L'ORGIE DES VAMPIRES
Titre: Il mostro dell'opera
Réalisateur: Renato Polselli
Interprètes: Marco Mariani

 

Giuseppe Addobbati
Barbara Howard
Alberto Archetti
Carla Cavalli
Aldo Nicodemi
Jody Excell
Année: 1961
Genre: Fantastique
Pays: Italie
Editeur Artus Films
Critique:

Ce curieux film gothique qui combine fantastique traditionnel, érotisme encore frileux et scènes musicales incongrues constitue l’une des premières réalisations du redoutable Renato Polselli. Personnalité étrange du cinéma de genre italien parfois assimilé (comme de nombreux « bisseux ») à une variante locale d’Ed Wood, Polselli débute timidement sa carrière au début des années ’50 mais doit attendre le début de la décennie suivante pour se faire connaître des initiés via L’AMANTE DEL VAMPIRO.

Emporté par son enthousiasme, Polselli récidive avec cette très semblable L’ORGIE DES VAMPIRES, probablement tourné en 1961, qui devra cependant attendre 1964 pour bénéficier d’une discrète sortie dans les salles.

Le relâchement des mœurs et l’assouplissement de la censure permet ensuite au cinéaste de trouver sa voie puisqu’il va oeuvrer, généralement sous le pseudonyme de Ralph Brown, dans le thriller érotique proche du giallo via LA VERITA SECONDA SATANA, AU DELA DU DESIR et MANIA (l’existence de ce-dernier reste sujet à caution : personne ne l’a vu !). Il propose également le très curieux et corsé BLACK MAGIC RITES : REINCARNATION OF ISABEL puis un pseudo documentaire dans le style « mondo », prétexte à des scènes porno crasseuses, le très gratiné et peu ragoutant REVELATION D’UN PSYCHIATRE SUR LE MONDE PERVERS DU SEXE (tout un programme !), quasiment irregardable d’amateurisme.

Comme nombre de ses confrères oeuvrant dans le bis, il embrasse complètement l’érotisme, puis la pornographie, de la fin des années 70 jusqu’au milieu des eighties, époque où il prend une retraite bien méritée.

S’il est plus cohérent que les films réalisés par Polselli durant les seventies, L’ORGIE DES VAMPIRES se contente, toutefois, d’une intrigue minimaliste, pour ne pas dire un simple prétexte. Une troupe de danseuses vient répéter un nouveau spectacle dans un ancien opéra abandonné. Les demoiselles sont traquées par un vampire qui hante les lieux et succombent une à une…

Moins déjante et plus maitrisé que ses œuvres ultérieures, L’ORGIE DES VAMPIRES s’apparente à un film encore très classique dans son déroulement en dépit de certaines incongruités surprenantes. Brimé par les contraintes de son époque, Polselli ne peut, en effet, se laisser aller à l’érotisme explicite mais filme déjà ses actrices en tenues légères se caresser délicatement ou danser de manière sensuelle.

Une des séquences les plus surprenantes survient d’ailleurs lorsque les ballerines tentent de fuir le théâtre après avoir découvert la présence du suceur de sang : les demoiselles s’échappent en dansant de manière désordonnée, pour ne pas dire hystérique, afin, sans doute, de tromper l’ennemi. Le vampire, d’ailleurs, se révèle particulier et n’hésite pas, par exemple, à menacer ses proies à l’aide d’une fourche.

L’intrigue, minimaliste, égrène les clichés, comme celui du « vieux qui sait tout » mettant en garde les nymphettes mais offre l’une ou l’autre variation intéressante, en particulier cet emprunt final au « Portrait de Dorian Gray » bien amené. Bien évidemment, le seigneur des ténèbres tombe amoureux d’une des danseuses supposé être la réincarnation de son amour perdu. Classique.

Peuplé d’images bizarres et d’angles de caméra insolites, L’ORGIE DES VAMPIRES s’apparente à une sorte de rêve éveillé, à mi chemin entre un cauchemar inspiré de l’épouvante gothique (avec ses emprunts au « Fantôme de l’opéra » et à la Hammer) et un fantasme érotique à demi réfréné. Frustré, Polselli, ne peut laisser ses ballerines se dénuder ou se léchouiller abondamment mais, pour tromper les censeurs, joue de la métaphore, propose des passages dansés qui ressemblent à des étreintes et suggère les amours saphiques qu’il détaillera longuement par la suite.

En dépit de son statut de curiosité et de sa rareté, L’ORGIE DES VAMPIRES n’est pas une grande réussite du gothique italien et risque d’ennuyer les réfractaires au cinéma de Polselli. Les amateurs du réalisateur, eux, y trouveront leur bonheur et découvriront, encore embryonnaires mais bien présents, tous ses tics érotico-pervers.

A découvrir pour les aventureux qui ne reculent pas devant les bizarreries ringardes.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2012