L'AUTRE ENFER
Titre: L'altro Inferno
Ou: The Other Hell
Réalisateur: Claudio Fragazo et Bruno Mattéi
Interprètes:

 

 
 
Année: 1980
Genre: Fantastique / Horreur / Nunsploitation
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing

3/6

Critique:

Sorti en 1980, L'AUTRE ENFER n'est pas véritablement une nunspoitation comme les autres. Ici pas de jeunes religieuses tentées par les plaisirs de la chair se flagellant vigoureusement pour échapper au dérèglement de leur sens. Néanmoins, le métrage se rapproche de ce sous-genre bien particulier en mettant en scène des nonnes aux prises avec le péché.

LES DIABLES de Ken Russell fut sans doute le premier film dans ce style, suivi du polisson et délicat INTERIEUR D'UN COUVENT mais c'est véritablement l'Italie et le Japon qui lui donnèrent ses lettres de noblesses. Si l'on peut dire. Car si on peut reconnaître aux nippons une certaine sophistication érotique (comme en témoigne LE COUVENT DE LA BÊTE SACREE), les Italiens s'en donnèrent à cœur joie en mettant en scène flagellations et passages lesbiens à travers moult productions bas de gamme.

Tout modeste qu'il soit, L'AUTRE ENFER possède pourtant un peu plus d'ambition. Le métrage commence par le souhait d'un prêtre de procéder à l'exorcisme d'un couvent supposé tombé sous l'emprise de Satan. Mais l'Eglise, soucieuse de modernisme, préfère y envoyer le père Valerio, un homme plus rationnel qui se livre à une enquête rigoureuse et cherche une explication naturelle aux événements survenus. Cette dernière sera fournie à la fin du film mais il n'est pas très difficile de la deviner.

En plus de son aspect nunsploitation, L'AUTRE ENFER se rapproche un peu de CARRIE par sa volonté d'analyser les pouvoirs de l'esprit, les superstitions, la puissance du mysticisme et les dégâts causés par le fanatisme bigot. Le Diable, ici, est clairement l'Homme même si l'influence purement démoniaque se devine, entre autres lorsque la responsable des malheurs du couvent est dévoilée, dans une pose très proche de celle du démon Pazzuzzu entrevu à la fin de L'EXORCISTE. Dans la distribution, beaucoup d'inconnu(e)s et quelques habitués du bis. Citons ainsi Franca Stoppi, héroïne de BLUE HOLOCAUST - le chef d'œuvre de Joe d'Amato - dans le rôle de la mère supérieure et Carlo de Mejo, souvent vu chez Fulci, dans celui du prêtre moderne bien décidé à élucider le mystère du couvent maudit.

Même si son rythme est plutôt languissant, L'AUTRE ENFER reste sympathique. Sa relative bonne tenue détonne d'ailleurs un peu dans la filmographie de Bruno Mattei, spécialiste toutes catégories du n'importe quoi gore, sexy et rigolard (VIRUS CANNIBALE, LES RATS DE MANHATTAN, CALIGULA & MESSALINE, PENITENCIER DE FEMMES, SS GIRLS,…que du bon!) mais, dans la présentation et l'interview, Claudio Fragasso s'en attribue tous les mérites. Les compères oeuvrèrent en vérité dans tous les genres populaires des seventies (mondo, imitations d'Emmanuelle, Women In Prison, Nazi-porn, Ero-péplum, etc.), travaillant en tandem en se partageant les taches principales: réalisation, scénario et montage. Ils tournèrent ainsi plusieurs films dans les mêmes décors et avec les mêmes interprètes (PENITENCIER DE FEMMES et REVOLTES AU PENITENCIER DE FILLES) aboutissant à des résultas souvent jumeaux.

Parallèlement au titre qui nous occupe ici, largement supervisé par Fragasso, se tournait également, sous la direction plus exclusive de Mattei, LES NOVICES LIBERTINES, dont le titre annonce directement les ambitions limitées. Si L'AUTRE ENFER est finalement consommable, il serait malhonnête de crier au chef d'œuvre ou même à la perle oubliée. En cherchant vaille que vaille à mélanger les éléments commercialement porteur de son époque (nonnes délurées tentées par le sexe, possession, enfant maléfique vivant reclus, pouvoirs paranormaux, corps décomposés, attaque de chiens et apparition furtive de zombies), l'ensemble semble à la fois enthousiaste et maladroit.

Une certaine ambiance, un peu gothique voire proche de certains giallos d'Argento (comme les FRISSONS DE L'ANGOISSE et même INFERNO auquel le titre original fait explicitement référence) est perceptible lors de plusieurs séquences: l'enquête du prêtre, le décor inquiétant composé de poupées pendues et brûlées, les catacombes avec leur crânes ou les cercueils vermoulus, le chien se retournant contre son maître, etc. Rien de vraiment angoissant mais l'effort est louable, dommage que les cinéastes se montrent un peu avares en passages gore. Pour un produit bis rital de 1980 on aurait souhaité davantage d'excès et de folie.

Techniquement passable mais un peu bâclé (la réalisation et le montage sont au mieux anonymes, la musique des Goblins - certes efficace - consiste en fait en une réutilisation de morceaux déjà existants), le métrage est également un peu ennuyeux, les discussions et autres bavardages pseudo théologiques hérités de L'EXORCISTE ou LA MALEDICTION n'étant guère convaincants.

Au niveau du DVD édité par Neo Publishing, l'image est un peu granuleuse et pas vraiment belle mais étant donné l'âge du film et les petits moyens dont il a bénéficié, il ne faut pas attendre la perfection d'un blockbuster. Laquelle serait de toute manière déplacée. Les pistes anglaises et françaises, correctes et en mono d'époque, sont proposées, dommage cependant que la piste originale italienne brille par son absence. Les bonus, eux, sont forts intéressants, parfois même davantage que le film en lui-même. On trouve en vrac une présentation de L'AUTRE ENFER, un commentaire et une interview de Fragasso, longue de près d'une demi-heure, et souvent amusante, intéressante et sans langue de bois. Aux côtés de cela, le disque propose de nombreuses photos, affiches et filmos…Pas mal pour un titre pourtant complètement mineur (soyons honnête!). En définitive, l'objet est sympathique et on constate que Néo soigne vraiment ses sorties (le film aurait put hériter d'une édition ultrabasique, comme par exemple celles de la collection Mad Movies) même si nous sommes loin d'un chef d'œuvre.

Pour ses nombreux suppléments et son côté rétro (des titres comme ça, ne rêvons pas, personne n'en fera plus jamais!), L'AUTRE ENFER mérite bien une petite vision. Le divertissement est garanti malgré ses nombreux défauts et les amateurs de bis devraient y trouver leur compte. Ceux qui n'aimeront pas le film pourront de toutes manières se rabattre sur les suppléments, lesquels valent - à eux seuls - l'investissement.

 

octobre 2006