OPEN WATER - EN EAUX PROFONDES
Titre: Open Water
Réalisateur: Chris Kentis
Interprètes: Blanchard Ryan

 

Daniel Travis
Saul Stein
Michael E. Williamson
Cristina Zenarro
John Charles
 
Année: 2003
Genre: Horreur / Sharksploitation / Thriller
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Petit succès surprise de l’année 2003, OPEN WATER a été financé par le cinéaste Chris Kentis (dont c’était le second long métrage, six ans après GRIND) et son épouse Laura Lau pour environ 130 000 dollars. Une somme absolument dérisoire et bien investie puisque le film rapporta plus de quarante millions de dollars et engendra trois ans plus tard une suite sans aucun lien nommée OPEN WATER 2 : A LA DERIVE.

Le tournage, échelonné sur les week-ends et les périodes de vacances, dura, en tout, deux ans et demi. Tous deux passionnés de plongée, Kentis et Lau s’inspirent d’une tragédie authentique : un jeune couple d’Américains part effectuer une ballade en mer en compagnie d’une trentaine de personnes mais sont « oubliés » par le bateau après une plongée près de la Grande Barrière de Corail en Australie. Leurs corps ne seront jamais retrouvés.

Chris Kentis va tirer de ce fait divers un scénario linéaire mais intéressant centré sur un couple de vacancier, Susan et Daniel, abandonnés par leur navire lors d’une excursion en mer. Nul ne remarque leur absence après une journée de plongée et les deux jeunes gens sont livrés à eux-mêmes, en plein océan, alors que commencent à rôder des requins affamés.

Variation originale sur le thème de la sharksploitation, saupoudré de clins d’œil discrets aux DENTS DE LA MER (voir par exemple les partonymes des deux principaux protagonistes, qui sont identiques à ceux des premières victimes du chef d’œuvre de Steven Spielberg) OPEN WATER se focalise quasi exclusivement sur deux acteurs, tous deux forts convaincants, à savoir Blanchard Ryan et Daniel Travis. Ceux-ci n’ont malheureusement guère eu l’occasion de réitérer une aussi bonne performance par la suite, leur carrière n’ayant guère décollé en dépit des bonnes critiques récoltées par le film de Chris Kentis.

OPEN WATER s’inscrit dans la veine du thriller et du suspense mais peu d’événements vont se produire durant les quelques 78 minutes de projection. Les rebondissements seront quasiment absents et le récit s’inscrit dans une logique inverse à celle privilégiée par la quasi-totalité des longs métrages puisque, de minutes en minutes, OPEN WATER s’oriente vers une conclusion dépressive, une sorte d’acceptation apaisée de la réalité et de la mort devenue inéluctable. Les vaines tentatives des deux naufragés pour attirer l’attention d’un bateau ou d’un avion qui passe et les explosions de colère cèdent ainsi, peu à peu, la place à un calme sinistre tandis que la fatigue, le froid, la faim et les squales viennent à bout de leurs forces.

Plutôt que de jouer la carte du spectaculaire, OPEN WATER convoque des peurs primales, celles de la mort, de la solitude, de l’isolement, d’un abandon absurde au milieu de nulle part. Le film colle à ces deux « héros » qui n’en sont pas, simples vacanciers d’une trentaine d’années pleins de rêves et d’ambitions qui se retrouvent, suite à une excursion, confrontés à leur mort imminente, sans le moindre espoir de survie. Daniel et Susan, deux amoureux parmi tant d’autres, vivaient jusque là dans un monde relativement tranquille et sécurisé, entre leur job épuisant et leur rendez-vous d’affaires fixés par téléphones portables. Brusquement, ils se retrouvent perdus au cœur d’un océan hostile, entouré par des requins qui rodent autour d’eux et menacent de les mordre avant de les dévorer petits bouts par petits bouts.

Minimaliste, OPEN WATER, durant une heure, va présenter deux personnages discutant dans de l’eau glacée en compagnie de requins. Pas des monstres caoutchouteux de 8 mètres, pas des créatures préhistoriques en images de synthèses grandes comme des paquebots, non de « simples » requins, long de deux ou trois mètres mais à la mâchoire redoutable. Ils ne viennent pas gober les deux jeunes gens en une seule bouchée, non, ils leur tournent autour et mordent peu à peu, se faisant de plus en plus agressifs au fil du temps. Pour ces séquences les acteurs furent réellement placés dans l’eau en compagnie des squales, lesquels paraissent vraiment dangereux même si un dresseur veillait à ce qu’ils soient suffisamment nourris pour ne pas attaquer les comédiens.

Contrairement à la majorité des films apparentés à l’épouvante, OPEN WATER refuse pratiquement tous les clichés du genre pour privilégier une approche réaliste, implacable et sans concession. Alors, certes, on peut rétorquer que le métrage manque d’action ou de véritables frissons en adoptant un rythme très, voire trop lent.

Certains penseront aussi qu’OPEN WATER, en dépit d’une durée restreinte, s’avère trop long : le film, parvenant difficilement à maintenir l’intérêt durant une heure et quinze minutes, aurait peut être gagné à adopter un format de moyen métrage, dans le cadre d’une anthologie à sketches ou d’un épisode de série télé.

Pourtant, en dépit de ces faiblesses, OPEN WATER se montre rarement ennuyeux et réussit son pari, celui de proposer une variation originale et globalement convaincante à partir du thème rabâché des « héros abandonnés dans une nature hostile ». Une belle prouesse pour un métrage confectionné avec des bouts de ficelles et qui mérite largement une vision.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2010