UNE FOLLE ENVIE D'AIMER
Titre: Orgasmo
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Carroll Baker

 

Lou Castel
Colette Descombes
Tino Carraro
Lilla Brignone
Franco Pesce
Jacques Stany
Année: 1969
Genre: Thriller / Giallo
Pays: Italie / France
Editeur  
Critique:

A sa sortie, à la toute fin des années 60, le célèbre critique Roger Ebert qualifia UNE FOLLE ENVIE D’AIMER de « pire film de l’année » et déclara que l’on voyait rarement « aussi mauvais ». Une affirmation lapidaire particulièrement injuste pour ce premier « giallo de machination » réalisé par le grand spécialiste du genre, Umberto Lenzi, qui devait rapidement récidiver avec deux autres long-métrages au scénario semblable : SI DOUCES SI PERVERSES et PARANOIA.

Récemment veuve, Kathryn West (Carroll Baker) profite d’un bel héritage et vit dans le farniente, consommant de l’alcool plus de raison et s’offrant avec plaisir aux joies de l’amour physique. Malheureusement, Kathryn croise le chemin de deux individus peu recommandables, Peter et sa sœur Eva, qui vont exploiter sa crédulité et entrainer la pauvre et influençable jeune femme dans un véritable enfer. Amoureuse de Peter, Kathryn tombe dans l’alcoolisme et devient accro aux médicaments avant d’être sexuellement soumise par le couple infernal puis séquestrée dans sa propre demeure italienne et conduite au bord de la folie. Lorsqu’elle apprend la mort accidentelle d’un de ses amis et unique espoir, l’avocat Brian Sanders, Kathryn bascule totalement…

Bercé par une musique très easy listening aux influences « groove » et jazz, UNE FOLLE ENVIE D’AIMER apparaît comme un produit de son temps, définitivement ancré dans une période d’insouciance et de libertés, entre autre sexuelle. Aujourd’hui le spectacle se savoure avec une plaisante nostalgie, sans doute idéalisée, pour ceux qui n’ont pas vécus cette période charnière de bouleversements en tout genre. Le long-métrage illustre cette frénésie par des scènes de danses, que ce soit dans un salon ou dans une salle de concerts, où la caméra se focalise, de manière fétichiste, sur les jambes interminables des actrices « mini-jupées » dont les corps sont admirablement mis en valeur.

Peu préoccupé d’imprimer à son film un rythme soutenu, Lenzy prend, au contraire, tout son temps, durant les trois premiers quart d’heures, pour instaurer son ambiance. Il dépeint ainsi une bourgeoisie oisive qui aime s’encanailler et se vautrer dans la sexualité, l’alcool et la drogue. Une constante de cette branche du giallo, dite « de machination » (ou sexy giallo) lancée timidement par le méconnu LIBIDO puis par le plus célèbre L’ADORABLE CORPS DE DEBORAH.

Des recettes ensuite minutieusement appliquées par d’autres cinéastes dans des titres d’intérêt divers (PERVERSION STORY, INTERRABANG, LIZ ET HELEN) avant que le succès d’Argento n’embarque le giallo dans une direction plus volontiers sanglante. UNE FOLLE ENVIE D’AIMER, pour sa part, se conforme aux schémas attendus et navigue entre le thriller sexy et le plan machiavélique qui permet quelques retournements de situations distrayants même si parfois attendus.

L’érotisme, encore timide (une version non coupée en montre un peu plus, soit environ 2 minutes de nudité supplémentaire disséminés dans le métrage), permet toutefois d’admirer l’anatomie fréquemment dévoilée de la resplendissante Carroll Baker. Venue du cinéma hollywoodien « respectable » (LES GRANDS ESPACES, GEANT), la belle blonde presque quadragénaire, victime de soucis d’argent, débutait là une seconde carrière, certes moins prestigieuse mais néanmoins fort appréciée des amateurs de bis qui en firent une véritable star.

Toute la première partie d’UNE FOLLE ENVIE D’AIMER tient surtout de la chronique sociale, vaguement sexy, partagée entre une célébration de l’amour libre et une critique de ce mode de vie superficiel et futile. Le basculement intervient pile à mi-parcours, lorsque l’héroïne surprend son amant dans les bras de sa soi-disant sœur. Ceux-ci avouent alors n’avoir pas de liens de parenté même s’ils ont été élevés ensembles et habitués, depuis leurs plus jeune âge, à partager le même lit. La suite implique une relation triangulaire et un chantage exercé à l’encontre de Carroll Baker, prise en photo dans une position plus que compromettante en féminine compagnie.

Rien de très original, excepté un rythme mollasson qui impose au spectateur de patienter pratiquement une heure avant l’irruption des aspects « thriller » de l’intrigue. Pas vraiment crédible, la descente aux enfers de Carroll Baker occupe toute la seconde partie du long-métrage : whisky (J&B, évidemment), drogue, sexe, chantage puis séquestration, coups de ceintures, humiliations,…

Une plongée dans la folie avec, comme unique porte de sortie, le suicide. A mesure que le piège se referme autour d’elle, la mort parait, en effet, l’unique échappatoire pour la pauvre bourgeoise séquestrée, surtout lorsque son seul ami et espoir, l’avocat Brian Sanders, meurt dans un accident d’avion. Malgré les efforts du scénariste pour maintenir le suspense, l’intrigue reste, hélas, prévisible et linéaire, pour ne pas dire cousue de fil blanc tant le plan imaginé par les criminels s’avère classique en dépit d’un twist surprenant, suivi d’un second retournement de situation, tout aussi étonnant.

La conclusion, elle, se révèle évidemment ironique et moralisatrice mais fonctionne agréablement à la manière de ces récits, popularisés par les bandes dessinées « Tales from the crypt » qui se terminent par une « chute » à l’humour grinçant.

Les influences du scénario, évidentes, sont à chercher, une fois de plus, du côté des écrivains français Boileau et Narcejac et, par conséquent, de l’adaptation des DIABOLIQUES par H.G. Clouzot. Mais d’autres clins d’œil cinéphiliques parsèment le film, comme ce verre de lait qui rappelle immanquablement le SOUPCONS d’Alfred Hitchcock.

Bien sûr, la mise en scène de Lenzi oscille, à son habitude, entre une élégance décontractée et un « je m’en foutisme » prononcé, comme en témoigne un abus parfois gênant du zoom, entre autre lors d’une réunion de famille qui tourne au pugilat verbal. Comme dans de nombreux giallos, Lenzi multiplie également les plans touristiques inutiles et filme les monuments de Londres ou de Rome avant de cadrer l’inévitable avion de ligne au décollage. Des effets psychédéliques et des visions kaléidoscopiques interviennent encore pour traduire, de manière visuelle, le trouble de l’héroïne. Ces procédés, aujourd’hui désuets, restent résolument ancrés dans leur époque et agréables pour les nostalgiques du cinéma des seventies.

Brouillon des deux volets suivants de la trilogie informelle de Lenzi, UNE FOLLE ENVIE D’AIMER ne se montre pas à la hauteur de ces œuvres ultérieures mais demeure agréable et divertissant. En dépit d’un rythme parfois léthargique et d’un manque de nervosité patent, l’ensemble se regarde sans déplaisir pour les amateurs de sexy giallo et de thrillers des seventies.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012