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Le scénariste et réalisateur Shaun Costello reste un des grands noms du cinéma X américain de la belle époque, même si il est aujourd’hui bien moins connu que Gerard Damiano, Alex de Renzy, Gregory Dark ou les Mitchell Brothers. Il dédia l’ensemble de sa carrière, étalée sur une bonne dizaine d’années (en gros du tout début des années 70 jusque l’avènement de la vidéo et l’écroulement qualitatif des années 1982/1983) au porno, assurant tour à tour les fonctions d’acteurs, de cinéastes, de monteur, de producteur, de scénariste et même de superviseur des effets spéciaux lorsque ceux-ci étaient requis. Ses débuts dans le hard se firent via les fameuses « loops », court-métrages quasiment dénués de tout scénario qui connurent leur heure de gloire à la fin des sixties. Puis, au début de la décennie suivante, Costello commence à s’intéresser au long-métrage, en un temps où les lois sur l’obscénité sont encore très fortes (on verra d’ailleurs les problèmes que connaîtra Damiano à la même époque avec son GORGE PROFONDE). Costello va alors réaliser le célèbre et perturbé FORCED ENTRY mettant en vedette un Harry Reems caché sous pseudonyme, une œuvre devant autant au drame sur le Viet-Nam et au thriller qu’au porno, sans négliger une bonne dose de violences. Costello va ensuite mettre en boite pour la famille Gambino (des mafieux !) une série de titres résumés par le qualificatif de « one day wonders » : en gros des pornos simplistes mais naturels, voire humoristiques, réalisés en une journée avec un casting d’une dizaine de personnes. TINA MAKE A DEAL ou SWEET SIXTEENS donnent une idée des ambitions mais Costello va rapidement s’évader vers des productions plus importantes bénéficiant de véritables scénarios et parfois adapté d’œuvres connues, littéraires ou cinématographiques. Souvent dissimulé derrière différents pseudonymes, Costello réalise en 1977 son titre de gloire, le porno scato WATER POWER (adapté, aussi incroyable que cela puisse paraître, d’un fait divers tout à fait authentique !) à l’époque attribué à Gerard Damiano pour d’évidentes raisons commerciales. Bide financier à sa sortie, WATER POWER fut ensuite un hit au Japon et en Europe et devint finalement un des rares films porno réellement « culte ». Costello livra encore une série de produits assez extrêmes, des « roughies » flirtant même avec l’horreur dont les titres sont sans équivoque comme DOMINATRIX WITHOUT MERCY, TORTURED WOMEN, SLAVES OF PLEASURE, PRISONER OF PLEASURE ou DAUGHTER OF DISCIPLINE tout en donnant ses lettres de noblesses au cinéma X via FIONA ON FIRE (remake du classique LAURA de Preminger), HOT DREAMS ou encore sa fameuse relecture de Bram Stocker, DRACULA EXOTICA. Le cinéma d’horreur semble d’ailleurs être un des intérêts du cinéaste puisque, après sa retraite du hard en 1983, on le retrouve en producteur du sympathique et référentiel POPCORN en 1991, sous le pseudonyme de Warren Evans. C’est également sous ce nom que Costello réalise en 1981 son chef d’œuvre, LE MIROIR DE PANDORA (repris par Jacques Zimmer dans sa liste des 10 films essentiels du cinéma X), un des meilleurs exemples de l’union du fantastique avec la pornographie. L’intrigue est intéressante et bien plus travaillée que de coutume, utilisant à bon escient les possibilités offertes par le fantastique pour accoucher d’une série de vignettes jamais ennuyeuses. La jeune et belle Pandora se promène dans le quartier de Greenwich Village en compagnie d’une de ses amies. Elle remarque alors une petite boutique d’antiquité ne payant guère de mine mais dans laquelle elle découvre un ancien miroir. Troublée, Pandora plonge son regard dans le miroir et assiste alors à une étrange scène érotique. Peu après, repensant à cette expérience, Pandora revient dans la boutique et supplie l’antiquaire de lui vendre le miroir. Celui-ci refuse et affirme que l’objet recèle un danger trop grand pour qu’il puisse le laisser entre les mains de la jeune femme. Cependant celle-ci obtient de pouvoir de nouveau regarder dans le miroir et se trouve à nouveau portée vers d’autres temps et d’autres lieux, témoin de nombreuses turpitudes sexuelles.
Conçu sur le principe des sketches (mais liés par un fil conducteur cohérent), LE MIROIR DE PANDORA s’élève bien au-dessus de la concurrence en proposant une photographie très caressante et plaisante magnifiant aussi bien les corps dénudés que les décors. Le film ayant bénéficié de moyens corrects, les reconstitutions d’époques ne sont jamais ridicules, emmenant le spectateur du XIXème siècle aux années 30 (dans un Hollywood aussi glamour que brûlant) avant une virée dans les clubs érotiques tendances SM soft des années disco. Nanti d’une atmosphère étrange, à la fois sensuelle, douceâtre et perverse, LE MIROIR DE PANDORA combine une véritable recherche formelle, de belles idées de mise en scène, une esthétique rare et un érotisme prononcé, loin du porno de base dénué d’imagination. Les scènes hard sont, pour leur part, assez traditionnelles mais gardent un potentiel érotique réel qui évite de les rendre banales ou laborieuses. Les acteurs et actrices (dont la star Veronica Hart ensuite reconvertie réalisatrice, productrice ou actrice de séries Z sous le nom de Jane Hamilton) sont pour leur part naturels et possèdent une certaine fraîcheur à l’opposé des standards formatés des années 2000. Même si leurs capacités d’interprétations ne sont pas toujours transcendantes (Frederick Foster en particulier manque vraiment d’énergie et livre une composition figée), chacun essaie d’offrir un minimum de conviction. Veronica Hart se révèle, elle, tout à fait crédible et apporte beaucoup à cette intrigue bien construite. Bercé par une musique appropriée, très efficace (allant du classique à des emprunts à d’autres bandes originales en passant par des mélodies celtiques), LE MIROIR DE PANDORA se révèle en définitive être un authentique film de cinéma ayant choisi le X comme genre. Comme tout « vrai film », LE MIROIR DE PANDORA possède donc un début, un développement et une fin, à la fois attendue et toutefois surprenante car légèrement déprimante, laquelle conclut l’intrigue de belle manière sur une note mélancolique et purement surnaturelle. En résumé un classique du Hard fantastique de la belle époque, comme on n’en fera sans doute jamais plus hélas !
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Fred Pizzoferrato - Aout 2009 |
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