ODE TO GALLANTRY
Titre: Xia ke hang
Réalisateur: Chang Cheh
Interprètes: Philip Kwok

 

Chiang Sheng
Sun Chien
Yau Chui-ling
Chu Ko
Lau Wai-ling
 
Année: 1982
Genre: Wu Xia Pian
Pays: Hong Kong
Editeur Celestial
Critique:

Réalisé alors que la Shaw Brothers vivait ses derniers moments de gloire, ODE TO GALLANTRY rassemble encore une fois la fameuse troupe martiale des Venoms. Ces cinq acrobates, découverts par Chang Cheh à l’occasion de SHAOLIN TEMPLE tournèrent ensuite CHINATOWN KID en 1977 avant d’accéder à la célébrité. Se composant principalement de Lo Meng, Sun Chien, Chiang Sheng, Lu Feng et Philip Kwo, les Venoms constituent une troupe de cascadeurs et d’experts en arts martiaux issus de l’Opéra de Pekin.

Autours des cinq combattants précités gravitent une douzaine d’autres comédiens comme Wei Pai ou Robert Tai. Les cinq « Venins » principaux gagnent une célébrité mondiale avec le culte (et pourtant quelque peu décevant !) FIVE DEADLY VENOMS, écrit spécialement pour les mettre en valeur en 1978. A partir de là, les acrobates enchainent les succès avec des titres comme CRIPPLED AVENGERS, L’HOMME A LA LANCE CONTRE SHAOLIN, etc. Tous les succès de la troupe sont dirigés par Chang Cheh et quatre ou cinq long-métrages sont produits chaque année entre 1978 et 1983. Bien sûr, des dissensions éclatent entre les acteurs et, lors du tournage de ce ODE TO GALLANTRY (soit après près de 25 films !), Lo Meng a quitté le navire, ne laissant que Philip Kwok, Sun Chien et Chiang Sheng.

L’intrigue du métrage puise une nouvelle fois dans un roman de Jin Yong (ou Louis Cha), scénarisé par Ni Kuang et, comme souvent, elle se révèle très difficile à suivre. Foisonnant de personnages, d’intrigues secondaires et de retournement de situation, ODE TO GALLANTRY laisse rapidement sur le carreau le spectateur, lequel peu toutefois apprécier le spectacle sans se poser de question et en profitant des nombreux combats. Essayer de suivre vaille que vaille le scénario demande probablement une concentration à toute épreuve et éventuellement un tube d’aspirines !

Alors qu’il assiste à un affrontement entre clans martiaux rivaux, un mendiant surnommé Bâtard entre accidentellement en possession d’une amulette noire. Celle-ci appartient à Xie Yanke, un justicier qui défie les différents clans tous les trois ans afin de garder la chevalerie asiatique noble et pure. Enlevé par Xie, le jeune homme est conduit dans un repaire secret où il reçoit d’importantes doses d’énergie vitale. Laissé pour mort, le Bâtard est secouru par d’autres combattants qui reconnaissent en lui leur chef, disparu depuis deux ans, Shi Zhongyu. Le Bâtard découvre ensuite qu’il dispose de grands pouvoirs martiaux ce qui risque de lui être bien utile car Zhongyu est recherché pour le viol de la fille d’un chef de clan, laquelle s’est ensuite suicidée. Une histoire de jumeaux séparés à la naissance complète l’ensemble, les frères ayant bien sûr été élevés soit par les gentils soit par les méchants.

Classique et confus, ODE TO GALLANTRY se montre fort bavard et pauvre en action. Les péripéties ont beau se succéder, difficile de maintenir l’intérêt pour ces affrontements entre rivaux. L’interprétation, comme souvent, est quelconque et seul Philip Kwok tire son épingle du jeu et donne une certaine caractérisation à son personnage. L’inévitable romance entre le héros et la jeune Dingding Dangdang (jouée par Candy Wen) a, pour sa part, peu d’influence sur le déroulement du récit.

A bout de souffle et de course, la Shaw Brothers ne propose plus les splendides décors d’antan et renonce aux extérieurs, Chang Cheh devant se contenter de plateaux étriqués sentant le plastique à plein nez. Décevant, d’autant que les joutes martiales sont rares et les chorégraphies routinières. Le meilleur combat se déroule après 55 minutes de projection et oppose Philip Kwok à Wong Lik, le premier utilisant une lame et le second un éventail. A part ça, les dialogues occupent l’essentiel du temps de projection et meublent comme ils peuvent un métrage à la fois trop longuet et trop foisonnant pour meubler la durée réduite à 80 minutes. Guère étonnant que les (à ce jour) trois adaptations ultérieures du roman aient adopté la forme sans doute plus appropriée de la série télévisée. Le combat final, nerveux, remonte un peu le niveau mais ne suffit pas à rendre ODE TO GALLANTRY réussit, d’autant que, comme souvent, l’intrigue se conclut abruptement et laisse une impression de précipitation regrettable.

Trop bavard et embrouillé pour captiver, d’autant que les combats ne surviennent que durant la dernière demi-heure, ODE TO GALLANTRY témoigne d’une époque un peu triste au cours de laquelle Chang Cheh et la Shaw Brothers tentaient, vaille que vaille, de maintenir l’illusion de leur grandeur passée.

Si l’ensemble se laisse regarder par les inconditionnels de la compagnie hongkongaise il existe tant de plus belles réussites à l’actif de Chang Cheh et de ses Venoms qu’ODE TO GALLANTRY ne peut que décevoir.

Fred Pizzoferrato - Septembre 2016