L'HORRIBLE DOCTEUR ORLOFF
Titre: Gritos en la noche
Réalisateur: Jess Franco
Interprètes: Howard Vernon

 

Conrado San Martín
Diana Lorys
Ricardo Valle
Perla Cristal
María Silva
Mara Laso
Année: 1962
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Espagne / France
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1962, L’HORRIBLE Dr ORLOFF constitue probablement une des œuvres les plus abouties et abordables de Jésus Franco, cinéaste ayant signé quelques titres intéressants au milieu d’une longue suite de navets indéfendables, sauf pour ses admirateurs passionnés.

A l’époque du tournage, Franco souhaitait mettre en scène un tout autre film mais celui-ci va se voir interdire par le gouvernement franquiste et ce dès la lecture du scénario. Ayant déjà mobilisé une équipe, l’Espagnol, revenant d’une projection des MAITRESSES DE DRACULA, se tourne vers le fantastique, genre qu’il estime beaucoup moins enclin à subir les coupes de la censure. Ayant peu de temps devant lui, Franco base l’intrigue sur un des nombreux romans de gare qu’il écrivait à la même époque pour gagner quelques pesetas.

L’aventure débute, Franco bouclant le métrage en quelques semaines. De la conception initiale du projet à la sortie de L’HORRIBLE Dr ORLOFF, il ne s’écoule qu’environ trois mois mais, étonnamment, le résultat final n’a nullement à rougir de cette précipitation.

A l’exception de quelques secondes de nudité et de violence, la censure ne trouve rien à reprocher à ce film dénué de contenu politique et permet, ironiquement, l’éclosion de l’horreur espagnol dont L’HORRIBLE Dr ORLOFF est, officiellement, le premier représentant.

1912, dans une grande ville européenne, un mystérieux assassin enlève des jeunes filles aux mœurs légères pour poursuivre ses expériences médicales. Le responsable de ses meurtres s’appelle Orloff, ancien médecin de prison décidé, avec l’aide de son assistant, une sorte de zombie défigurée nommé Morpho, à rendre sa beauté disparue à sa fille défigurée. Pour cela, Orloff recourt à des greffes de peau expérimentale qu’il prélève sur ses victimes torturées…

Même si le scénario entretient d’évidentes similitudes avec LES YEUX SANS VISAGE, Jess Franco se défend d’avoir plagié l’œuvre de Franju, rappelant que l’Espagne du début des années 60 se trouvait en quelque sorte isolée du monde et qu’il n’avait pu voir le métrage précité. L’idée, selon le réalisateur, était simplement « dans l’air du temps ». Les inspirations visuelles, par contre, s’avèrent évidente et, cette fois, revendiquée, Franco tentant une synthèse entre l’expressionnisme allemand, l’épouvante gothique italienne, le fantastique hollywoodien de l’âge d’Or et l’horreur anglaise alors triomphante par l’intermédiaire des productions Hammer.

Située au début du XXème siècle, l’intrigue ne précise, par contre, jamais le lieu où se déroule les événements relatés, les noms purement imaginaires des personnages et villes ayant, tour à tour, des consonances anglaises, françaises ou allemandes.

Payant son tribu aux classiques de la Universal, Jess Franco enferme son médecin dément dans un château poussiéreux aux imposants escaliers, endroit rêvé pour ses horribles expériences menées en compagnie d’un assistant défiguré réduit à l’état de zombie servile. Mais ces clichés sont habilement détournés par quelques notes d’humour (la présence d’un ivrogne décidé à aider l’inspecteur de police permet au scénario d’avancer à un rythme soutenu durant son dernier tiers), une pointe de sadisme et de brefs plans de nudité féminine.

La mise en scène de Franco se montre, pour une fois, inspirée et riche, privilégiant d’intéressants mouvements de caméra et composant des tableaux fascinants. Certains plans penchés s’avèrent également plaisant, d’autant que les jeux de lumières servent une superbe photographie aux noir et blanc contrastés.

A cette esthétique travaillé, Franco ajoute des éléments étonnants, en particulier une bande originale qui mérite bien son nom, tant les compositeurs José Pagán et Antonio Ramírez Ángel rompent avec la tradition musicale pour privilégier une suite cacophonique, orgie de percussions et de sonorités distordues conçues pour agresser les tympans. Expérimentale, la partition se permet de brefs moments d’accalmie dans un océan de bruitages à la fois fascinants et pénibles. En tout cas, un joli exercice anticipant certaine tentatives non mélodiques des décennies suivantes, comme par exemple la bande son crispante de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE.

Les interprètes, pour leur part, sont convaincants et Howard Vernon, ayant déjà plus de quinze ans de carrière derrière lui (quoique souvent dans des seconds rôles), se montre excellent en savant fou fasciné par la beauté féminine. Passant de scènes de séductions suaves et charmantes à des tortures brutalement infligées, Orloff fascine, tout comme son assistant Morpho, pratiquement réduit à l’état d’automate et joué par Ricardo Valle.

Le Dr Orloff acquit d’ailleurs, par la suite, une popularité suffisante pour revenir dans une demi-douzaine d’aventures, généralement sous la caméra de Jess Franco (la dernière étant LES PREDATEURS DE LA NUIT) ou parfois sous celle de Pierre Chevalier (dans son terrassant LES AVENTURES AMOUREUSES DE L’HOMME INVISIBLE).

Belle réussite, L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOFF mérite d’être redécouvert, tant par les admirateurs du cinéaste que par ses détracteurs, lesquels pourraient être agréablement surpris devant cet impeccable petit classique du fantastique.

Fred Pizzoferrato - Mai 2011