OPERA / TERREUR A L'OPERA
Titre: Opera / Terror at the Opera
Réalisateur: Dario Argento
Interprètes: Cristina Marsillach

 

Ian Charleson
Urbano Barberini
Daria Nicolodi
Coralina Cataldi-Tassoni
Antonella Vitale
William McNamara
Année: 1987
Genre: Thriller / Giallo / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Lors de sa sortie en 1987, TERREUR A L’OPERA fut assez mal accueilli par les fans avant de se voir réévalué et gagner, peu à peu, ses galons d’œuvre importante. Aujourd’hui considéré comme un film charnière annonçant les nombreuses déceptions ultérieures après un parcours quasi sans faute, TERREUR A L’OPERA continue de diviser mais se regarde sans déplaisir, synthétisant en un métrage bâtard le meilleur et le pire de Dario Argento.

L’intrigue s’inscrit dans la lignée du giallo et possède de vagues réminiscences du « Fantôme de l’Opéra », le roman de Gaston Leroux qu’Argento adaptera peu après. On peut également y discerner quelques détails autobiographiques puisque le film se centre sur Marco, un réalisateur réputé dans le domaine de l’horreur qui décide de se reconvertir dans la mise en scène d’un opéra.

Le choix de Marco se porte sur « McBeth », supposé maudit et porteur de malheurs que le cinéaste se propose d’adapter de manière moderne et très rock & roll. Alors que les répétitions de l’œuvre débutent, une jeune cantatrice, Betty, se voit menacée par un mystérieux tueur masqué, lequel décime son entourage tout en obligeant la demoiselle à assister aux crimes en lui maintenant astucieusement les yeux ouverts.

Œuvre ambitieuse, TERREUR A L’OPERA s’appuie sur une mise en scène inventive et efficace d’un Argento souhaitant étaler sa maestria lors de plans impressionnants susceptibles de surpasser ses précédents essais dans le genre. Balle de révolver tirée à travers le judas d’une porte ou attaque de corbeau en caméra subjective, les séquences techniquement réussies sont nombreuses et efficaces, conférant une véritable identité à un métrage dont le scénario, pour sa part, n’est pas franchement innovant. Argento s’appuie en effet sur une classique énigme policière ponctuée de meurtres sanglants et de séquences oniriques dont se souvient l’héroïne menacée.

Les coupables potentiels sont relativement nombreux et la plupart des personnages possèdent suffisamment de zones d’ombre pour que le spectateur puisse soupçonner chacun d’entre eux d’avoir commis les crimes. Evidemment, nous sommes dans un giallo et non pas dans un rigoureux « whodunit » littéraire, n’espérez donc pas découvrir l’identité du meurtrier par une déduction solide.

Le final, comme souvent, apparaît d’ailleurs un peu précipité et surtout improbable mais reste visuellement attractif et impressionnant. A l’image de l’ensemble du métrage, bien plus intéressant au point de vue formel (décors et costumes classieux) que narratif, l’intrigue peinant un peu à maintenir l’intérêt. Même les meurtres sadiques au cours desquels une jeune demoiselle se voit contrainte d’assister aux atrocités sous peine d’avoir les yeux crevés par des aiguilles finissent par lasser tant le mystérieux assassin réitère à chaque fois le même modus operandi. Une scène clin d’œil (si on peut dire !) voulue par Argento afin de punir symboliquement ses spectateurs plus sensibles ayant l’habitude de détourner le regard lors des passages les plus violents de ses œuvres antérieures.

Néanmoins, certaines séquences (le couteau dans la mâchoire ou la balle tirée à travers le judas) restent de splendides exemples de l’inventivité d’Argento en matière de mise en scène sanglantes et de plans impossibles.

Au rayon de l’interprétation, chacun tente de donner le change avec plus ou moins de bonheur mais les personnages manquent un peu trop de substance pour que l’on puisse apprécier les efforts des acteurs, d’autant que les dialogues sont rarement transcendants. Toutefois, et quoique bien trop jeune pour le rôle principal de LadyMcBeth (en dépit de répliques tentant de justifier cette prise de position), Cristina Marsillach offre une belle performance de jeune beauté fragile et menacée. Ian Charleson (LES CHARIOTS DE FEU, GREYSTOKE, GANDHI) s’en sort également très bien dans le rôle d’un metteur en scène souhaitant changer de registre et échapper à la « prison » du cinéma de genre. Ce fut malheureusement la dernière apparition de Charleson sur les grands écrans, l’acteur étant décédé peu après du Sida.

Le reste du casting, pour sa part, n’a guère l’occasion de briller mais Argento peut compter sur ses talents de metteur en scène, sur l’ampleur de ses mouvements de caméra et sur la qualité d’une photographie superbe pour compenser les faiblesses de l’intrigue. De la belle ouvrage même si on eut aimé un fond un peu plus ambitieux au vu de l’ampleur de la forme, aux ambitions grandioses et quasi mégalomanes.

Au niveau musical, Argento utilise forcément de l’opéra mais lui substitue, lors des scènes de meurtres, un heavy metal traditionnel pas toujours inspiré mais néanmoins correct et entrainant. Brian Eno, Claudio Simonetti (ex-Goblin) et Bill Wyman (des Rolling Stones) participent également au soundtrack, diversifié, du métrage qui comprend également de la musique synthétique et des effets électroniques d’ambiance. Bref, un mélange pas toujours cohérent ni en phase avec les images proposées mais en tout cas intéressant et original, à défaut de se montrer toujours pleinement convaincant.

L’épilogue montagnard, pour sa part, se révèle totalement inutile et d’une grande médiocrité, sorte de pièce rapportée sans intérêt alourdissant maladroitement l’intrigue. Il fut l’objet de fortes controverses et apparaît encore aujourd’hui comme une faute de goût manifeste d’Argento, lequel aurait été bien inspiré de laisser cette scène pataude dans un tiroir de la salle de montage. Une manière bien médiocre de conclure un métrage sinon efficace et globalement réussi en dépit de défauts assez criants.

Ni le meilleur ni le pire long métrage de Dario Argento, TERREUR A L’OPERA constitue, en résumé, une assez agréable synthèse de son style et un film qui se laisse regarder sans déplaisir même si nous sommes loin des plus grandes réussites du cinéaste.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010