsque tous les protagonistes se retrouvent sur une île isolée sur laquelle les différentes pièces du puzzle vont, enfin, s’emboiter. Hélas, là encore, NOTHING BUT THE NIGHT déçoit tant les révélations sont amenées sans la moindre subtilité, de manière abruptes et forcées. Difficile, également, de croire aux nombreux retournements de situation et aux peu crédibles changements de comportements de la plupart des personnages.

Les fausses-pistes, trop nombreuses, égarent complètement le public et, paradoxalement (ou pas), cette accumulation de twists et « misdirections » rend l’ensemble indigeste. Peter Sasdy, alors un prometteur cinéaste de l’écurie Hammer (UNE MESSE POUR DRACULA, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR) tente de sauver les meubles mais ne peut lutter contre un script brouillon et un manque flagrant de budget.

Au rayon du casting, l’interprétation se révèle, elle-aussi, inégale. Peter Cushing tire largement la couverture à lui mais se contente de rabâcher un rôle coutumier, celui du scientifique décidé à tirer au clair une énigme apparemment insoluble. Christopher Lee, de son côté, ne parvient pas à convaincre tant son jeu oscille entre un détachement confinant au je m’en foutisme et un tempérament colérique et râleur (contre les policiers, les journalistes,…) stéréotypé. Le plaisir de retrouver le « dynamique duo » reste, cependant, un véritable attrait pour l’amateur d’épouvante rétro même si les deux acteurs, sous-employés, restent loin en deçà de leurs plus belles compositions. Diana Dors, un temps appelée « la Marylin anglaise », livre de son côté une jolie performance dans le rôle de la mère prostituée et ancienne taularde de la petite héroïne, jouée pour sa part par une Gwyneth Strong suffisamment inquiétante pour générer quelques frissons.

Si la construction scénaristique laborieuse empêche de véritablement s’intéresser à NOTHING BUT THE NIGHT durant les premières soixante minutes, le climax, par contre, se montre réussi. Les révélations successives, quoique parfois précipitées, relancent l’intérêt et l’atmosphère fonctionne efficacement avec son mélange de science et de rites païens, le film de Sasdy évoque alors LE VILLAGE DES DAMNES mais anticipe surtout sur THE WICKER MAN, sorti l’année suivante. La conclusion, profondément noire et désespérée, étonne d’ailleurs par son nihilisme affirmé et termine le long-métrage sur une note plus positive.

Loin des grandes réussites du fantastique des seventies, NOTHING BUT THE NIGHT constitue, au mieux, une curiosité pas désagréable à suivre dont les qualités (une idée originale, un final efficace, le plaisir de retrouver Lee et Cushing) compensent, du moins partiellement, un rythme mollasson et une confusion préjudiciable.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014