LE NOMBRE 23
Titre: The Number 23
Réalisateur: Joel Schumacher
Interprètes: Jim Carrey

 

Virginia Madsen
Loran Lerman
Danny Huston
Lynn Collins
Rhona Mitra
 
Année: 2007
Genre: Thriller / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Beaucoup de critiques négatives ayant été écrites au sujet du NOMBRE 23 il est difficile de s'y aventurer sans un certain nombres d'a-priori. Le résultat final est pourtant regardable, à condition de pardonner au métrage de très nombreuses faiblesses, mais nous sommes quand même vraiment très loin d'un chef d'œuvre.

L'intrigue tourne autour d'un homme cultivé, Walter Sparrow, travaillant pour la fourrière d'une petite ville et vivant heureux avec sa femme Agatha et son fils. Un jour il reçoit comme cadeau un roman en apparence autobiographique. L'auteur, un mystérieux Toppsy Krets, y révèle l'influence pernicieuse que le nombre 23 a exercé sur le monde.

LE NOMBRE 23 surfe sur la vague, tant littéraire que cinématographique, du "thriller ésotérique", au sens large. De nombreux faits nous sont donc exposés afin de nous persuader de l'influence maléfique du nombre. Nous avons 23 paires de chromosomes, les attentats du 11/09/2001 (=23), etc. Avec un peu d'imagination, il est possible de trouver des 23 un peu partout (et alors? serait on tenté de dire…ah mais n'oublions pas que 2 divisé par 3 = 0,666 et que six six six is the number of the beast ce qui change tout non ? bon…non!) et si cela ne fonctionne pas on peut y ajouter des 32 (car 23 à l'envers c'est comme une carte de Tarot: la même chose en pire!) et même des 5 (car c'est 2 plus 3) et…enfin, bref, il faut vraiment être un inconditionnel de numérologie et des théories du complot pour suivre le scénariste dans son délire.

Heureusement, les acteurs semblent globalement y croire. Jim Carrey a prouvé depuis longtemps qu'il savait être autre chose qu'un clown grimaçant mais il ne convainc pas toujours dans ce métrage, en particulier lors des flash-backs pas vraiment bien amené. Virgina Madsen délivre pour sa part une interprétation correcte même si certains passages sont sans doute trop énormes pour convaincre.

La mise en scène, elle, donne dans le tape à l'œil, à la manière coutumière de Joel Schumacher, un cinéaste capable du meilleur (GENERATION PERDUE et CHUTE LIBRE mais aussi quelques semi-réussites comme PHONE GAME, 8MM et L'EXPERIENCE INTERDITE !) comme du pire (et là on a vraiment le choix dans une filmographie qui ne brille pas par sa rigueur mais BATMAN & ROBIN se distingue par un tel niveau de nullité qu'il en devient presque attachant).

Schumacher trouve donc son bonheur avec LE NOMBRE 23 : un nouveau champ d'expérimentations formelles, dénuées de tout intérêt dramatique, mais qui permettent de donner, vaille que vaille, un certain "style" au produit. Les effets de caméra, les couleurs tour à tour sur-saturées ou sous-saturées, les images trafiquées à l'excès, les flash-backs traités à la manière d'un "film noir" revisité par un clippeur fou,…Le cinéaste tente de parvenir à un résultat intéressant mais ces traficotages s'avèrent malheureusement assez incompatible avec un script très littéraire (quoique peu réussi!) auquel une réalisation plus académique et moins excessive aurait surement convenu davantage.

Evidemment, LE NOMBRE 23 se repose entièrement sur son scénario, voulu mystérieux, palpitant et angoissant jusqu’à l’inévitable « twist » final remettant en question toute la construction précédente. Il est surtout appliqué et pas vraiment maîtrisé même si l'envie de connaître les tenants et aboutissement de cette intrigue suffiront à tenir le spectateur éveillé. La lente plongée dans la paranoïa et l'obsession du personnage principal pour ce nombre "maudit" qu'il se met à voir partout, la dégradation et la reconstruction de la cellule familiale dans cette situation de crise, les notes d'humour,…Tout cela est assez bien maîtrisé.

Hélas, si la construction dramatique n'est pas trop mauvaise, le dernier acte se révèle terriblement démonstratif. Schumacher prend quinze bonnes minutes pour nous expliquer en détails une suite de coïncidences et d'événements alors que des titres comme MEMENTO, FIGHT CLUB ou ANGEL HEART (lesquels fonctionnaient sur des révélations similaires), assommaient – dans le bon sens du terme - le spectateur en une poignée de secondes. Pire encore, le métrage renie complètement toute l’édifice scénaristique précédent en assénant un définitif "23…c'est juste un nombre, le destin n'existe pas".

Difficile donc de considérer comme pleinement réussit un film qui prend plus d'une heure à élaborer une intrigue pour la balayer au final par une révélation attendue (les fans de "twist movies" ne seront pas vraiment surpris!) et une morale des plus classiques fonctionnant sur le sentiment de culpabilité du héros.

Les invraisemblances criantes n'aident pas non plus à accepter les retournements de situation les plus improbables. Difficile de croire par exemple à ce « héros » devenu complètement obsédé par un roman (lequel semble ne contenir qu'une centaine de pages) et qui va prendre, littéralement, des jours afin d'arriver au terme de sa lecture…pour découvrir avec effarement que le chapitre 23, manquant, donne la clé du mystère. Il aurait pas pu lire tout ça en trois heures ? Apparemment non ! Le passage au cours duquel l'auteur du roman en question (taisons son identité pour éviter les spoilers!) s'enferme dans la chambre 23 d'un hôtel, écrit un roman crypté consacré au nombre 23 (les 23ème mots, toutes les 23ème pages livrent la solution!) avant de se suicider est, à cet égard, particulièrement stupide et recule les limites du n’importe quoi!

LE NOMBRE 23 est donc une œuvre sans prétention, certainement pas aussi mauvaise que beaucoup l'ont prétendu, mais pas vraiment réussie non plus. Durant la projection il est sans doute possible d'y prendre un certain plaisir pour peu que l'on veuille bien se laisser porter par cette intrigue mystérieuse mais, par la suite, la faiblesse du twist et les énormités du scénario laissent une impression beaucoup plus négative.

Cela dit il y a pire divertissement du samedi soir et LE NOMBRE 23 remplit en partie son contrat. C'est peu mais c'est déjà ça.

Fred Pizzoferrato - Septembre 2008