L'OEIL DU LABYRINTHE
Titre: L'occhio nel labirinto
Réalisateur: Mario Caiano
Interprètes: Rosemary Dexter

 

Adolfo Celi
Alida Valli
Horst Frank
Sybil Danning
Franco Ressel
Michael Maien
Année:  
Genre: giallo
Pays:  
Editeur  
Critique:

Prolifique cinéaste italien, Mario Caiano a œuvré, durant une carrière de quarante ans, dans tous les genres populaires. Comme beaucoup, il débute, au début des sixties, par une série de péplums raisonnablement divertissants tels LA FUREUR DES GLADIATEURS ou ERIK LE VIKING.

Au milieu des années ’60, Caiano donne également dans le western avec LA GRIFFE DU COYOTE et, en 1972, propose un des mélanges les plus convaincants entre kung fu et western, MON NOM EST SHANGHAI JOE. Ensuite, il se recycle dans la Naziexploitation (DESTIN DE FEMME) et le polar burné avant de participer à la séquelle du NOSFERATU de Herzog, NOSFERATU A VENISE dont il est finalement renvoyé. Mettant un terme à sa carrière pour les grands écrans, Caiano se dirige vers la télévision et reste actif jusqu’au début des années 2000. Son unique incursion dans le giallo, L’ŒIL DU LABYRINTHE, se révèle, hélas, une prétentieuse et décevante tentative de livrer un thriller labyrinthique (forcément) qui aboutit à un ennui persistant.

L’intrigue, soi-disant inspirée d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe (laquelle?!), demeure vague et difficilement compréhensible avant les révélations finales. Après une citation intrigante de Jorge Luis Borges, "Un labyrinthe est construit pour confondre les âmes des hommes. Son architecture rigoureuse répond à cette fonction.", le film suit les pas de Julie, une demoiselle à la recherche de son amant, Luca, dont elle a rêvé l’assassinat. Ses investigations l’amènent finalement dans un petit village au bord de la mer puis dans une villa tenue par Gerda, une quinquagénaire entourée d’une étrange « cour » composée de riches oisifs. Parmi ceux-ci se trouve un couple d’acteurs ratés aimant se quereller pour entretenir une flamme vacillante, une photographe vivant avec un musicien ringard et un gigolo drogué prodiguant ses faveurs à Gerda. Chacun vit son existence dans une paisible insouciance et tous affirment n’avoir jamais rencontré Luca même si Julie les soupçonne de mentir et de lui cacher de dangereux secrets.

Soucieux de proposer un giallo « différent », Mario Caiano multiplie les effets de mise en scène, les coquetteries visuelles et les passages étranges pour accoucher d’un thriller intellectualisé et déstabilisant. Du giallo proprement dit, le cinéaste ne retient, d’ailleurs, qu’une poignée d’éléments signifiants, en particulier un tableau représentant un meurtre, véritable clé du mystère, longtemps indéchiffrable, qui rappelle le cinéma de Dario Argento alors triomphant. L’intrigue, touffue, se développe peu à peu, sur un rythme très lent, mais L’ŒIL DANS LE LABYRINTHE finit par se dévoiler au cours d’une séquence finale explicative récompensant les plus résistants. Car, autant l’avouer immédiatement au risque de choquer les fans du long métrage, ce giallo se révèle particulièrement ennuyeux durant les trois quart de son temps de projection. Exagérément obscure, l’intrigue avance, en effet, de manière erratique, au gré des hasards, des rencontres et des rêveries de l’héroïne, le metteur en scène cherchant clairement à se rapprocher des meilleurs thrillers psychologiques par une construction tordue qui risque, hélas, de laisser sur le carreau la majorité des spectateurs.

La touche psychédélique typique des seventies, associée à des paysages ensoleillés bien utilisés et une partition jazz apparemment improvisée, datent également le film mais peuvent toutefois plairent aux amateurs de cinéma populaire tentés par une certaine expérimentation.

La distribution, pour sa part, se révèle intéressante et hétéroclite. Elle comprend Adolfo Celi (dont le grand titre de gloire reste son incarnation du méchant ennemi de James Bond dans OPERATION TONNERRE) et Alida Valli (LE TROISIEME HOMME, SUSPIRIA), aux côtés de la débutante starlette de l’érotisme Sybil Danning (HURLEMENTS 2) et du marathonien des grands écrans Horst Frank (LE CHAT A 9 QUEUES, SI DOUCES SI PERVERSES). Dans le rôle principal, la Pakistanaise Rosemary Dexter (JUSTINE DE SADE) s’avère charmante mais manque cruellement de conviction alors que le film repose entièrement sur ses (trop) frêles épaules.

Avec sa construction éclatée et son intrigue difficilement compréhensible qui cherche clairement à perdre le spectateur dans un dédale biscornu, L’ŒIL DU LABYRINTHE se différencie de la majorité des gialli sortis au début des années ’70 mais peine à maintenir la tension. Le manque de suspense et de brutalité (du moins durant la première heure) rend l’ensemble globalement pénible et risque de susciter l’assoupissement des moins résistants mais le film possède, à tout le moins, un minimum d’originalité dans un genre balisé. Toutefois, en dépit de rares qualités, L’ŒIL DU LABYRINTHE s’avère surtout ennuyeux et décevant et s’adresse plutôt aux fans d’expérimentations qu’aux amateurs de thrillers. Cependant, le long-métrage possède ses fans...à chacun, par conséquent, de tenter l'expérience pour se faire sa propre opinion...

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2011