PAPAYA: ET MOURIR DE PLAISIR
Titre: Papaya dei Caraibi /
Love goddess of the cannibals
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Melissa Chimenti

 

Sirpa Lane
Maurice Poli
 
 
 
 
Année: 1978
Genre: Aventures / Horreur / Erotique
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

A la fin des années ’70, Joe d’amato part pour Saint Domingue tourner une série de métrages mêlant horreur, aventures, exotisme et érotisme dans des proportions variables. Dans la continuité de ses imitations fantaisistes d’EMMANUELLE (et en particulier d’EMANUELLE EN AMERIQUE et EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES), ces films interchangeables distillent au public une bonne dose d’exploitation crapuleuse. LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS VIVANTS, PORNO HOLOCAUST, ORGASMO NERO,…autant de titres ayant acquis, au fil du temps, une réputation, largement usurpée, de petits classiques cultes du cinéma déviant.

Nettement plus timoré que les métrages précités, PAPAYA constitue une aimable aventure exotique, agrémentée d’un érotisme bien présent mais timide et d’une pincée d’horreur sanglante finalement très accessoire. Les premières minutes de PAPAYA sont extrêmement prometteuses pour quiconque apprécie les charmes simples d’un cinéma bis racoleur et divertissant.

Une belle jeune femme, Papaya, pénètre dans la hutte d’un géologue et lui caresse l’entre-jambe à l’aide d’un fruit. Ensuite, la demoiselle castre son infortuné amant en lui arrachant le sexe avec les dents. Une entrée en matière aguichante qui laisse espérer une suite efficace jouant la carte de l’horreur et de l’érotisme. Hélas, ce ne sera pas le cas, Joe d’Amato se contentant d’enchainer de nombreuses scènes érotiques plutôt soft et inintéressantes en dépit de la plastique plaisante des actrices. Les scènes chaudes restent cependant plaisantes, même si guère éloignées d’une publicité pour shampoing. L’inévitable et passionnée étreinte saphique au bord de l’océan s’avère toutefois agréable à l’œil et fait légèrement monter la température même si nous sommes bien en deçà des œuvres les plus osées de Joe d’Amato.

La suite de l’intrigue se déplace vers un combat de coq où nous découvrons notre héroïne, la journaliste Sara Russell (Emanuelle, probablement, avait d’autres chattes à fouetter) et le géologue Vincent. Ce-dernier travaille actuellement pour une compagnie construisant un réacteur nucléaire à Saint Domingue et s’octroie une petite sauterie adultérine en compagnie de l’entreprenante Sarah. Néanmoins, la petite fête des sens se voit gâchée par la découverte d’un cadavre, celui d’un certain Dean, une connaissance de Vincent supposé avoir quitté l’île. Selon Sara, ce meurtre pourrait avoir un lien avec la construction de la centrale nucléaire et Vincent serait donc une cible potentielle pour les assassins écologistes mais celui-ci ne semble guère s’en inquiéter. Un peu plus tard, le « couple » croise la route d’une auto-stoppeuse qui n’est autre que la fameuse Papaya…

Un des principaux arguments de PAPAYA reste ,bien évidemment, la présence de la belle Melissa Chimenti, laquelle est seulement apparue dans cinq long-métrages dont l’aberrant pseudo-mondo porno RIVELAZIONI DI UNO PSICHIATRA SUL MONDO PERVERSO DEL SESSO, une production crapuleuse sondant les abysses de la nullité racoleuse. A ses côtés, nous retrouvons Sirpa Lane, vue dans quelques polissonneries telles la naziexploitation DESTIN DE FEMME, le film de science-fiction porno THE BEAST IN SPACE d’Alfredo Brescia et deux titres touchant à la zoophilie, MALABESTIA et LA BÊTE de Walerian Borowczyk. Le rôle principal masculin est, quand à lui, tenu par Maurice Poli, lequel eut une longue carrière (soixante films sur trente cinq ans) et tourna avec Mario Bava dans L’ILE DE L’EPOUVANTE et CHIENS ENRAGES.

Niveau horreur, outre l’ouverture précitée, on note une légère tendance héritée du mondo, typiquement italienne, consistant à sacrifier quelques animaux pour l’amour de l’art. PAPAYA propose par exemple une répugnante séquence de charcutage de cochon visant à offrir quelques frissons frelatés aux spectateurs soudainement tenté par le végétarisme. Un cœur sanguinolent, extrait de la poitrine d’un pauvre type sacrifié, promptement dévoré par un grand prêtre d’une secte quelconque boucle le quota, bien maigre, de gore.

Cependant, Joe d’Amato se permet une très divertissante séquence de danse rituelle déjantée menée par une assemblée d’indigènes nus se déhanchant sur des rythmes à la fois disco et tribaux. Un grand moment de bis typique d’une époque décomplexée s’autorisant tous les excès. L’atmosphère générale, d’ailleurs, reste légère et gentillette sans jamais verser dans le malsain, à la manière d’une bande d’aventure nostalgique, agrémentée de quelques audaces horrifiques ou érotiques. Joe d’Amato confère en outre à son métrage une décontraction appréciable et saupoudre l’intrigue d’un message écologique et anticapitaliste appréciable, quoique probablement plus opportuniste que vraiment sincère.

Insuffisamment érotique pour contenter les amateurs du genre, trop peu mouvementé pour s’apparenter à un véritable film d’aventures, pas assez sanglant pour satisfaire les fans de gore et bien trop léger pour prétendre offrir une vraie réflexion politique et écologique, PAPAYA se place à l’intersection de ces différentes tendances sans en embrasser réellement une seule. Les intermèdes dialogués, agrémentés de considérations anti-nucléaires, semblent peu à leur place au sein d’un film aux ambitions érotiques et l’horreur est trop parcimonieuse pour convaincre les amateurs de gore de supporter toutes ces longueurs et scènes sexy plutôt timides.

Difficile, par conséquent, de dire à quel public le film de Joe d’Amato s’adresse, même si l’exotisme de carte postale et la plastique fréquemment exhibées des actrices lui évitent un ratage complet. En résumé, un produit de consommation courante très mineure, y compris dans la carrière de Mr d’Amato, à réserver aux défricheurs acharnés des curiosités oubliées de la sexploitation horrifique même si, objectivement, sa vision demeure relativement plaisante.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011