OU EST PASSEE JESSICA?
Titre: Sotto il vestito niente
Réalisateur: Carlo Vanzina
Interprètes: Tom Schanley

 

Donald Pleasance
Renée Simonsen
Bicola Perring
Ana Galiena
Maria McDonald
Cyrus Elias
Année: 1985
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Le problème du giallo réside dans l’apparente facilité de sa recette. Un tueur mystérieux aux motivations tordues, des jolies filles menacées, une enquête complexe et riche en rebondissement, des scènes lesbiennes gratuites, du sang,…Rien de très original dans la plupart de ces films, lesquels font mentir la célèbre maxime de Stephen King (« l’important c’est l’histoire, pas celui qui la raconte ») puisque tout repose sur la manière d’emboiter les éléments afin de les magnifier par le biais d’une mise en scène inventive et classieuse.

Entre les mains d’un cinéaste doué, un giallo devient un magnifique exercice de style mais, hélas, dans celles d’un réalisateur en petite forme le résultat ressemble généralement à un épisode de série policière mâtiné d’érotisme poussif dans la lignée des téléfilms de seconde partie de soirée. Sans être foncièrement désagréable, OU EST PASSEE JESSICA ? se rapproche, hélas, de cette deuxième catégorie et se suit sans la moindre passion et même avec un certain ennui.

L’intrigue, banale, suit Bob Crane, un jeune Américain qui exerce la profession de garde forestier dans le Wyoming. Depuis toujours, Bob entretient un lien télépathique avec sa sœur jumelle, Jessica, devenue un mannequin de renommée internationale. Celle-ci disparaît à Milan et Bob ressent, au même moment, une grande angoisse : il éprouve des « flashs » psychiques suggérant que Jessica est victime d’un assassin muni d’une paire de ciseaux. Lorsqu’il débarque dans la cité italienne, Bob se heurte au scepticisme des autorités mais trouve, finalement, un appui en la personne du commissaire Danesi, un vieux limier au bord de la retraite. Leurs investigations mettent un jour une série de crimes dont les victimes sont toutes des top-modèles.

Librement adapté du roman « Sotto il vestito niente » de Marco Parma (pseudonyme du journaliste italien Paolo Pietroni), OU EST PASSEE JESSICA ? rend un hommage appuyé aux classiques du giallo et, en particulier, à l’œuvre matricielle du genre, SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN. Malheureusement, le réalisateur Carlo Vanzina ne possède pas le talent de Mario Bava et son long-métrage parait laborieux et sans passion.

En dépit d’un respect rigoureux des codes du genre et d’indéniables attraits (tueur aux gants noirs, top modèles menacées, un brin d’érotisme, une pincée de sadisme), le film ne décolle jamais et reste en deçà d’autres tentatives similaires, pourtant mineures, situées dans le milieu de la mode comme DELIRIUM ou NUE POUR L’ASSASSIN. Si l’acteur principal (Tom Schanley) ne brille guère, Donald Pleasence, quoique très fatigué, apporte un peu de tonus dans son interprétation d’un inspecteur proche de la retraite et non dénué d’humour, pestant par exemple contre les fast-foods.

Le recours au surnaturel et à la perception extrasensorielle pour résoudre l’énigme s’avère, pour sa part, un peu décevante (le héros n’aurait jamais pu découvrir l’identité du tueur sans ce « gimmick ») mais reste acceptable et le giallo nous a déjà habitué à ce genre de facilités, y compris dans des titres réputés.

Musicalement, OU EST PASSEE JESSICA ? alterne un score agréable du grand Pino Donaggio avec quelques tubes disco / eighties aujourd’hui bien datés mais plaisants pour les nostalgiques (« I Am what I Am » de Gloria Gaynor, « One Night in Bangkok » de Murray Head et « Hot for you » de Karen Young).

L’érotisme, en dépit de la présence d’un paquet de mannequins en petites tenues, reste minimal et Carlo Vanzina se permet seulement un peu de nudité gratuite, comme ce plan qui donne sa justification au titre original et prouve qu’une des demoiselles ne « porte rien sous ses vêtements ». Comme souvent, le cinéaste introduit aussi un flashback saphique mais, pour une fois, celui-ci est justifié par le scénario et lié au mobile du meurtrier. Puisque l’on parle de ce dernier, les crimes commis manquent, hélas, de punch et ne sont guère mémorables. Une timidité préjudiciable au film, y compris lors d’un climax trop modéré pour convaincre tant l’affrontement final entre le tueur (armé d’une perceuse !) et le héros ne possède pas l’impact souhaité. OU EST PASSEE JESSICA ? reste, souvent, trop modéré et on regrette que Vanzina n’ait pas injecté davantage de brutalité et de perversité à cette intrigue linéaire et prévisible.

En résumé, OU EST PASSEE JESSICA ? constitue un giallo quelconque, réalisé sans grande inspiration à une époque où le genre était déjà mort et enterré. Si les nostalgiques peu exigeant y trouveront cependant un certain plaisir, le film de Vanzina sera toutefois réservé aux complétistes. Son succès amena pourtant deux séquelles : la première (TROP BELLE) signé Dario Piana, en 1988, et la seconde confiée à Vanzina lui-même, de retour à la mise en scène pour un troisième volet (THE LAST FASHION SHOW) sorti en 2011.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2011