LES NUITS DE DRACULA
Titre: Nachts, wenn Dracula erwacht
Réalisateur: Jésus Franco
Interprètes: Christopher Lee

 

Herbert Lom
Klaus Kinski
Soledad Miranda
Maria Rohm
Fred Williams
Paul Muller
Année: 1970
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Espagne / Italie / Allemagne / Liechtenstein
Editeur  
Critique:

Lorsqu’il tourne LES NUITS DE DRACULA en 1970, Christopher Lee a déjà incarné à plusieurs reprises le comte vampire pour le compte de la Hammer. Cependant, à cette époque, l’acteur s’est lassé du personnage, lequel, il est vrai, s’écarte de plus en plus de son modèle littéraire.

Jésus Franco, avec qui il vient de tourner deux films de la saga Fu Manchu et le sympathique TRONE DE FEU, lui fait alors miroiter un projet intéressant : une adaptation fidèle et respectueuse du roman de Bram Stocker. Franco n’a pas encore, à ce moment, dilapidé la réputation gagnée avec ses premiers longs-métrages des années 60 et ambitionne une oeuvre importante au casting prestigieux.

Outre Christopher Lee, indissociable interprète de Dracula, le cinéaste espagnol engage Klaus Kinski dans le rôle du serviteur fou Reinfield et souhaite Vincent Price pour incarner le chasseur de vampires Van Helsing. Malheureusement, ce dernier n’étant pas disponible, Franco doit se rabattre sur Herbet Lom (ayant gagné une certaine notoriété avec la saga LA PANTHERE ROSE) tout en confiant à ses deux beautés habituelles, Maria Rohm et Soledad Miranda (peu avant son décès dans un accident de la route), les rôles respectifs de Mina et Lucy.

Peu disposé à n’offrir qu’une adaptation de plus du mythe fondateur du vampirisme cinématographique, Franco voit donc grand. Trop grand sans doute tant le résultat ne se montre jamais à la hauteur des ambitions voulues par le cinéaste. Quoiqu’il se targue d’une grande fidélité à la source romanesque, LES NUITS DE DRACULA prend pourtant de nombreuses libertés avec le matériel de base. Toute l’intrigue se déroule par exemple en Europe de l’Est et nous ne verrons jamais la bâtisse anglaise achetée par le comte.

Si la première heure adopte un rythme assez lent, les événements vont par contre se précipiter durant le derniers tiers du film, rendant la compréhension du scénario assez malaisée, Franco semblant contraint de sacrifier logique et cohérence au profit d’une avancée vers le final, lequel manque franchement de spectaculaire et de nerf comparé aux superbes scènes de destruction du vampire imaginée dans la saga de la Hammer.

En dépit de sa bonne volonté, Franco ne parvient jamais à capturer le climat d’angoisse désiré, son scénario condensant l’action au point de rendre le tout indigeste. Les longues hésitations devant la nature du vampire passent à la trappe et l’intrigue bondit d’une péripétie à une autre, concassant totalement ce touffu roman en un métrage d’à peine plus d’une heure trente.

Le résultat de ce tripatouillage insensé est prévisible : aucune tension dramatique, aucun crescendo, juste l’impression d’assister à une suite de scènes disparates, certaines très belles, d’autres (la majorité malheureusement !) plombées par une mise en scène paresseuse et des moyens insuffisants. Le ridicule et le comique involontaire ne sont d’ailleurs pas oubliés, que ce soit lors de la résurrection des femmes vampires ou surtout lors de l’attaque des héros par une meute d’animaux empaillés très maladroitement « animés ». Risible et embarrassant.

Vide, creux, sans émotion, LES NUITS DE DRACULA s’écroule lamentablement après une vingtaine de minutes de projection. Dès que Franco quitte le château séculaire du comte pour élargir son récit, le manque de budget et de convictions se fait bien trop patent pour que le film puisse continuer à exister et à entretenir l’illusion. Christopher Lee, excellent lorsqu’il se remémore sa longue existence ou lance sa célèbre ode aux créatures de la nuit, se voit ensuite pratiquement évacué du récit. La présence de Klaus Kinski se révèle, elle, purement anecdotique et seul Herbert Lom parvient à tirer son épingle du jeu dans une poignée de scènes plus convaincantes.

Si Franco échoue totalement à véhiculer le moindre frisson il ne parvient pas, non plus, à installer le moindre climat érotique, un comble lorsqu’on connaît la carrière ultérieure du cinéaste. Rarement un métrage traitant de vampire aura-t-il été aussi dénué de sensualité, le tout étant froid et sans passion. Seule la partition de Bruno Nicolai, assez empathique et grandiloquente, s’avère plutôt agréable mais elle reste globalement mal utilisée et ne parvient pas à sublimer des séquences plates et décevantes.

Pourtant, LES NUITS DE DRACULA dévoile quelques rares qualités. L’interprétation de Christopher Lee se révèle très efficace et, pour la première fois, on nous propose un Dracula vieux, affaibli, moustachu et grisonnant qui retrouve vigueur au fil du métrage, après avoir ponctionné quelques litres de sang vivifiant. Le décor du château de Transylvanie n’est pas mauvais non plus, même si un peu plus de pognon aurait permis de le rendre plus convaincant. Néanmoins, la vision de cette véritable forteresse poussiéreuse, noyée sous les toiles d’araignées, traduit bien la solitude du vampire, oublié par le temps dans son repaire.

Mais les quelques bons points précités n’excusent pas des maladresses inqualifiables, des effets spéciaux honteux (chauve souris en plastique absolument ratée, gros toutous censés figurer des loups, etc.) et un terrible manque de caractérisation des personnages, tous (excepté Dracula et Van Helsing) fades, transparents et mal interprétés. LES NUITS DE DRACULA ne restera finalement qu’une curiosité à réserver aux inconditionnels du prince des vampires et aux fanatiques de Christopher Lee tant le métrage échoue sur presque tous les tableaux.

En bref, une œuvre ambitieuse hélas complètement foirée ! Sad but true…

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009