ORGIES SADIQUES DE L'ERE EDO
Titre: Zankoku ijô gyakutai monogatari: Genroku onna keizu /
Orgies of Edo / Tokugawa III
Réalisateur: Teruo Ishii
Interprètes: Junko Toda

 

Mitsuko Aoi
Tatsumi Hijikata
Akira Ishihama
Yuki Kagawa
Asao Koike
Masumi Tachibana
Année: 1969
Genre: Erotique / Horreur / Tortures / Film à sketches
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Le cinéaste japonais Teruo Ishii fut un des grands pourvoyeurs de l’érotisme « malsain » avec sa légendaire saga Tokugawa, plus connue sous son titre international de « Joy of Tortures ». Comme de nombreux épisodes de la série, ORGIES SADIQUES DE L’ERE EDO adopte les codes du film à sketches et propose trois histoires indépendantes, quoique liées par un personnage de médecin un peu attristé devant tant de perversités, situées durant l’Ere Edo.

La première intrigue tourne autour de la prostitution forcée et des déboires d’une pauvre jeune fille, Oito, abusée par les hommes. Pour éponger les dettes de sa sœur, Oito se voit contrainte à vendre son corps mais tombe finalement enceinte. Pas très original ni très complaisant, ce petit épisode introductif bénéficie cependant d’une jolie esthétique et d’un ton romantique plaisant. Pour les tortures et l’érotisme, par contre, il faudra attendre la suite même si quelques scènes de bondage et de flagellation parviennent à contenter les voyeurs.

La seconde histoire, plus amusante, traite d’une demoiselle traumatisée par de nombreux viols commis dans sa jeunesse par un sadique défiguré. Peu à peu, la nymphette en vient à apprécier d’être soumise aux pulsions d’individus difformes. Elle organise donc de petites mises en scènes où elle est, par exemple, abusée sexuellement par une horde de nains. Son ami Choiki, follement amoureux, essaie de la guérir en compagnie d’un médecin. Original, ce sketch témoigne de la fascination du cinéaste pour les malformations, pourtant taboues au Japon, qui l’ont amené à signer l’étrange et culte HORRORS OF MALFORMED MEN la même année. Les saynètes imaginées par la belle masochiste sont franchement divertissantes, en particulier son viol par la bande de nains lubriques sur lesquels elle prend ensuite sa revanche en leur infligeant une sévère correction à coups de fouet. Ne pas rater non plus la scène d’un racisme insouciant où la Japonaise découvre un Africain qu’elle considère aussitôt comme un monstre bestial capable d’assouvir ses instincts libidineux. Un agréable récit, à la perversité rafraichissante jusqu’à la chute finale, certes attendues mais néanmoins bien amenée et effective.

Le dernier sketch, pour sa part, verse davantage dans le bis assumé et s’intéresse aux spectacles hauts en couleur organisé par un riche seigneur. Celui-ci livre par exemple de pauvres victimes vêtues de rouge à une bande de taureaux. Les jeunes filles doivent ainsi se résoudre à se mourir ou à se dévêtir pour échapper aux coups de cornes mortels des bestiaux. Plus graphique, outrancier et gore que les deux sketches précédents, ce dernier segment montre des demoiselles criblées de flèches ou encornées dans des flots de sang écarlate fort esthétiques. La mort d’une des courtisanes, peinturlurée d’or à la manière d’une des victimes de GOLDFINGER constitue un autre morceau de bravoure de ce segment marqué par le sadomasochisme.

Contrairement à nos mornes productions occidentales, les films érotiques japonais sont souvent soignés et n’ont pas à rougir de leur appartenance à un genre jugé mineur dans la plupart des pays du monde. ORGIES SADIQUES DE L’ERE EDO développe par conséquent un visuel riche, aux couleurs chatoyantes et à la mise en scène appliquée, voire inspirée.

Dans ce troisième « Joy of Tortures » Teruo Ishii utilise un contexte historique bien défini pour laisser libre cours à son imagination sadique. Les jeunes femmes dénudées subissent donc moult supplices, souvent suspendues et ligotées avec art avant d’être sauvagement bastonnées. Des passages graphiquement soft (on ne voit pas grand-chose) mais au potentiel érotique indéniable pour quiconque se montre sensible à cette érotisation de la souffrance féminine.

Visuellement beau, inventif et maitrisé, ORGIES SADIQUES DE L’ERE EDO souffre toutefois d’un rythme parfois languissant et d’une retenue préjudiciable dans les tortures, ici encore relativement timorées. Loin des excès ultérieurs de SHOGUN’s SADISM, le film de Teruo Ishii saura cependant satisfaire les (a)mateurs de demoiselles dénudées soumises à divers sévices avant de trouver, au final, la jouissance dans la torture. Un joli petit film et un plaisant divertissement.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2012